L'emprunt de 1894
Permett'^z-moi do féliciter la Cbaïubio sur la manière dont elle a conduit et écouté ce débat. L'intérêt qu'elle y porte tient de l'importance de la question eu jeu, sans doute, mais encore <'t peut-être davantage de la position <les hommes politiques que de tristes circonstances mettent en face pour se combattre sur une affaire d'admniistration, après avotr travaillé si étroitement à la tflche pénible, hérissée de difficultés, de la restauration administrative de cette province.
Le débat n'a cessé d'être calme, modéré, plein de dignité et de bon vouloir. Pas de récrimination, pas d'imputation de motifs intéressés ; des égards entre tous et une courtoisie bien digue d'hommes publics qui se croient obligés de différer d'opinion tout en conservant le respect et l'estime qu'on se doit duand on est à la tête d'un pays comme le nôtre.
Ceux qui s'étaient rendus ici avec l'espoir de ces vives émotions, de ces violentes secousses, dont nous avions perdu l'habitude depuis le changement de régime, ont assisté i\ un spectacle qui a dii les surprendre désagréablement. Ceux qui avaien tajouté foi aux menaces et aux prédictions de malheur, [•resque d'extermination, portées contre nous par une couple de journaux
à sensation, vont s'en retourner avec un bonheur plus qu'allégi eu songeant à l'instabilité des choses de ce monde et à l'impuissance des inventeurs de crises ministérielles ou de discordes de parti.
La Chambre a entendu les explications claires, lucides, complètes, de l'honorable premier ministre et trésorier de la Province. Elle restera convaincue que, dans toute cette affaire, il a agi sur les données les plus justes avec les intentions les plus droites, les plus pures, avec les motifs les plus éclairés et les plus patriotiques ; qu'M a veillé sur l'honneur et le crédit de la province avec le soin d'un gardien vigilant et qu'il a réussi à nous tirer de sérieux embarras, avec une habilité consommée tout en gardant, comme d'ailleurs ont fait les auti*es membres du cabinet, les égards dus à notre ancien collègue et à ceux qui croient devoir partager sa manière de voir sur la négociation actuelle.
Je n'ai pas l'intention d'entrer dans de nouveaux détails sur cette circonstance de l'emprunt : le sujet a été traité de main de maître par les orateurs qui m'ont précédé. Mais je veux traiter le méi'ite de la transaction jugée en elle-même, en la dégageant d'une façon absolue do tout le bruit, de tout le tapage qui l'tnt accompagnée et sui-
vie. Je dt'siif tiurtout hi dépouiller de i-e caractère sectiomiel, de ee sentiment national qu'on a voulu lui prêter, .gratuitement sans doute, mais avec une si grande obstination et une telle exagération de mauvais vouloir, qu'on est ;illé jusqu'à nous menacer de former un nouveau parti, le parti des 4 p.c. contre les 3 p.c, comme si on ne pouvait lias rester attaché à son allégeance piditique en tenant au o p.c. français ou au 4 p.c. anglais.
Le parti n'a pas fait longue vie, et si l'on en juge par l'empressement avec le(|uel cliacun vient jeter une I lierre sur sa tombe, on peut compter qu'il ne ressuscitera pas de longtemps.
L'intelligence de notre po]>ulaiio)i. i:i largeur d'esprit de nos hommes puldics ont vite dissipé cette folle tentative ; et aujourd'hui. devant la Chambre l'omme devant le pays, il ne lîoiis reste plus qu'une question d'affaires, un calfid de dollars (^t de cents, de i'rancs et de centimes, à discuter et à décider, chacun suivant les dictées de sa couscience et dans le sens qu'il croit être le plus avantageux aux intérêts de la province.
Nous ne pouvons pas nous empêcher de regretter l'absence au sein du cabinet d'un homme aussi remarquable que l'ex-trésorier, qui avait pris tant à coeur l'accomplissement de sa rude besogne ; mais nous pouvons toujours nous consolei par la conviction qu'il leste avec l'amitié de ses confrères, de même que l'honorable premier ministre; conserve plus entière que jamais l'estime et la confiance de la Chambre et di pays.
