LES RÉVOLUTIONNAIRES ABANDONNÉS
électif » : on l'avait accablé de reproches. Malgré ce mauvais succès de l'illustre savant, Carnot, bravant les soupçons, se prononça courageusement dans sa brochure les Radicaux et la Charte (4847), en faveur de la politique constitutionnelle contre celle de l'intransigeance, du tout ou rien à laquelle le parti républicain avait été jusque-là attaché ^
Partout la nouvelle méthode suscita des contradictions : Mazzini, Ledru-RoUin la flétrirent comme une trahison; à Posen, Miérolawski y répondit par une émeute ; à Leipsick éclata une secousse populaire ; Robert Blum tenta un accord avec nos intransigeants. L'accusation de trahison s'évapora; Miérolawski fut emprisonné, '^•jiutres obKgés de fuir; la révolte de Leipsick fut i^éprimée d'une manière sanglante ; la pratique du bon sens continua à se répandre avec rapidité.
1. Aux électeurs du XII'^ arrondissement (1844). J'ai trouvé ce texte dans VHistoire de la Révolution de l8A8y de M. Pierre, tome I«% page 26.
2. « La volonté nationale ne fut pas régulièrement consultée après la révolution de Juillet : c'est un reproche que Ton sera toujours en droit d'adresser à la nouvelle royauté. Toutefois, l'opinion publique nous parut se manifester alors en faveur de cette forme de gouvernement, et nous l'acceptâmes, parce que la charte qui l'institue supporte, selon nous, le progrès des idées démocratiques réclamées aujourd'hui par le sentiment du pays. Dira-t-on que cette soumission n'est point exigible aussi longtemps que l'organisation de la volonté nationale laisse quelque chose à désirer? Ce serait rendre toute société impossible : il n'y a rien de mathématique dans la pratique sociale, il y a sagesse à accepter les décisions de l'opinion générale, même imparfaitement exprimée, avec la réserve inaliénable de chercher à modifier ses décisions par le libre examen (p. ii et 16). »
Massimo d'Azeglio, Ricasoli, Poerîo, Gervinus, Gagern, de Vincke, Dahlman, Armand Marrast la défendirent; Lamartine la couvrit de sa popularité alors sans rivale ^
L'immense majorité du prolétariat s'y rallia. Depuis quelque temps une évolution s'opérait dans son esprit; de républicain il se faisait socialiste. 11 en venait à croire que la question des formes de gouvernement est accessoire, que si souhaitable que fût la république il ne fallait pas perdre ses forces à poursuivre son avènement, qu'après tout une monarchie favorable aux améliorations sociales serait préférable à une république de bourgeois, de l'égoïsme desquels il n'y aurait rien à espérer. Il dissertait sur la Triade de Pierre Leroux, la Papillofine, de Fourier, VIcarie, de Cabet, La propriété cest le vol, de Proudhon, beaucoup plus
\. Déclaration de principes du 4 octobre 1847 : « La dénomination et le mécanisme des gouvernements sont indifférents aux sages. Il y a des monarchies libres et des républiques despotiques. La souveraineté du peuple peut conserver une magistrature héréditaire au dernier degré de sa pyramide de pouvoirs électifs, sans abdiquer pour cela sa nature. Elle peut laisser le nom de royauté représentative à cette magistrature par une condescendance envers les habitudes, qui rassure Tœil des timides, sans inquiéter l'esprit des forts. J.-J. Rousseau, le prophète de la démocratie moderne, disait : « L'essentiel pour moi c'est que les lois justes régnent; les fondements de l'État sont les mêmes dans toutes les formes de gouvernement. Je donne la préférence à celui de mon pays ; je ne donne l'exclusion à aucun ; au contraire, chacun a sa raison d'être qui peut le rendre préférable à tout autre selon les temps, les lieux, les circonstances, les hommes. »