CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
fiouiernement de la eoloni».
Nous allons essayer de compléter notre travail en consacrant encore quelques pages à la partie la pins moderne , mais la moins intéressante, de l'histoire du Mexique, c'està-dire à l'organisation civile et politique du pays sous la domination castillane, aux dernières révolutions dont il u été le théâtre, et à sa situation actuelle.
* Par exemple au SouTeau-Mexique , partie septentrionale du royaume. > La conquête pacifique de la Californie, mire autres, est l'ouvre gtorietue de la compagnie de Jésus.
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SECONDE PARTIE
L'Espagne fut la première des puissances européennes ■qui fonda des établissements en Amérique; les avantages résultant de l'expérience n'existaient donc pas pour elle; c'est une circonstance qu'il ne faut pas perdre de vue.
La cour de Madrid considéra ses possessions américaines plutôt comme des propriétés de la couronne que comme des aoiomes dans l'acception ordinaire de ce mot.
Le pays appartenait au roi, et toutes les terres occupées, soit par les indigènes, soit par les conquérants espagnols et leurs successeurs , étaient censées des nonces sioru royale*. En sa qualité de propriétaire, le roi percerait des redtamccs et des tributt, mais il ne prélevait.pas d'mpoU.
Tous les fonctionnaires publies étaient les yens du roi; son délégué spécial portait, nous le savons, le titre de vice-roi, et celui-ci nommait aui emplois vacants, sous la réserve de la sanction royale; il décidait des questions importantes, et commandait l'armée.
-Un tribunal suprême, nommé nmdimeia, rendait la justice en dernier ressort quand l'objet en litige ne dépassait pas dix mille dollars. Cette cour, dont les membres jouissaient d'immenses privilèges, avait droit de remontrance, composait une sorte de conseil d'État, et formait le contre-poids de l'autorité du vice-roi. L'audiencia correspondait directement avec le conseil des Indes, ce régulateur suprême des affaires relatives aux. possessions d'outre- mer.
Le vice-roi et les membres de l'audience devaient être avant tout les hommes de la mère patrie. Aussi leur était-il interdit à eux et à leurs tàls de se marier ou d'acquérir des biens-fonds en Amérique.
Les différentes provinces avaient leurs administrations locales, leurs collecteurs des droits, des redevances et des douanes, à ia tète desquels se trouvait Yintendani. Celui-ci exerçait dans sa province , tant sous le rapport financier que sous le rapport administratif, une autorité très-étendue.
Les appointements des intendants étaient fixés par le viceroi, avec l'approbation du conseil des Indes.
Dans les possessions espagnoles, les pouvoirs étaient balancés , contrôlés et chargés de se surveiller réciproquement ; il n'en était aucun d'absolu. On reproche à ce propos à la métropole d'avoir compliqué inutilement les rouages de son administration dans le nouveau monde. Il est de fait que le gouvernement local absorbait les deus tiers au moins des revenus de cette magnifique colonie.
Un élément démocratique existait au Mexique dans les corporations municipales. Les municipalités ou aguntamUntos, composées des regidores et des alcada, nommées originairement par les habitants des villes, étaient aimées des populations qui les considéraient comme leurs protectrices naturelles, et auxquelles les liait la communauté des intérêts et des rapports de famille. Peu à peu, à la vérité, la couronne s'ingéra dans les élections, et désigna la plupart des mem- Iirfis di's ayuntamienlos; cependant leur position vis-à-vis du peuple resta invariablement la même.
Le code qui régissait le Mexique sous la domination espagnole se nommait Teeopilaeion de las leyti de las Indias. C'était , ainsi que l'indique ce nom , un assemblage de lois , de statuts, d'ordonnances et de décrets, rendus successivement par les rois d'Espagne et le conseil des Indes. La procédure était gênée et souvent embrouillée au Mexique par les privili';, r «- :/u«w) dont jouissaient les corporations et les professions. Le clergé, le corps enseignant, la milice, la marine, les marchands, etc., avaient leurs faeros, et chacun pouvait choisir, en cas de procès, le tribunal spécial du corps auquel il appartenait. Cet état de choses présentait sans doute des inconvénients dans la pratique, mais on ne saurait méconnaître que d'une autre part il offrit aux différentes classes de la société des garanties d'indépendance et de respect pour les droits acquis.
Le texte de la loi (expression de la volonté royale) éta-
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blissait, ainsi que nous le disions, .la parité entre les Américains et les Espagnols. Malheureusement, cette sage disposition resta à l'état de lettre morte au bout de peu de temps. Eq dépit des efforts du vice-roi don Antonio de Mendoza et de ses premiers successeurs, des évéques et du clergé, la population de la Nouvelle-Espagne se divisa en trois classes d'hommes parfaitement distinctes, à savoir : les blancs ou Espagnols, descendants des vainqueurs; les Indiens, enfants des vaincus, et les Castes ou créoles de sang mêlé '.
