‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 50 sur 240 · GoBURN, ibid · texte numérisé non relu

GoBURN, ibid

2. BuGKLE. Histoire de la civilisation en Angleterre, t. II, ch. vil.

3. « Les hostilités, dit le manifeste de Condorcet (20 avril 1792) ne sont que des actes de légitime défense. » — « Déclarer la guerre à l'Angleterre, disait Brissot (12 janvier 1793), c'est déclarer une guerre qu'elle a déjà commencée et vous ne violez pas le principe que vous avez consacré et que tout peapie libre doit consacrer, de renoncer aux agressions et à la guerre offensive. »

i08 UEMPIRE UBERAL.

que la guerre soit longue*. » Elle Fa été plus qu'il ne Favait souhaité.

Après cette malheureuse expérience de la Révolution, au lendemain de Waterloo, étaitil sensé de recommencer la tentative d'une alliance? Existait-il quelque chance de s'entendre avec les ministres qui tenaient enseveli vivant le héros de nos gloires, dans une fosse de granit perdue au milieu des brumes de FOcéan ? A tout autre qu'aux Bourbons cela eût été impossible. Mais le gouvernement qui avait envoyé à Sainte-Hélène le plus niais et le plus hostile des commissaires, Montchenu, ne devait pas être arrêté par des considérations sentimentales. Or, à ne consulter que nos intérêts tels que le traité de Vienne les avait constitués, il n'y avait aucun obstacle insurmontable au rapprochement de la France et de l'Angleterre.

Dès que nous avions accepté de laisser entre les mains des Anglais Gibraltar, Malte, les îles Ioniennes, nos intérêts dans la Méditerranée devenaient identiques : détruire la piraterie des puissances barbaresques, assurer aux chrétiens de la Turquie le sort le moins mauvais. L'Egypte elle-même n'était pas de nature à nous diviser, pourvu que, renonçant les uns et les autres à dominer un pays capable de se [gouverner luimême, nous nous missions d'accord pour seconder la constitution sur le Nil d'une nationa-

i. LetterSy on a Begicide Peace

lité indépendante, neutre, sous la garantie de l'Europe. Ailleurs, à la condition du respect de la liberté des mers et de l'extension progressive de la facilité des échanges, des aspirations communes nous rapprochaient partout et ne nous divisaient nulle part. Ce que chacune dés deux puissances gagnait dans le lointain Orient, en Afrique, en Océanie, constituait un accroissement du patrimoine général de la civilisation, non une appropriation inquiétante de l'une d'elles. Nous ne nous heurtions sur aucun point du globe à l'une de ces situations réciproques qui créent les inimitiés naturelles, perpétuelles*.

Le mécanisme politique anglais rend, il est vrai, difficile une entente permanente. C'est l'avantage mais aussi l'inconvénient des gouvernements parlementaires qu'ils rie sont pas enchaînés à une seule manière de voir : il y est toujours loisible de passer, par un changement de ministère, d'une conduite à une autre diamétralement opposée. Aussi est-il d'axiome dans la politique extérieure anglaise de ne conclure d'engagements qu'en vue des circonstances présentes et de ne pas aliéner la liberté d'action de Tavenir, de telle sorte que d'elle on ne peut jamais ni tout craindre, ni tout espérer. Néanmoins cette mobilité théorique n'est pas telle que quelques traditions, reçues et transmises

i. Cesare Balbo, Speranze d^Italia. Nuova appendice : « Non è tra lughilterra e Franjcia niuna di (quelle situazioni reciproche, le quali fanno le ininupi^^îe pat.urali, perpétue.

liÔ L*ÈMPIRE LIBÉRAL.

successivement parles partis les uns aux autres^ ne demeurent supérieures aux changements ministériels et ne leur survivent. Telle était la défense de Constantinople et de l'intégrité de l'empire ottoman ; telle aurait pu devenir l'union avec la France.

