‹ L'Empire mexicain histoire des Toltèques, des Chichimèques, des Aztèques et de la conquête espagnole par le vicomte Th. de BussierreChapitre 32 sur 45 · L' KM PIRE MEXICAIN · texte numérisé non relu

L' KM PIRE MEXICAIN

furent vaincues, et après avoir conclu la paix , elles offrirent leurs services a Fcrnand, qui les accepta.

Le général, avant de reprendre l'offensive, laissa passer les huit jours durant lesquels l'armée espagnole devait être anéantie, au dire des oracles. Ce terme passé, les préires mexicains se virent piililiqui'iuent convaincus d'imposlure, les villes et les localités (|ui s'étaient rapprochées des Aztèques au moment où l'étoile de Cortès avait pâli prirent de nouveau parti pour les envahisseurs, et bientôt .Mexico demeura sans un seul allié.

Les opérations du siège recommencèrent. Après de grands efforts souvent répétés, Fernand et Alvarado restèrent maîtres du quartier et du marché de Tlatilolco, ot fidèles au plan suggéré par Ixtiilxochitl, qui avait fait venir encore cent mille ouvriers du royaume deTezcuco.les conquérants ruinaient de fond en comble les lieu.x dont ils s'emparaient et employaient à combler les canaux les matériaux des édifiées qu'ils renversaient. L'artillerie exerçait aussi de terribles ravages, et chaque jour voyait périr un des somptueux monuments qui avaient fait autrefois l'orgueil île Tenochtitlan.

Cortès éprouvait une vive douleur de cette œuvre de destruction. Plusieurs fois encore, il lit faire des propositions d'accommodement à Gualimozin ; il demanda même au roi une entrevue personnelle avec lui, mais ses ouvertures furent fièrement rejelées. Les Aztèques, aussi énergiques que leur souverain, persistaient dans leur résolution de repousser les étrangers ou de s'ensevelir avec leurs femmes et leurs enfanls sous les ruines de leur capitale.

Et cependant la délressc était effroyable dans l'intérieur de la cité. Cohuanacoch, l'ancien roi de Tezcuco et l'un des meilleurs généraux lIl-s Mexicains, avait été pris par Ixllilxochill dans l'une des attaques et se trouvait prisonnier dans le camp espagnol. Eh perdant ce chef, les assiégés avaient perdu tout espoir de salut. Ses vassaux alcohuas, qui

SECONDE PARTIE

s'étaient armés en sa faveur, venaient de passer dans les rangs ennemis. Au commencement du innis d'août, les. Mexicains ne tenaient plus guère qu'un huitième de la ville. Les Espagnols étaient maîtres du reste. La splendido capitale de Monlézuma, naguère si belle, ne présentait plus qu'un immense monceau de ruines. Les rues et les marchés, si animés peu de temps auparavant, étaient encombrés de cadavres qui exhalaient une odeur infecte; le silence n'y étail interrompu que par les cris des combattants, les gémissements des blessés et des mourants, et les lamentations des vieillards, des femmes et des enfants, qui, nus, hâves, pouvant à peine se soulenir, n'avaient plus d'autre nourriture que quelques mauvaises racines, desécorces d'arbre ou de lu chair humaine ; l'eau saumàtre des canaux encombrés de corps en putréfaction composait l'unique boisson des assiégés. Comme au siège de Jérusalem, dont celui de Mexico rappela les horreurs, des mères et des femmes 'tuèrent leurs enfants pour s'en repallre el dévorèrent les chairs de leurs maris morts des suites de leurs blessures.

Informé de cet excès de misère par quelques transfuges aztèques, Fernand essaya de Taire do nouvelles ouvertures à Guntimozin; celui-ci lui répondit que, prêt à mourir comme ses parents, ii n'acceplerail jamais la paix qu'on lui offrait; qu'il ne la voulait qu'avec l'indépendance , et que, pour tromper la cupidité des Espagnols, il emploierait ie peu de forces qui lui restaient à jeter ses trésors dans le lac. Celle menace fut exécutée, les immenses richesses du roi disparurent sous les flots.