Les premiers se considéraient comme fort supérieurs aux deux autres races; presque teules les richesses et propriétés du royaume se trouvèrent bientôt entre leurs mains. Nous avons dit que les conquérants s'étaient approprié les plus belles parties du pays, entre autres les domaines des princes, des caciques et des personnages marquants de la nation indigène. Le gouvernement, en retirant à lui les eommanderies , en laissa cependant quelques-unes aux descendants de leurs premiers détenteurs; ainsi se formèrent les énormes possessions des ducs de Montc-Leone, des comtes de Valle, de San Miguel de Aguayo, de San Jago et tant d'autres. Des dons et des legs pieux livrèrent d'immenses domaines aux clergés séculier et régulier. Les acquisitions faites par de riches Espagnols des domaines de
1 Ceux-ci se subdivisaient à l'infini, d'après le plus ou moins de sang européen, indien ou nigre qui coulait dans les veines de l'individu.
La division que nous ïndiqimn* i< ï *sl et-\W qui eùslf pntvire. i,es blancs, descendante des Espagnols, forment toujours l'aristocratie du pays; on en compte trois cent mille. Les descendants d'Espagnols et d'Indien; , i]ui se regardent comme blancs, bien qu'on reconnaisse au premier coup d'mïl le sang indien qui coule dans leur» veines , sont au nombre de liait à neuf cent mille. C'est une race bavarde , supers titieu se , voltairienne, et où la richesse est rare. Beaucoup des héros des dernières révolutions, Juarc* «lire autres, lui appartiennent. Les Indions forment une masse d'au moins quatre millions d'iioiiiuics. On estime irs métis à un million d'individus. H y a un outre au Mexique une population européenne et américaine flottante, aujourd'hui très-réduite , et qui n'a jamais dépassé cent mille Smes.
l'État et des biena des indigènes, au temps où la terre avaii fort peu de valeur, constituèrent une troisième 1 classe de grands propriétaires, et plusieurs domaines privés très-considérables s'établirent ainsi Enfin, les possesseurs de petites exploitations rurales, désignées sous le nomde haciendas, cl sitaéos, pour la plupart, autour des ailles ou des beautés importantes, formèrent une quatrième dasse de détenteurs do sol- Toutes les possessions, grandes ou petites, que nous menons d'énumérer, ne tardèrent pas, nous le répétons, à être entre les mains des Espagnols. Les neuf dixièmes au moins des Indiens, autrefois maîtres du pays, et les créoles de sang mêlé, pauvres et avilis par l'opinion, se virent insensiblement réduits à la qualité de serviteurs des gens aisés et durent vivre du travail de leurs mains. Il en résulta qu'au bout de peu de temps ils restèrent absolument étrangers au gouvernement du pays , car le pouvoir et l'influence accompagnent d'ordinaire la fortune; les hommes de couleur tombèrent ainsi dans une sorte d'abrutissement et d'indifférenee apathique dont ils ne se sont pas relevés.
La disposition physique du Mexique lui permettait difficilement de devenir un empire commerçant , dans l'acception, la plus large de ce mot. Il manque de grands cours d'eau. Des plaines arides et désertes rendent ses communications difficiles avec le Nord. Ses immenses côtes, baignées par les deux océans Atlantique et Pacifique, sont dépourvues de ports sûre et commodes; elles sont basses, ea majeure partie bordées de barres de sable qui en rendent les approches difficiles aux navires de fort tonnage; leurs mouillages sont mal abrités contre les vents, et enfin elles sont exposées au voinilo negro el à d'autres maladies très-dangereuses.
Au lieu de lutter contre ces obstacles naturels , le gouvernement de la mère patrie empira la situation par ses dîspo- « Ml qne cm d*s femiUts de Perai-Galvei , de Hegla , da Vivaaca, de Vkano , de Xaral, d'AlrarM», tic
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sitions législatives, et ne profita pas longtemps des immenses ressources que lui offrait le Mexique.
Mal dirigée après ie règne encore glorieux de Philippe II , L'Espagne ne sut plus administrer ses colonies avec intelligence, et ne comprit plus ses véritables intérêts. Frappée uniquement de l'abondance prodigieuse d'or et d'argent que recelait le sol américain, elle prit l'habitude de ne considérer que la richesse minérale dans le Mexique et le Pérou, et elle en vint à négliger ou à proscrire tout le reste. Elle mit alors d'innombrables entraves a la liberté commerciale et industrielle, et établit un système prohibitif qui pesait lourdement sur la population. Les articles européens de l'usage le plus général forent frappés de droits énormes et se payèrent au poids de l'or, tandis que l'Amérique Les eût fournis en abondance cl à bon marché, si la liberté de production lui eût été reconnue. Un nombre considérable d'industries manufacturières furent défendues au Mexique. L'Espagne, dans nn intérêt aussi égoïste que mal compris, ne vit plus dans ses colonies qu'un champ d'exploitation , et se réserva le droit de les fournir de ce qui Leur manquait. Ce système était d'autant plus regrettable, qu'éblouie par les trésors métalliques dont l'inondait le nouveau monde , la métropole oubliait ses propres ressources , s'affaissait, ne travaillait plus guère, et ne manufacturait pas elle-même la plupart des objets qu'elle transportait au delà des mers. Elle ne jouait donc en réalité que le rôle d'intermédiaire entre ses sujets américains et les producteurs européens, et, par le fait, c'était aux mains de ces derniers que passait la plus grande partie des métaux précieux du Mexique et du Pérou. Le monopole frappa également les produits de la terre; certaines cultures furent interdites à la Nouvelle-Espagne, afin de ménager à la métropole un plus large champ d'importation; il yen avait d'autres qui eussent pu devenir pour le pays une source d'incalculables richesses , telles que le café, l'indigo, le cacao , etc., et qui,
sévèrement réglementées, ne furent plus permises que dans la limite de la consommation espagnole.