L'obstacle ne venait pas d'une force invincible des choses et pas davantage de notre mauvais vouloir : il résultait d'une particularité de caractère du peuple britannique. Metternich, qui a vu de très près ses hommes d'État de tous les partis, a remarqué que leur défaut est d'être ignorants de ce qui n'est pas l'Angleterre*. Clairvoyants sur ce qui se passe chezeûx^ ils ont la vue trouble dès qu'ils regardent au dehors, et cependant ils ont la passion de s'ériger en juges suprêmes des événements qui se déroulent dans n'importe quel recoin du monde. Sur aucun peuple ils n'ont des préjugés plus injustes et des notions plus fausses que sur le peuple français ^ Quelques-uns de leurs observateurs de sang-froid nous jugent à peu près ce que nous sommes, et, avec Bacon a nous déclarent plus sages que nous ne le paraissons », la grande majorité nous croit des fous toujours disposés aux aventures, des pirates le pistolet au poing, rêvant d'assaillir n'importe qui, n'importe où. D'une telle manière de voir, adoptée comme point de départ, leur esprit inductif

i, Metternicè, Mémoires, i. VI, p> 3o8. 2. Mefternich, li V, p. 62.

L'ANGLETERRE. lit

arrivé, de disions en visions, aux plus fantastiques terreurs et se maintient dans la plus incurable défiance. Us se demandent à tout propos si nous n'allons pas débarquer à l'improviste sur leurs rivages.

Cette disposition permanente venait d'être aggravée par les terribles malentendus de la longue guerre. Au lendemain de sa victoire, le ministère anglais, bien éloigné de songera nous apaiser et à conquérir notre amitié, s'était donné la mission de devenir le geôlier de notre captivité territoriale, d'ameuter l'Europe à notre moindre mouvement. Pour mieux nous tenir garrottés, faisant de l'Autriche l'alliée dont elle a besoin sur le continent, elle avait identifié partout, surtout en Italie, ses intérêts avec ceux de la maison de Habsbourg. Bathurst recommandait au Piémont une union étroite avec l'Autriche. Castlereagh répondait aux députés lombards implorant sa protection : « S'il s'agissait de vous soustraire à un joug de fer tel qu'était celui de la France, je vous accorderais mon appui, mais vous n'avez rien de pareil à redouter du gouvernement paternel de l'Autriche. N'attendez donc rien de moi contre sa volonté; ce que je puis vous offrir c'est de travailler au bon accord avec elle*. » En conséquence, il devint de maxime indiscutable à Londres et à Vienne que les intérêts de l'Angleterre et ceux de l'Autriche feraient désormais considérés comme solidaires,

i. NiGOMEDE BiANCHi, StoHa documentata^ t. I, p, 22.

que leur accord était la préservation de la paix générale de TEurope, la garantie de notre mutilation et des arrangements territoriaux de Vienne, l'affermissement de TEmpire ottoman et du statu quo en Orient.

Plus tard il a existé une Angleterre libérale, celle de Canning et de Palmerston, avec laquelle nous avons pu souvent nous concerter, en Belgique, en Crimée, en Chine, en Italie. II en est une autre en voie d'éclosion, celle de Cobden et de Bright, avec laquelle s'opéreront peut-être un jour des rapprochements imprévus. De l'Angleterre de Wellington et de Castlereagh il était chimérique d'attendre quoi que ce fût pour notre relèvement national.

§ 5. l' AUTRICHE

L'Autriche avait refusé de remplir contre nous en Belgique la mission que la Prusse avait acceptée sur le Rhin. Une contiguïté possible de territoire ne s'opposait donc pas à une alliance- Des difficultés, d'une autre nature également insurmontables, ne la permettaient pas.

La première est qu'il n'existe pas de peuple autrichien. L'Empire n'est qu'une agglomération de neuf nations diverses *. Ces nations aussi

l. Allemands, 10170000; Magyars, 6 542 000; Roumains, 2623000; Italiens, 755 000; Celto-Slovaques, 7140000; Polonais, 3255000; Croato-Serbes, 2948000; Russes, 3158000; Slovènes, 12280Q0.

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