Cependant les prêtres et les anciens, ayant consulté les livres sacrés, se souvinrent de la puissance surnaturelle attribuée à l'arc du dieu Iluilzilopochlli ; ils le remirent à à un de leurs plus braves guerriers, le revêtirent des armes redoutables du roi Ahuilzotl et le chargèrent de la défense du quartier dit d'Amaxac, vers lequel Corlès dirigeait alors sa principale attaque. Le guerrier mania

l'arme du dieu avec une vigueur extrême ; mais les Mexicains avaient compté sur une intervention directe et surnaturelle de Huilzilopochlli, aucun prodige ne signala sa présente ; ils perdirent donc courage et se laissèrent massacrer, presque sans résistance, par les ennemis qui pénétraient de tous les cotés dans le quartier. Les alliés indigènes, ivres de sang et impatients d'assouvir leurs vieilles haines, en égorgèrent quinze mille, à ce que rapportent les témoins oculaires. Le capitaine général, les Espagnols et le roi Ixllilxochitl essayèrent en vain de mettre un terme au massacre ; il dura jusqu'à la nuit.

Cortès, espérant trouver Guatimozin plus disposé à traiter, chargea un oncle d'ixllilxochitl , ami des Mexicains et qu'on avait pris dans les dernières journées, d'aller s'aboucher avec le souverain aztèque. L'envoyé s'y refusa d'abord et ne consentit à remplir ce message que sur les instances de son neveu. On le laissa pénétrer auprès du roi, mais, après qu'il eut exposé l'objet de sa mission , on l'immola en grande cérémonie.

Dans la nuit suivante, un furieux, orage, qui éclata soudain, releva momentanément le courage des assiégés; ils crurent qu'enfin leurs divinités les exauceraient et qu'elles allaient écraser leurs adversaires; mais l'ouragan, après avoir duré plusieurs heures, passa au-dessus du camp ennemi sans toucher personne, et alla se perdre dans les eaux du lac. Les prêtres et les nobles en conclurent que Huitzilopochtli les abandonnait. Livrés au plus profond découragement, ils supplièrent alors te roi, les larmes aux yeux, de renoncer à une défense désormais inutile. Ce dernier persista dans son inflexibilité. Voyant cependant qu'il ne pouvait songer à se maintenir plus longtemps dans la ville, il chercha à gagner du temps en proposant au général une entrevue à laquelle il élait décidé à ne pas se rendre. Son projet était de quitter secrètement Mexico, de rallier en un lieu sûr sc3 vassaux et ses sujets les plus fidèles, et de

SECONDE PARTIE

se retirer ensuite dans une province éloignée pour s'y préparer à une lutte nouvelle.

Les négociations relatives à l'entrevue durèrent trois jours; les combats demeurèrent suspendus. Mais Cortès, se défiant de quelque ruse, chargea Sandoval, celui de ses officiers^jui iui inspirait le plus de confiance, de prendre le commandement des brigantins et d'avoir l'œil ouvert sur les mouvements des Me\icains. Deux fois Gualimozin avait fait indiquer au général le lieu où il comptait l'aller trouver, deux fois Fernand s'y était rendu et l'avait attendu en vain'. Enfin, persuadé que de nouveaux délais n'amèneraient aucun résultat, Cortés décida qu'un dernier assaut serait livré le 13 août, et toutes les dispositions furent prises en conséquence. Avant d'engager la lutte suprême, le capitaine castillan voulut faire encore une tentative pacifique. Monté sur une terrasse très-élevêe du quartier d'Aniaxac, il s'adressa par interprète à quelques seigneurs qu'il connaissait et les pria de s'interposer auprès du roi, pour lequel il promettait d'avoir les égards dus à son rang; il menaçait d'exterminer toute la population de Mexico en cas de refus.

Les pourparlers durèrent cinq heures, mais sans aboutir. Une foule de vieillards, de femmes et d'enfants profilèrent de ce dernier répit et sorlirent en pleurant de la ville. L'épuisement de ces malheureux était tel que beaucoup d'entre eux périrent au passage des canaux; malgré les ordres de Cortès et d'Ixllilxochill, les impitoyables Tlaxeallans en tuèrent un grand nombre.

Fernand donna le signal de l'attaque générale. Les assaillants s'élancèrent vers le quartier où s'était concentrée la

1 Don Fernand d'Alva Ixtliliochitl donne il entendre que la négociation eût abouti peut-être si Cortès avait voulu traiter avec les grands de l'empire que «uatimoiin avait charges de négocier à sa place. Mais le général ne voulait traiter qu'avec le roi en personne, et le roi ne voulait pas paraître devant son adversaire.

défense. Les Aztèques, abattus, épuisés ]i;ir les maladies contagieuses et par la famine, n'étaient plus en état de se défendre et attendaient leur dernier moment. On en massacra environ cinquante mille, et on exerça contre eux, dit don Fera and d'Alva, les plus horribles cruautés qu'on eût jamais vues dans ce pays.