Une démission au sein du ministère, suivie, de la part de certains journaux, d une menace violente de scission dans le parti conservateur, tel a été le trait le phis saillant de cette affaire, et si le cabinet a cru devoir aprouver la conduite du premier ministre, an risi|ue des plus sérieuses difficultés, ce n'a pas été sans mtire réflexion ni sans avoir consulté les autorités les plus éclairées, les plus décisives dans ces matières de finance.
Nous avons cru que l'intérêt du pays était en jeu, et que nous n'avions pas le droit de reculer quand il s'igissait de compléter une transaction appelée à rencontrer des obligations, qui n'étaient pas les nôtres après tout, et dont nous devions à tout prix alléger te fardeau déjà trop lourd que supportent les contribuables au lendamain des désasti'es du précédent régime.
Nous avons cru qu'il n'était que juste de diminuer les charges de la génération actuelle appelée subitement à combler le gouffre creusé par nos prédéctsseurs, sans toutefois surcharger la prochaine génération, et, nous en sommes convaincu, les contribuables nous donneront raison.
Ils nous aprouveront quand ils connaîtront bien la nature de notre emprunt, quand ils verront que nous avons fait un pas dans la bonne voie et que nous venons de leur procui'er r argent nécessaire pour rembourser l'emprunt Mercier, par l'intermédiaire de deux maisons des plus solides, des plus actives et des plus florissantes du monde financier, au taux (lui est le plus en vogue, à un cours d'émission suffisamment élevé et au terme de remboursement le plus avantageux, si l'on considère que dans soixante ans, notre enqirunt de $5,391,782 pour payer •$4,147, .52.!), nous aurait valu une diminution annuelle d'intérêt de i>7,436, et «lue dans Gitans, il ne saurait être question de rembourser en deniers sonnants le montant de cet emprunt, mais qu'il sera facile de remplacer cette émission par une autre du niême montant à 3 p.c, ou peut-être même à 2\i, p.c.
La première chose que l'emprunteur public, soucieux de l'intérêt du pays.décide, c'est le choix d'agents on de banquiers actifs, jouis.sant du crédit et de la clientèle néc^sisiaires pour conduii"« uue négociation à bon terme.
Aussi, dès le printemps dernier, à bonne heiire, le gouvernement entrait eu négociations avec le Crédit Lyoniuais, société anonyme au capiibal de deux cents miLlionis, et avec la Banque de Paris des Pays- Bas, capital soixante-deux millions et demi. Les négoclatioiis se terminèreoit par le maixîhé que roo connaît, et les obligations seront lancées avant le quinze de ce mois. De ce mo ment, les banquiers de Paris deviennent nos agents de chaque jour, de chaque instant ; ils deviennent les agents du progrès de notre province, de la hausse de notre crédit, et chaque point qu'ils obtiennent fi la Bourse. c'est nous qui l'obteuons en vue des transactions do l'avenir.
Les banquiers ont choisi le type d'obligations sur lequel ils i>euvent agir avec le plus de succès, dans un intérêt connmm à eux et jl nous, le type le plus recherché et le plus envié, car il se prête mieux à la si>éculation. et ces banquiers n'auront de cesse, n'au-
luut du ix'po.s (juo lorsqu'ils auront poussé nos 3 p. c. le plus près du pair, et qu'ils leur auront ainsi fait atteindre la marque suprême du crédit des pays les mieux cotés, comme l'Angleterre, la France et les États-Unis.
('n voit de suite ravant.age incalculable qui va en résulter pour la province lorsqu'il s'agira pour elle de racheter ses divers empnints au moyen de couver.sions du û en 4 p. c. ou du 5 et 4 en o p. c.
Je ne voudrais pas taxer d'indifférence ou d'apathie les grands banquiers d'Angleterre, quii ont eu, depuis vingt ans, la mission de lancer nos valeurs sur Ja place de Londres, mais il ne reste pas moins vrai que ces valeurs sont demeurées stationuaires, au pair ou tout près du pair, qu'elles n'ont fait aucun pi'ogrès durable ou peu s'eîi faut, et que pas uiu homme d'aiïaires ne viendra sérieusement nous dire que l'emprunt actneil, placé par eux, eût pu nous rapporter plus de 98 à 4 p. c. Ceci est démontré de toute évidence par les discours de l'honorable procureur-général, de l'honorable premier, et du député tle Québec-Ouest, ainsi que par les opinions de divers tinauciers eu rapport très direct avec le marché anglais.
