‹ L'empire romain à RomeChapitre 8 sur 38 · ANTONIN LE PIEUX · texte numérisé non relu

ANTONIN LE PIEUX

$*apgelait aussi Antonin, et Commode, fils de Marc- Aurèle. On ne compte pas, j'espère,. dans la période qu'on a nommée Tâge à*or du genre humain, le règne de cet Antonin-là. Nous avons vu ce qu était Adrien, et s'il mérita d'être comparé à ses deux vertueux successeurs. Quant à son prédécesseur Trajan, séparé d'eux par un règne de vingt et un ans, il n'était pas plus un Antonin que Charles II n'était un prince d'Orange. Il y a donc inexactitude matérielle à placer Trajan parmi les Antonins, et, ce qui est plus grave, kijustice morale à mettre sur la même ligne qu'eux Adrien. On fait souvent de ces confusions, et on donne à un siècle le nom d'un homme saîis y regarder de très-près ; on a bien inventé le siècle de Léon X, qui régna neuf ans. Le prétendu siècle des Anlonins ne ftit pas si court; mais sa durée est bien peu de chose encore dans celle de l'empire romain, et si cet âge d'or, comme on l'appelle, embrasse un espace de quarante-deux ans, l'âge de fer, qui l'a précédé et suivi, embrasse, sauf de rares interruptions, un espace de cinq siècles.

Du reste, il faut le reconnaître, et je suis le premier à le proclamer, il n'y a pas de figure plus noble et plus pure que celle d' Antonin le Pieux. Ce fut, sans aucune exagération, l'apparition inespérée, la rencontre invraisemblable de la perfection humaine sur le trône. On ne sait rien de lui qui ne prouve la vertu, In sagesse et la bonté. Irréprochable dans sa vie privée, -

ce qu'on ne peut dire de Trajan, — empereur, il ^t ce qu'il avait été simple particulier, modeste, honnête,* désintéressé, modérant les impôts, épargnant les provinces, déférent envers le sénat, sévère pour lés abus, facile à tous, législateur 2élé, administrateur attentif, plus jaloux de protéger les frontières de l'empire que de les étendre, mai$ ne les reportant point en arrière comme Adrien. S'il ne fut pas guerrier lui-même^ toutes les guerres entreprises par ses ordres fiïrent heureuses, et il ne se fit point élever d*arc de triomphe, comme'plusieurs de ses prédécesseurs qui n'a* vaient pas combattu davantage.

On voudrait avoir plus de détails sur un empereur si accompli. On n'en est que plus avide des souvenirs qui s'attachent aux lieux habités par lui, aux monuments qui peuvent le rappeler, aux portraits dans lesquels on le retrouve. La famille palet^nelle d'Antonin était originaire de Nîmes. Il est donc un peu notre compatriote. II naquit à Lanuvium, où était la villa de son père. C'est aujourd'hui Cività-Lavignay à quelques lieues de Rome ; ce nom, donné à Lanuvium par une confusion qui provient de la ressemblance des sons, a fait supposer que là était l'emplacement de la ville de Laviniaj fondée par Énée, et bien que Lanuvium soit assez avant dans Tintérieur des terres, on montre encore au voyageur l'anneau de fer auquel a été attaché le vaisseau d'Énée. La naissance d'Antonin est un souvenir plus véridique et plus touchant que

Page 1