En même temps, les briganlins, pénétrant dans le port intérieur avec une impétuosité irrésistible, culbutaient ou brisaient les barques qui s'y trouvaient réunies. Cependant, à la faveur de l'encombrement et du désordre, plusieurs esquifs purent sortir du port, gagner le lac et prendre la fuite sans être vus de Sandoval. Dans le nombre se trouvait une nacelle légère, menée par quelques rameurs. Celte nacelle portait Guatimozin, la reine son épouse, la veuve du roi Cuitlahtiall, l'un des lils de Montézuma, le roi Tellepan-Qnczal et plusieurs dames et seigneurs 1 .

Cortés, informé de la fuite du souverain de Mexico, envoya à Garcia de Holguin, qui commandait le brigantin le plus rapide, l'ordre de donner la ebasse aux nacelles fugitives. Holguin obéit; un Mexicain, son prisonuicr, lui indiqua la barque royale, qui, poussée par une brise favorable, avançait avec la rapidité d'une flèche et semblait prête a s'échapper. Le navire espagnol fit feu, les rameurs, tremblant pour les jours de leur prince, relevèrent leurs avirons, et la nacelle s'arrêta. Les compagnons de Guatimozin jetèrent leurs armes dans l'eau; quant à lui, saisissant vivement les siennes, il eut un moment la pensée de se défendre; mais comprenant bien vile l'inutilité de la résistance, il se tint immobile. En ee moment le brigantin aborda l'esquif, le roi y monta le premier en donnant la

1 D'après clou t-eriiand d'Alva, le roi et son épouse étaient seuls dans un esquif, et les .mires personnages se trouvaient dan* deux autres barques qui furent eaplurëes par I\tlil\oehill ; fauteur ajoute que ce prince avait fait d'inutiles efforts pour prendre Guatimozin. fous suivons dans mitre récit ta tradiliou la plus généralement admise.

SECONDE PARTIE

main à la reine; fort jeune encore, beau de (visage, de haute et noble stature , il s'avança vers Holguin avec 'beaucoup de gravité et lui dit : ■ Je suis le roi Quauhtemotzin, le sort m'a trahi, je me rends à toi, je te recommande de traiter la reine avec les égards qui lui sont dus et d'épargner mes sujets, ta n'as plus rien à craindre d'eus. »

La tente de CortÈs était dressée sur une terrasse éle.ée du quartier d'Amaxac. On y amena le roi captif; ses somptueux vêtements étaient souillés de sang et de boue. Il se présenta devant son vainqueur sans abattement, avec la dignité de la royauté et du malheur. Tirant, un poignard de sa ceinture, il le présenta an général castillan ellui dit avec l'accent d'une profonde douleur : o Capitaine, j'ai fait lous mes efforts » pour défendre mon royaume et pour empêcher qu'il ne a tombilt entre vos mains; maïs, puisque la fortune m'a été « contraire, otez-moi la vie, vous mettrez ainsi un Iciuic » a la dynastie mexicaine, après avoir ruiné ma capitale et b massacré mes sujets; et j'irai jouir du repos auprès de » mes dieux ! » Xe craignez rien , iui répondit Cortès, que la vue de cette grande infortune remplissait d'émotion; vous èics le prisonnier d'un monarque généreux, certainement il vous rendra la couronne que vous avez défendue en brave. Un Espagnol sait respecter la valeur d'un ennemi vaincu.

Hélas, pourquoi la suite des actes de Fernand n'a-t-elle pas répondu à ces nobles paroles!

Le capitaine général pria ensuite le roi d'ordonner aux siens de se rendre. Guatimozin monta sur une tour fort haute et leur dit de cesser de combattre, puisqu'il se trouvailau pouvoir de l'ennemi. Les guerriers, qui étaient environ soixante mille, reste des trois cent mille qui avaient défendu Mexico, voyant leur prince dans celte position, mirent bas les armes, et les plus illustres vinrent le consoler.