La muCtiplicité des demandes venant de cent colonies diverses, l'encombrement du marché par les placements les plus variés, souvent les plus bizarres et les plus risqués, démontrent, en même temps que la grandeur, l'immensité des affaires de la métropole, la difficulté qu'une province comme la uôtre, simple fraction de colonie, i>ei;t rencontrer à se voir traitée aussi bien qu'elle le voudaMit, qu'elle le mént+'rait, sur un marché cosmopolite ccmme celi de l'Angleterre. C'est au poinc que, d'après le rapport d'un homme liant placé, on noais confondait eu ]89o avec les p'Ius rhétives institutions hanquer(nitièr(^s de l'Australasie
Quoi qu'il en soit, voyous l'histoire de nos emiM'uuts placés à Lomlres :
T]i.iprunt de 1874. par M. Robei-tson.
5 ]). c. négocié Ti 9"). Cet empanint n'a pas rapix>rté 94 net, car il faut bien faire la différence entre nu piix d'êiiiission et le rendement réel au goaivej'nement.
Cet emprunt a coû.té. si l'on par'.e de finances, 5-% p. c, fait, comme il l'a «'•té. à 30 ans. Car d'après les tableaux de i)laeeuient. un<' dél)enturi' f\o ."^O
;ins à 3 p. (-. intérêt payable semlT.'jnnuel- Ic^ment, coûte 5% p.c. d'intérêt par année .vendue à 94.44.
Or, pour qu'une débenture de 3 p. c.
à 00 ans, intérêt payable semi-annuellement nous coûte 5 % p. c, il faudrait la vendre au prix de .~)7.65 ; ce (Uii veut dire que l'emprunt de 1874 était à vingt points au moins au-dessous de 1 emprunt actuel.
Ne parlons pas de l'emprunt de 1870, que la Banque des Marchands de Montréal, dans un mouvement d'enthousiasme favorable à la province, mais peu favorable aux actionnaires de la Banque, achetait au pair. En consultant les journaux financiers de I^ondres à cette époque, ou voit que l'émission de cet emprunt fut faite à Londres au tau.x:
de 98. et ne put s'y maintenir. La Banque des Marchands fut obligée un an après, d'accuser une porte, dans cette opérition, de près de .~f200,00U, c'est-à-dire que i'empruut de quatre iiiillions lui avait coûté 5 p. c. de pei'te ïrèche.
L'emprunt de 1878, aussi à 5 p. c, négooié à New- York par l'honorable M. Stames, fut apparemmeait placé â 961^, sans com]>ter les frais d'émission. C'est à peu près le même taux qiile les deux emprunts iirécôdeuts ; c'est-.Vdire l'équivalent d'un prêt de 3 p. c. à 00 anj', qui aurait été placé alors Ti 57.
Nous n'avons pas de données exactes sur le prix qu'a coûté l'empi-unt de 1882, sous le go>ivernement Mousseau.
Cet emprunt à 5 p. c. fut apparemujent vendu au piir. Ce fut un des "Dons emprunts de la province. Cepenidant, à oe prix, cela n'équivaut pas à plus de 62.07 pour du 3 p. c. à 60 ans ; c'est- -fi-viire quinze points au-dessous de rtmprunt actuellement discuté.
Des emprunts de Londres, si je passe à celui du mois d'avril deruier. fait à Montréal, à 94 à 4 p.c, je vois qu'il nous coûte entre 4-1/4 et 4-1^ p.c. d'intérêt annuel, ce qui donne, comme parité, pour du 3 p.c. à 00 ans. environ 7."5. c'est-à-dire à peu près quatre points de moins (lue l'emprunt actuel n'a i-ra.lisé.
Ceci pi'ouve (}ue ))as un de ces euiliiunts n'est comparable au présent emprunt, ni même à celui de 1830.
fait à Paris.
( 'e dernier i'mi)iMint du gonvernenu'Ut Cha])leau fut négocié à Paris li.'ir l'hou. M. Wurtele. à 98 net à 5 p.i'.. y coniiiris commission, frais, cote
fi —
à la Jiuiirsf. elc. Le trésorier (rulors, I"hoiuir;il>]e M. Kfibertsou, n'avait i>u aAoii (lu niarclié de Loudres, couiiue offre la plus élevée, que 96, de la ruaisou Morton. Rose and Co. C'est la lueuiière fois que nos débentures iirovinciales obtenaient sur le marché eulopéeu une cote aussi élevée.
