‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 163 sur 240 · MANIN · texte numérisé non relu

MANIN

pas songer à une confédération tant que durerait cette domination étrangère, qui pénètre dans le flanc de la péninsule, possède plus de population italienne que quatre des princes italiens, et a derrière elle les forces d'un empire plus étendu que toute l'Italie. N'osant pas envisager l'éventualité d'une guerre, il s'ingéniait en combinaisons d'échange du royaume lombardo-vénitien contre une extension sur le bas Danube. Alors s'établirait tout naturellement la triple alliance civilisatrice entre l'Angleterre, l'Autriche et l'Italie. Plus encore que Gioberti, Balbo insistait sur la nécessité d'abandonner toute préoccupation en dehors de celle de l'indépendance. Quand un peuple est privé de ce bien suprême, porro ^'num est necessarium, il ne doit poursuivre rien d'autre; c'est la seule liberté nécessaire.

Un Vénitien, Daniele Manin*, arrivait, par l'effet de ses propres réflexions, à répudier les sociétés secrètes, les agitations séditieuses, à recommander l'action légale, publique et modérée, mérite d'autant plus à remarquer que Tordre légal de l'Autriche était inacceptable à Venise. Daniele Manin appartenait à une famille Israélite. Un de ses ascendants ayant eu pour parrain, lors de sa conversion au catholicisme, le frère du dernier doge, prit son nom. A dixsept ans docteur en droit, très vite il conquit la renommée d'un avocat intègre, riche en ressources et doué d'une lucidité vigoureuse de

\. Né le 13 mai 1804.

dialectique. A vingt et un ans il épousait une belle Vénitienne, dont il eut un fils et une fille. Sa vie privée étroite, souvent besogneuse, était attristée par le mal inguérissable de sa fille adorée Émilia; lui-même souffrait delà maladie de cœur, incurable aussi, par laquelle il fut prématurément emporté. « L'action de vivre, écrivait-il, considérée en elle-même, dans une personne saine, devrait être un plaisir; en moi, depuis mon enfance elle a été toujours un effort et une peine ; je me suis toujours senti fatigué. » Son visage, au front vaste et intelligent, illuminé quelquefois par un sourire fugitif, exprimait surtout la force et le calme de l'autorité. A le regarder on comprenait sa réponse à quelqu'un qui l'engageait à écrire ses souvenirs : « Je ne peux pas écrire, je ne sais rien faire, je ne suis bon qu'à gouverner les hommes. »

C'était aussi le don du Hongrois François Deak*. 11 appartenait à la noblesse moyenne et au barreau. Dès l'âge de vingt-deux ans, envoyé comme député à la Diète par le comitat de Zala, il y trouva le brillant Szeceenyi, Wesselonyi à la voix de tonnerre, Eotwos à l'ample parole. Il fut bientôt rejoint par le jeune Kossuth, dont l'éloquence opulente, chaude, aux images poétiques et aux mouvements imprévus, ravissait et subjuguait. Lui, un peu épais de taille, les épaules larges, vêtu à l'ancienne, se levait

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