Guatimozin, à son tour, demanda au vainqueur de faire

finir le massacre cl le pillage qui continuai eut dons ia ville. Cortès donna des ordres précis ; mois, maigre ses injonctions, les troupes alliées indigènes se livrèrent pendant toute la nuit aux plus épouvantables excès : il fallut tuer enfin quelques-uns de ces tigres altérés de sang pour mettre un terme a ces horreurs. Ce qui restait de population aztèque dans la capitale en sortit alors sans armes ni bagages: on fut étonné do ia quantité d'tiabilanls qui s'y trouvaient encore après une lutte aussi acharnée ; ils couvrirent les chemins pendant trois jours et se dispersèrent parmi les nations voisines dont ils se rapprochaient par les mœurs et la religion. Cependant on en retint plusieurs milliers en qualité d'esclaves pour les employer au déhlayemcnt de la ville.

Le siège de Mexico avait duré quatre- vingts jours. Sur les deux cent mille hommes du parti d'Ixlilxochitl et du royaume de Tezcuco qui avaient soutenu les Espagnols, il en périt plus de trente mille. Les Mexicains en perdirent au moins deux cent -quarante mille, et parmi eux se trouvaient les membres les plus illustres de l'aristocratie aztèque; elle fut plus que décimée dans cet immense désastre.

Cctfe sanglante catastrophe avait élé nécessaire , peut-être, pour expier les orgies de l'idolâtrie lu plus hideuse qui eût jamais souillé le globe et les abominations d'une civilisation qui admettait, à eûté de ses raffinements, des sacrifices dans lesquels le sang humain se répandait par torrents et qui se terminaient par des festins de cannibales.' C'était la justice de Dieu qui passait, comme elle avait passé lors du siège de Jérusalem , dont les horreurs font pâlir celles du siège de Teuochtitlan, et lors de l'invasion des barbares qui couvrit de ruines le sol de la vieille Europe.

Un dixième an plus de la superbe reine de l'Anahuac était encore debout, et suivant UernalDiaz, qui compare les ruines de fa ville de Huitzilopochtli à celles de la cité déicide, ses immenses débris étaient couverts de cadavres, qui la faisaient ressembler à un vaste charnier; l'air en

était infecté à quelques lieues à la ronde. Partout on alluma de grands feux pour la purifier, et on déposa les morts dans d'immenses fosses communes. Durant quatre jours et quatre nuits, plusieurs milliers d'ouvriers furent employés à cette hideuse besogne.

Mexico avait été fondée cent quatre-vingt-seize ans avant le jour de sa chute; la haine et la jalousie des lîlats voisins, qui redoutaient sa prépondérance, avaient préparé la conquête espagnole; la cité aztèque allait faire place à une cité nouvelle; l'empire de l'Anahiiac était détruit sans retour.

Dès le 14 août, C.ortès proclama la royauté de Charles- Quinl dans l'Amérique centrale. Il réunit au palais d'Amaxac les princes captifs, investit un seigneur indigène nommé Ahuelitoc de la principauté de Tlatilolco, et conserva il Guatimossin la souveraineté réduite et insignifiante de

Fernand chargea de la garde de sa captive Rodriguez de Villafuerte, établit une municipalité espagnole et permit à une partie des anciens habitants d'y rentrer; puis il alla établir son quartier général à Coyohuacan, ville agréablement située à l'extrémité de la grande chaussée, à cinq quarts d'heure de Mexico.

Ce fut là que le capitaine général réunit ses alliés, et qu'il les congédia après les avoir comblés de caresses et leur avoir distribué leur part du butin. D ne garda pour les Espagnols que les métaux précieux et les pierreries; les indigènes lui

des auxiliaires pour soumettre successivement le reste de l'empire.

Les Tlaxcallans pillèrent Tezcuco en se retirant, Ixtlilxochill employa ses prisonniers à réparer le dégât; il fit reconstruire les édifices publics, les palais de ses ancêtres et ceux des principaux seigneurs du pays.

