A Bclmoiitel, 10 décembre
dont elles ne peuvent ternir la blancheur immuable.
En 1834, des embarras d'argent contraignirent Hortense à renoncer à ce voyage bienfaisant. Sa liquidation lui laissait à peu près trois millions que les largesses de son fils diminuaient chaque jour. Elle se trouvait souvent gênée. Elle sollicita de ses gardiens internationaux de passer deux mois à Genève. Un officier suisse de leurs amis, Huber-Saladin, se chargea de solliciter Louis-Philippe. « La reine, lui dit-il, avait besoin d'entendre parler français et Thiver était bien long à Arenenberg. — Vous êtes un berger d'Arcadie bien naïf, lui répondit le roi en riant, c'est pour conspirer qu'ils veulent aller là. Seulement ils sont si peu dangereux que je ne m'y opposerai pas. » Ils furent autorisés à séjourner à Genève pendant l'hiver de 1834 à 1835.
Ce n'est pas pour conspirer que le Prince s'était rendu à Genève, mauvaise base d'opération, cependant le roi ne se trompait pas en supposant qu'il conspirait.
Aussi longtemps que le duc de Reichstadt vécut, le Prince, quoique tout dévoué à la mémoire, de son oncle et aux causes populaires que son nom personnifiait, était resté fidèle au chef captif de sa dynastie, attendant, pour le servir, qu'il déclarât ses intentions. 11 comprenait que ce n'était que par l'étroite union de ses membres que sa famille proscrite pourrait surnager de nouveau au-dessus des événements. A la mort du duc de Reichstadt (22 juillet 1832), ces dis-
positions changèrent. Joseph, Taîné de la famille, n'avait pas de fils, Louis était infirme ; ni l'un ni Tautre ne songeait à relever la cause vaincue. De plus en plus, Joseph devenait républicain, Jérôme orléaniste, Louis rimailleur. Le prince Louis considéra que ce renoncement général le constituait le représentant des Napoléon; dès lors, il se décida à l'action. Convaincu que la cause napoléonienne était la seule populaire en France, la seule civilisatrice en Europe, las de l'exil, il prit la résolution, dût-il redevenir la victime de sa tentative, d'appeler le peuple à lui*. Rien n'était moins dans les intentions de sa mère, fatiguée et revenue des ambitions décevantes. Il y avait longtemps qu'elle lui avait montré le fond de son cœur découragé : « Ceux qui me jugent ambitieuse ne savent pas à quel point je les plains d'acheter si cher la puissance qu'ils croient que je regrette. La seule chose dont j'ai besoin, c'est toi et le soleil. Même la patrie, je ne la regrette pas, je l'ai trop aimée pour n'être pas froissée de son ingratitude (16 décembre 1832). » Le jeune homme avait toujours protesté avec une douceur inaltérable, inflexible : « Vous me parlez de mon nom. Hélas! c'est un fardeau de plus quand on ne peut le faire valoir (7 décembre 1832). » — « Vous vous plaignez de l'injustice des hommes, et moi j'ose dire que vous avez tort de vous en plaindre. Comment