Ces fautes eurent de très-fâcheuses conséquences. Le Mexique s'étail dépeuplé à la suite de la conquête et des maladies contagieuses; bientôt de Tastes territoires, d'une admirable fertilité et compris dans les provinces les plus heureusement situées de l'ancien empire de l'Anahuac , se convertirent en solitudes incultes et improductives.
Les colonies américaines de l'Espagne restèrent pendant fort longtemps dans la déplorable condition que nous venons de décrire. Nous ne nous étendrons pas davantage sur une époque dont la triste uniformité offre peu d'intérêt'.
Enfin, à partir de la seconde moitié du dix-huitième siècle, l'Espagne reprit insensiblement de meilleurs errements ; elle s'occupa de la réforme des abus qui s'étaient introduits dans le gouvernement de ses possessions d'outremer, et elle modifia graduellement son rigoureux système de prohibition et de monopole. En 1774, le Mexique, le Pérou, ie Guatemala et la Nouvelle-Grenade furent autorisés à commercer librement entre eux; un pou plus tard, on étendit cette liberté à toutes les possessions espagnoles des deux Amériques. Le progrès fut de plus en plus marqué, à partir de la fin du dix-huitième siècle, en particulier au Mexique. Sous l'administration du comte de Rcvillagigcdo , on publia de sages ordonnances , on établit une bonne police, on protégea l' agriculture, les mines furent plus habilement exploitées, on construisit de nouvelles routes, et on entreprit divers travaux d'utilité publique. Dès lors aussi
1 Dans un livre réminnerit piiMié en allemand, sous le titre de Bip Isrntler amvntereu Rio Bravo tlrt Sorte; CesrTiirhtliclies unil ertebtes, par Adolphe Ulide, capitaine d'artillerie wurtembergeois, on trouve dans un appendice la lislc des soiiante-cinq vice-rois espagnols, depuis Fernand Cortès jua- •ju'en IMi, en J rapportant, dans leur ordre chronologique, la suite des territoire» indiens successivement reconnus et annexés, la création îles provinces et la fondation des villes. Le livre contient d'intéressants dérails sur la révolution du Mexique et sur la situation actuelle du pays.
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l'aisance commença à se répandre dans le pays , el les classes inférieures semblèrent se disposer à sortir de leur long assoupissement.
Mais sur ces entrefaites se manifestèrent les symptômes précurseurs des révolutions qui devaient séparer plus lard le Mexique de la métropole, et amener enfin ce malheureux pays à un état de désorganisation, d'épuisement, de décomposition morale el politique, unique peut-être dans l'histoire du monde.
On connaît les événements qui servirent do prélude au soulèvement de l'Amérique centrale. Le sort des armes avait fait tomber l'Espagne sous la domination de la France. Lorsque la nouvelle en arriva dans le nouveau monde, le peuple mexicain s'ameuta, en criant vengeance contre l'usurpateur et ses partisans, et en protestant de son dévouement au roi légitime. La folle conduite de l'audience , qui se posa en adversaire du vice-roi et de la race créole , donna une autre direciion aux dispositions de la population indigène, et eut pour conséquences, d'abord la guerre civile, plus tard la proclamation de l'indépendance.
Depuis ce moment, c'est-a-dirc depuis un demi-siècle, la société mexicaine se débat au fond d'un abîme dont ses propres efforts ne peuvent la faire sortir. Elle a compté à peu près autant de révolutions que d'années; les haines, les luttes intestines, les agitations stériles, ont consumé les forces du pays; les passions, au lieu de s'apaiser avec le temps, n'ont fait que s'accroître et s'envenimer. Des partis plus ou moins violents, mais tous également corrompus et incapables, se sont arraché tour à tour les lambeaux d'un pouvoir faible et déconsidéré , et ont fait arriver entin leur patrie au dernier degré de la misère et de l'abaissement. Nous consacrerons notre chapitre final a jeter un coup d'œil très-sommaire sur la période la plus réccnle de l'histoire du Mexique. Ce sera une tâche peu attrayante , car il est incontestable que depuis que cette vaste contrée s'est séparée de
l'Espagne, elle n'a plus connu ni paix ni ordre public, et que sou affranchissement prétendu n'a sn produire que les horreurs de l'anarchie