Cependant le butin que l'on avait recueilli à Mexico éfait infiniment moindre qu'on ne s'y était attendu, et ne se monta qu'à la faible somme de 350,000 écus : on ne retrouva ni le trésor de Montézuma, ni celui de Guatimozïn; ainsi que nous le disions ri-dessus, le dernier roi des Aztèques aviiil jeté le sien dans le hic. Quoi qu'il en soil, les Espi^nnls éclatèrent en murmures, et ie trésorier Alderelc, chargé des intérêts de la couronne, osa accuser Corlès de s'fltrc entendu avec Gualiinomi pour souslrairc à son profit ta majeure jwrlie des métaux précieux que renfermait Mexico. Fernand se rendit coupable d'un crime pour se laver de cetle odieuse accusation : il souilla sa gloire en faisant subir la torture à Gualhnoziti, alïn de le forcer à déclarer en quel lieu se trouvaient les objets de prix que l'on recherchait et qui avaient disparu à jamais '. On lui brûla la plante des pieds, il supporta cet atroce supplice avec une invincible fermeté. L'un de ses officiers, condamné à le subir également, jetait îles cris plaintifs; le prince se tourna vers lui et lui dit avec le plus admirable sang-froid ce mot resté célèbre : Suis-jt donc sur un lit de roses 1 Corlès, auquel Kllihnchitl reprocha avec énergie cet acte de mollaule inhumanité, s'en repentit bientôt el s'efforça de le faire oublier à Gualimozin par de lions traitements; mais le défenseur de Te'nocbtillan resta estropié *,

Le vainqueur ternit sa réputation par un second Irait peu honorable cl dont la soif de l'or fui le mobile.

Il avait fait enchaîner Coluiiiuacocli , l'ancien roi de Tezcuco, au moment où Ixllihochill le lui avait livré. Le captif, dont les jambes étaient meurtries et Irès-cnllées, demanda

■ Don Fernaml il'Alva M!ikm],iil , seul «lire tous 1rs historiens , iie parle que .lu supplia» de l'olliticr de uuatimazin ; nous voudrions, pour l'honneur u> Corlès, pouvoir adopter u version , mais la lorlurt» militer au roi est un fait irop aulhenliquo pour qu'un j.uisse le [uisser sous sïlenoe.

i Uualimo/in , ne tnardiant plus qu'ait* difficulté , se livra aiec passion u IVxerrira 1 du cheval.

SECONDE PARTIE

instamment qu'on le délivrât de ses liens; ïxttilxochiil supplia Certes d'avoir égard à la requête, disant que son frère avait élé suffisamment puni. Le capitaine général répondit qu'il n'y pouvait consentir avant d'avoir reçu des ordres de la cour d'Espagne ; toutefois il changea bientôt de sentiment, et déclara que si l'on faisait chercher à Tezcuco de quoi payer à l'empereur la rançon de Cohuanaeoeh, la liberté lui serait rendue. Alors Ixtlilxochitl lit prendre l'or qu'il avait laissé dans les palais de ses ancêtres et dans ses maisons, et le remit à Corles; mais, bien que la somme fol énorme, Fernaud trouva t que c'était bien peu pour racheter un aussi grand prince, et qu'il en fallait davantage. ■> Ixtlilxochitl envoya une seconde fois à Tezcuco, chez ses frères, ses cousins et ses alliés; ils déclarèrenl à l'unanimité qu'ils préféraient le salut du malheureux prisonnier à toules les richesses du monde, et rassemblèrent les métaux précieux et les bijoux qui se trouvaient dans les maisons des quatre cents principaux nobles de la capitale, (les trésors ayant été remis âCorlès, il rendit la liberté à Cohuanaeoeh. Ixllilxochitl le lit parlïr pour Tezcuco, où ses anciens sujets le reçurent avec d'abondantes larmes en le voyant si malade, si affaibli el si maltraité. Le malheureux prince guérit par leurs soins. Ixtlilxochitl, voulant consoler son frère de ses longues souffrances, lui abandonna alors généreusement les provinces méridionales du royaume de Tezcuco, avec la capitale; il se réserva celles du nord, et se lit construire pour sa résidence deux palais, l'un à Otumba (ou Otompan), l'autre à Tcotihuacan . Ces deux royautés nominales n'étaient d'ailleurs pas destinées à subsister longtemps sous la suzeraineté espagnole (I523J.

