‹ L'Empire mexicain histoire des Toltèques, des Chichimèques, des Aztèques et de la conquête espagnole par le vicomte Th. de BussierreChapitre 41 sur 45 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

1 Jo veux chanter un instant, Puisque l'occasion se présente et que j'en ai le loisir. J'espère qu'on m 'ré (jutera favorablement ; Mon intention mérite cette faveur.

Je commence mon chant, Ou, pour mieux dire, mes gémissements.

S Et toi, cher ami, Sois sensible à la beauté de ces (leurs.

Réjouissons- nous ensemble, Bannissons les soucis que cause la terreur; Si le plaisir est mesuré , Une triste existence 3 son terme.

3 Je ferai résonner en chantant L'instrument sonore et harmonieux; Toi, en jouissant des (leurs, Danse et célébra le Dieu puissant.

Profitons de la gloire présente, Puisque la vie est passagère.

APPENDICE

1 D'Ocblehacan tu as choisi La noble cour pour te Tuer. Quand tu l'as possédé (OcbUkacan), Tu as voulu quo tes trùnes

Fussent ornés de riches tapisseries; d'où je conclus

Quo dans une vaste proportion

L'empire s'augmentera et croîtra en renommée.

5 Prudent Oyoyotzin, Roi célèbre, monarque sans rival, Jouis du bonheur présent; Puisque lo printemps te l'offre, saisis-le ; Un jour viendra

Où tu chercheras lo plaisir ot la gaieté.

Ë Alors la destinée T'arrachera le sceptre de la main, La lune de ton bonheur diminuera, Tu no seras plus si vaillant ni si glorieux; Alors tes serviteurs Seront dépouillés de tout bien.

7 Dans de si tristes circonstances, Les seigneurs do ta race,

Qui font ta force des princes,

Ceux qui sont d'une noble naissance,

Abandon feront ta capitale

El goûteront l'amertume de ta pauvreté.

8 Ils conserveront le souvenir

De ta grandeur passée, objet do l'envie de tous,

De tes victoires, de tes triomphes.

A ta gloire , à ta majesté disparues

Comparant leurs malheurs,

De leurs larmes ils formeront des mers grossies.

9 Ces descendants,

Qui te servent de parures et de couronnes,

Se voyant privés de toi,

Émigreront à Culhuacan comme des étrangers ;

Et regardés comme tels à cause de leurs malheurs.

Leurs maux n'en seront que plus cruels.

10 Cette race puissante,

Digne de mille couronnes et de mille honneurs, Sera négligée par la renommée; Les nations ne garderont le souvenir Que de ceux qui gouvernèrent avec justice Les trois capitales qui honorent l'empire :

11 Dans la célèbre Mexico,

Montczumn, la bravoure indienne par excellence; Dans l'heureuse Culliuacan, Netahualcoyotl , qui gouverne; A Acatalpan la forte,

ToLoquil, que cette ville doit a la fortune.

13 Mais je ne crains pas que l'on oublie La bonno administration de ton règne, Tandis que tu occupais Ce trône où tu fus placé par la main Du Maître du monde, Auteur de merveilles sans égal.

13 Jouis donc dans le plus parfait bonheur,

Netzahualcovotl, de ce que lu possèdes encore : Jouis des fleurs do cet agréable Jardin; couronne ton front illustre; Écoute mon chant qu'accompagne la lyre, Et dont le but est de te plaire.

1* Les plaisirs de cette vie,

Les victoires, les honneurs, ne nous sont que prêtés; Ce sont do faux biens,

Revêtus seulement d'une apparence de réalité; C'est une si grande vérité,

Que tu ne peux te dispenser do répondre à cette question ■

15 Qu'est devenu Cihuapan,

Quautzinte-Comtzint le vaillant,

Et ConahuatzinP

Que restc-t-il d'eux tous?

La réputation, et encore peut-être t

lia sont passés dans l'autre vie, cela seul est certain.

APPENDICE

16 Dieu veuille que nous,

Que retient encore le lien fragile de l'amour,

Qui thésaurisons l'amitié,

Nous voyions le glaive cruel de la mort,

Puisqu'il n'y a [ias de bonheur assuré

Et que la fortune est toujours inconstante!

2" TRADUCTION n'uXE PIÈCE DE VERS DE KETZflHCALCOÏOTL.

Les pompes passagères de ce monde sont comme les saules verts, qui, bien qu'ils arrivent à un âge avancé, finissent par âtre consumés par le feu; la hache tranchante les renverse, un ouragan les déracine , la vieillesse et la décrépiLude les courbent et les déracinent- La pourpre ressemble à la rose par sa couleur et par sa destinée. La beauté de toutes deux dure tant que les chastes boutons conservent avec soin les gouttes bienfaisantes que l'aurore leur verse en riches perles; mais à peine le l'ère des vivante dirige-t-il sur elles le plus léger rayon de sa lumière, qu'il les dépouille de leur richesse et de leur beauté; elles se fanent et perdent les couleurs purpurines dont elles se paraient avec orgueil. Les (laineuses lï'publiques des fleurs n'ont qu'une courte existence : celles qui le matin déploient avec orgueil les fastueuses richesse;; de leur pouvoir, pleurent le soir la triste chute de leur empire et les calamités qui les font périr, la iri^loss?:, In mort et le tombeau. Toutes les choses de la terre ont un terme; au miiieu de la plus joyeuse carrière de leurs gloires et de leurs beautés, leur souffle s'arrête, elles tombent et sont précipitées dans la fosse. La terre , sur toute sa surface arrondie , n'est qu'un tombeau. Rien ne peut nous défendre du trépas , la mort est impitoyable. Les fleuves, les ruisseaux, les fontaines, toutes les eaux s'écoulent; aucune ne remonte vers sa source; joyeuses, elles s'avancent rapidement vers les vastes domaines de Tlaloc, et plus elles approchent de ses rivages étendus, plus elles se creusent une triste sépulture. Ce qui était hier n'est plus aujourd'hui, et l'on ne peut pas être sùr que ce qui est aujourd'hui