Eu relisant le rapport de Tliou irable M. Wnrlele. dans le "Hausard" t'e 1880, on aura l'explication d'une chose qui a été bien malhonnêtement exploitée pendant des années contre le zonvernement d'alors. On a dans le temps, comme aujourd'hui, crié à l'augmentation du capital de la dette ; mais c'était parce que. pour la première fois sur le marché européen, M. "W'ur'ele av.\it pu substituer un type d'obligations jiortant 1-^4 P-^^'- d'intérêt au lieu de 5 p.c. Naturellement et nécessairement, l'intérêt annuel étant diminué, le capital nominal dut être augmenté. Ce ne fut pas une charge pour la province :
l'emprunt port. lit î'on rembourse.uent par annuités, c'est-à-dire que i'amorrisscment se payait au'iuellemeut avec l'intérêt. r\Iais. comme le fait ressortir si clairement le rapport de M. Wurtele, l)as un sou ne fut ajouté réellem.'nt à la charge de la province, tant pour l'intérêt que pour le capital. au-del"i du résultat réel de l'emprunt, c'est-à-dire !)8 net. saus charge aucun<\ pour l'emprunt de .") p.c. Cet emprunt comport<> son amortissement, et ou p mt voir dans les comptes publies qu'il y avait, dès le 30 juin 18<.»4. .$790,833.33 de capital déjà amorti de cet -emprunt.
Cet emprunt, fait pour 39 ans. au taux où il fut vendu, c'est-à-ûire à 98 net, nous coiltait entre 5 et 5-^/^ p.c. par année. A ce i>rix, le 3 p.c. que rious venons de vendre, n'aurait été payé qu'environ 01. c'est-à-dire seize i)oints de moins (jue ce que le gouvernement vient de réaliser, mais il ne faut jias oublier qu'en payant chaque anrée l'ii.térêt nous remboursons également le capital.
I/emprunt de 18S8, sous le gouvernement Mercier. 4 p.c à 4ti ans. paraît avoir rapporté 9(5—1-2
De fait il n'a pas rapporté plus de is.j.
A ce taux. (96-1-2) cet emprunt iotltait entre 4-1-8 et 4-1-4 d'intérêt annuel. Et la parité de ce prix serait, pour du 3 p.c à 60 ans. d'à pen près 7.3 : encore au moins quatre points audessous de remi)runt actuel.
L'emi-runt de 1891. 4 p.c. qui iiaraît avoir été émis à 96. n'a réellement rapliort.é au gouvernement que 94. tout
comme le renouvellement de cet emprunt, fait en 1893, et l'emprunt fait au mois d'avril 18&4, par l'ex-trésorier. Or, un emprunt de 4 p.c. au prix de 94, e^t l'équivalent absolu de 3 p.c à 60 an&, vendu à environ 73.
De plus, l'emprunt de 1891. et son reuouvelloment, coûtent réellement 7 p.c par année, 4 pc. d'intérêt et 6 p.c d'escompte réparti sur deux années.
C'est en face de ces résultats que le gouvernement a compris que le marché de Paris n'est pas à dédaigner, et que nous y sommes allés. Aucune idée de chauvinisme n'a dicté cette action, mais aucune idée de "gingoisme" n'aurait pu non plus nous engager à rester sur le marché de Montréal, ou aller à Londres, pour y trouver du 4 p.c à 96, équivalent à du 3 p.c. à 74, quand nous trouvions à Paris du 3 p.c. à 77 net. qui équivaut à du 4 p.c à plus de 99.
Le marché de Paris nous a accueillis favorablement. Il nous est sympathique. Et pour qui connaît le banquier français, le soin minutieux qu'il prend à tenir les affaires, à les pousser pas par pas : le travail patient et tenace (lu'il met à tirer parti de tous les plus minces avantages, il y a certitude <iue rien" ne sera négligé pour que 3 p.c atteigne bientôt le degré le plus haut possible et se rappi'Oche du pair avant longtemps.
Or. le pair à 3 p.c. c'est la marque des hauts crédits, c'est le but ofi tendent tous les pays soucieux de leur position financière. L'Angleterre l'a dé-passé en 1881 pour ses consolidés, c'est-à-dire pour ses valeurs qui sont l'équivalent de la rente perpétuelle, française ; la France l'a atteint également depuis quelques années jiour fa rtiite perpétuelle, ainsi qiie la ville de Paris.
