OTE DE LA SECONDE PARTIE
et par adopter leur religion et leurs mœurs. L’histoire religieuse du Mexique et du Pérou renferme de belles et glorieuses pages.
On ne trouve rien de semblable dans les fastes de l’Amérique du Nord. Jamais les Anglais n’ont daigné se mêler aux Peaux- Bouges, jamais ils n’ont fait le moindre effort pour les civiliser ou pour les arracher aux ténèbres du fétichisme. Laissons parler un auteur qu’on ne soupçonnera pas de charger le tableau : « Avant l’arrivée des blancs dans le nouveau monde, » dit M. de Tocqueville «les hommes qui habitent le continent septentrional vivaient tranquilles dans les bois. Livrés aux vicissitudes de la vie sauvage, ils montraient les vices et les vertus des peuples incivilisés. Les Européens, après avoir dispersé au loin les tribus indiennes dans les déserts, tes ont condamnées à une vie errante, vagabonde et pleine d’inexprimables misères. Les nations sauvages sont gouvernées par les opinions et les mœurs. En affaiblissant parmi les Indiens le sentiment de la patrie, en dispersant leurs familles, en obscurcissant leurs traditions, en interrompant la chaîne de leurs souvenirs, en changeant leurs habitudes, en accroissant outre mesure leurs besoins, la tyrannie européenne les a rendus plus désordonnés et moins civilisés qu’ils ne l’étaient déjà. La condition morale et Vétat physique de ces peuples n'ont cessé d’empirer, et ils sont devenus plus barbares à mesure quils
étaient plus malheureux » — « Je viens de retracer de grands
maux, » dit encore M. de Tocqueville; « j’ajoute qu’ils me paraissent irrémédiables. Je crois que la race indienne de l’Amérique du Nord , livrée à l’oppression et à la misère, est destinée à périr, et je ne puis m’empêcher de penser que le jour où les Anglo- Américains seront établis sur les bords de l’océan Pacifique, elle aura cessé d’exister. »
Voilà donc, d’après un témoin non suspect, ce que les Anglais et leurs descendants ont fait des peuplades indiennes du continent septentrional; ils les ont traitées et les traitent aujourd’hui encore comme des créatures étrangères à la grande famille humaine. « On dirait , » ajoute à ce sujet l’éminent auteur que nous citons, « que l’Européen est aux hommes des autres races ce que l’homme lui-même est aux animaux. 11 les fait servir à son usage, et quand il ne peut les plier, il les détruit. «
L’Amérique n’a d’ailleurs pas été seule le théâtre des cruautés et des injustices de la politique anglaise; cette politique a suivi les mêmes errements dans la plupart des j)a\ s où elle a établi sa domination. Les Anglais exploitent aujourd’hui encore de la façon la plus cruelle leurs sujets des Indes orientales, et les font plier sous le joug
' De la démocratie eu .Dnérique, 'i' édit., tome II, pages 566 et suiv.