Fernand Cortés était décidé à reconstruire Mexico, et il voulait qu'elle sortit de ses ruines aussi vaste et aussi belle qu'elle l'avait été avant la catastrophe. Il hésita quelque temps s'il relèverait la ville au lieu même qu'elle avait occupé, ou s'il la bâtirait sur la hauteur, à l'est de Tezcuco,

de manière à ta mettre à l'abri des inondations. Le conseil du capitaine opina, à l'unanimité, pour le premier projet, et, après mûre réflexion, Cortès se rangea lui-même à cet avis. Tenoclitillan avait Été la cité la plus célèbre de l'Amérique centrale; depuis longtemps elle tenait le ranp de capitale de l'empire; on eûl craint de la faire déchoir, et de rompre avec les souvenirs du passé et de la conquête, en lui donnant un nouvel emplacement*.

Les bras ne manquaient pas au capitaine général pour la grande œuvre qu'il entreprenait. Don Fernand d'AIva Ixtlilxochitl affirme que quatre cent mille hommes y furent occupés. La nouvelle ville s'éleva avec une rapidité merveilleuse sur les débris de l'ancienne, plus étendue cl plus régulière que sa devancière. Fernand prit toutes les précautions qu'il estima propres à diminuer l'action des eaux du lac, et à faciliter dans l'avenir la jonction de la ville à la terre ferme; il élargit la plupart des rues et fit combler un très-grand nombre de canaux. Il sol intéresser les indigènes à ses projets, en chargeant de la construction de certaines rues les seigneurs mexicains qui avaient survécu à la calastrophe, et en les nommant chefs des quartiers qu'ils faisaient bâtir. En même temps, il ne négligea rien de ce qui pouvait contribuer à la sûreté de ses compatriotes; uu large eaual sépara le quartier des Espagnols de celui des Indiens, et une grande forteresse, élevée au milieu des eaux, offrait un asile sûr aux brigantins et à l'artillerie, dominait la ville et la mettait à l'abri d'un coup do main ou d'une sédition. Les nobles mexicains placés à la tète des quartiers y attirèrent les habitants des lieux voisins, auxquels on accorda des exemptions d'impôt*.

• L'eau du lac mit plusieurs fois Mexico en danger dans le cours lies seizième et dix-septième siècles ; la ville fut inondée en 1 511 , 1180, 1604, 1IMI7 et 1C29. L'inondât inn de 1029 lot effroyable; les eaux lie se retirèrent qu'en 11134, à In suite ih' treniljleintiits de terre.

' Dès la fin de Tannée iô24, In po[iuhliun île la ville neuve se montait déjà à trente-cinq mille finies.

SECONDE PARTIE

Cortès déploya à Mexico toulcs les qualités d'un habile administrateur. Il lit procéder à l'élection des officiers municipaux, et créa un conseil d'administration, a l'instar de ce qui se trouvait dans la mère patrie; il veilla à la sûreté publique en établissant une bonne police; il fonda des éjiliscs, des hôpilaux, diverses ni ami factures 1 ; il introduisit dans ie pays de nouveaux animaux domestiques, el y fit cultiver la canne a sucre, la vigne, le mûrier, etc.

Pernand s'efforça aussi d'attirer des colons européens à la Nouvelle -Espagne ; il engagea les Castillans mariés à y faire venir leurs femmes et leurs enfants, et écrivit à Charles-Quint pour le supplier de lui envoyer des prêtres capables de convertir les indigènes. Dans la lettre qu'il adressa à ce sujet à l'empereur, on remarque le passage suivant : •> Je prie Votre Altesse de nous procurer des religieux au cœur simple el droit, à la parole persuasive; nous avons besoin ici d'hommes qui se contentent de peu,

qui sachent porter le poids du jour et prêcher d'exemple

Car si les Indiens voyaient arriver des bénéh'ciers menant une vie peu réglée, livrés à tous les excès, dissipant leurs richesses en pompes vaines et en luxe, ils mépriseraient a coup sûr et ces prêtres scandaleux et la religion qu'ils préclient; elle perdrait à leurs yeux sa divine majesté, et ils repousseraient les croyances qu'on voudrait leur faire adopter, t Curies, en terminant sa lettre, suppliait Charles-Quint de n'ouvrir le Mexique ni aux gens de loi, ni aux avocats, de crainte d'y introduire l'esprit de chicane; ni aux médecins, auxquels les maladies du pays étaient inconnues; ni aux juifs nouvellement baptisés, qui étaient en général mauvais chrétiens, et pouvaient par conséquent mettre des entraves à la conversion des indigènes.

1 Pour se procurer le soufre nécessaire à lu fabrication de la poudre, Cort6s fit «plorer le Popotatepeil , le principal volcan du pais, par François

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