sera demain. Les caveaux sont remplis de poudres infectes , qui jadis étaient des os, des cadavres et des corps animés, lesquels, assis sur des trônes, sous des dais, présidaient des ns^eitibhk'S , commandaient des armées, conquéraient des royaumes, possédaient des trésors, étaient l'objet de l'adoration et étaient aveuglés par la majesté, la richesse cl le pouvoir : ces gloires ont passé comme la fumée effrayante qui sort du feu infernal du Popocatepetl , sans qu'il reste d'autre monument qui rappelle leur existence, si ce n'est la peau grossière sur laquelle celle histoire est écrite. Hélas ! si je vous conduisais dans les détours obscurs de ces panthéons, et si je vous demandais où sont les os du puissant Achalchichitlanextzin , premier chef des anciens Tollèques, et ceux de PJecaxec Mitl, le pieux adorateur des dieux; si je vous demandais où est la beauté incomparable de la glorieuse impératrice Xiuhtzal , et ce qu'est devenu le pacifique ïopiiuin, dernier souverain du malheureux royaume toltèque ; si je vous demandais quelles sont les cendres sacrées de notre premier père Xolotl, celles du très -magnifique Nopaltrin et du généreux Tlotzin, et même les cendres encore chaudes de mon père, glorieux et immortel malgré ses malheurs, Ixtlilxochiil enfin ; si l'on vous adressait de pareilles questions sur tous nos illustres ancêtres, que répondriez-vous , si ce n'est ce que je répondrais moi-même : indipohdi , tndijtohdi, je n'en sais rien, je n'en sais rien ; car les premiers et les derniers sont mêlés avec la terre : ce qu'il en est d'eux , il le sera un jour de nous-mêmes et de ceux qui viendront aprèsnnus. Aspirons, invincibles princes, guerriers valeureux, fidèles amis, sujets loyaux, aspirons au ciel; car là tout est éternel , rien ne se corrompt. L'horreur du tombeau est un berceau Halteur pour le soleil, et les ombres funèbres sont de brillantes lumières pour les astres. Personne n'a le pouvoir de changer ces célestes peintures; car, de même qu'elles servent immédiatement à l'immense majesté de leur auteur, elles sont cause que nos yeux voient aujourd'hui ce qu'ont vu nos prédécesseurs et ce que verront nos descendants.

APPENDICE

3° TRADUCTION D'UN CH&KT COMPOSÉ PAU N ETZ A IIU SLC 0 YOTL ,

Écoutez avec attention !es lamentations que moi, le roi Netzahualcoyotl , me pariant ? moi-même, je fais sur le sort de l'empire , et que je présente comme exemple aux autres.

0 roi inquiet et remuant, lorsque lu auras cessé de vivre, tes vassaux seront ruinés et détruits; ils se verront dans une confusion complète ; ce ne sera plus loi qui régneras et qui commanderas , mais le Dieu créateur et tout-puissant.

Quiconque a vu le palais et la cour du vieu* roi Tetzozomoc, et combien était florissante et redoutable sa puissance tyrannique, aurait-il pu croire qu'elle lui échapperait, cette puissance aujourd'hui fanée et détruite? Tout ce qu'offre cette vie n'est donc que dérision et tromperie , puisque tout doit s'user et finir.

On se sent ému à la fois de pitié et d'admiration, lorsque l'on considère attentivement la prospérité dont a joui pendant son rtgno tyrannique le roi Tetzozomoc, ce vieillard caduc, qui, tel qu'un saule nourri de l'humidité de son ambition et de son avarice , s'élevait au-dessus des humbles et des faibles : le printemps lui offrait les prés et les champs fleuris, longtemps il en jouit; mais enfin, lorsqu'il fut rongé des vers et desséché, l'ouragan de la mort survint , le déracina et ['étendit en morceaux sur le sol. Le sort de l'ancien roi Cotzaztli ne fut pas moins terrible, puisqu'il n'est resté aucun souvenir de sa maison et de ses descendants.

Aujourd'hui , par ces chants douloureux, je retrace le souvenir et l'exemple de ce qui arrive dans la saison des fleurs, et la fin du roi Tetzozomoc, quoiqu'il ait goûté longtemps la prospérité. Qui donc, en m'entendant, serait assez dur pour ne pas fondra en larmes? Cette abondance de fleurs variées, de plaisirs somptueux, sont comme des bouquets qui , passant de main en main, Unissent par se faner et disparaissent de ce monde.

Fils des rois et des puissants, ouvrez les yeux et méditez avec attention sur le sujet qui sert de thème à mes gémissements et

h mes tristes poésies, en apprenant ce qui arriva au printemps Heuri, et à la lin du roi Tetzozomoc; mais, je le répète, en m'entondant , qui serait assez dur pour ne pas fondre en larmes? Car cette abondance de fleurs variées , de plaisirs somptueux, no sont que des bouquets qui , passant de main en main , finissent par se faner et disparaissent de ce monde.

Cependant les oiseaux ne cessent de faire retentir l'air de leurs voix mélodieuses ; ils jouissent de l'abondance du palais de l'été, ot les papillons du nectar de ses fleurs. Tout est comme des bouquets qui, passant de main en main , Unissent par se faner et disparaissent de ce monde.

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