C'est là que nous devons tendre aussi ; c'est dans cette voie que le gouvernement a voulu courageusement, résolument, nous introduire, à la suite des pays les mieux cotés à la Bourse internationale de Paris et de Londres.
Voilà iiour le choix du marché et des agents de la province. Nous n'en pouviiuis faire un meilleur : les transacti( IIS passées le démontrent, la négociation actuelle le prouve de t<iute évidence.
Revenons maintenant an mérite même de la transaction.
Tout emj>runt public doit se juger par trois choses : le tatix de l'intérêt.
If cours (le rôinisbiuii et le terme de li'.ehat.
Nous venons d'empniutei- à o p.c. au tours de 77, c'est-à-dire que sur cbufjue obligation de $100 que nous allons souscrire, hi Banque de l'aris et des Pays-Bas et le Crédit Lyonnais, combinaison d'institutions puissantes, vont nous verser .$77, dont elles n'auront droit d'exiger le remboursement que dans 60 ans, tout en nous laissant libres de racheter en aucun temps après dix ans.
•le veux établir que ce marché est le lilus favorable qtie nous ayons jamais fait, tant pour le taux de l'intérêt que pour le cours de l'émission et le terme de remlxnirsement. En effet, il no faut pas pervlre de vue : premièrement. <iue i)endant 60 ans, nous paierons S7.436 de moins que si nous aviv>jis emprunté à 4 p.c. au cours de 98 laciietable au même terme ; deuxièmement, qu'après 60 ans, ntil ne sera tenu de rembourser les 27,632,467 francs ou les $5,391,782 ; qu'au contraire une conversion de cette dette eu 2-1-2 p.c. ou en 3 p.c. au pair, c'est-à-dire sans augmenter notre dette d'un sou. sera rendue facile grâce à la dépréciation constante de la valeur de l'argent, grâce aussi à l'accroissement naturel de la prospérité et de la richesse provinciale.
A l'appui de cette proposition, j'invoque l'histoire d'i 3 p.c. et les autorités financières les plus respectables qui < nt traité de cette manière.
L'histoire du 3 p.c. est longue, mais i.ussi très intéressante. Je m'étonne qu'on la ronnaisse si peu ici et qu'on s'en effraie autant. si toutefois la fra.yeur témoignée par certains de nos financiers n'est pas quelque peu simulée, et ne prend pas sa source dans le dépit intéressé d'avoir manqué une bonne affaire, et perdu, pour l'occasion, un bon client assez haliittié à payer plus cher ses emiirunts que certains pays perdus aux qiiatro coins de l'empire britannique.
Dans le monde de la haute finance, qu'elle soit française oit anglaise, on trouvera qtie notre transaction est 'a plus simple, la plus naturelle, qu'elle ressemble à nombre d'autres faites dans les mêmes circonstances.
Nous n'avons jaaiais vu autant de gens s'improviser tout à coup en grands financiers et en cense^Ts publics du gouvernement, parce que ce dernier a vouhi biisfr la routine et entrer résolument dans la bonne voie, au risque de
nuire à un. accaparement dont nous avons souffert longtemps, et qui était (Il tr.iia de tourner en monopole.
M. Thors, dans sa lettre du 28 juin 1894, nous parle de la faveur dont jouit le 3 pour cent à Paris. Mais ce n'est pas à Paris seulement que cette faveur s'étend : la place de Londres, pour les grands emprunts nationaux, pour les consolidés ou rentes perpétuelles anplaises. n'a pas préféré, en règle générale, d'autres types depuis plus d'un siècle, et ce n'est que depuis cinq ou six ans que le consolidé à 3 pour cent est abandonné, non pas pour une dénomination supérieure, mais i)our du 2% auquel cette valeur est arivée après un siècle, pourrais-je dire, de luttes incessantes mêlées do succès et de revers.
Va-t-on croire que les 3 pour cent, anglais nu français, commandaient le pair dès l'origine ? Qu'on se détroimpe, et ceux qui veulent prétendre se moquer de notre emprunt, le troxiver affreux, outrageusement désavaintageux, humiliant, feraient bien d'ouvrir l'histoire et de le comparer avec les commencements du 3 pour cent en Angleterre et en France. Que nos critiques gardent leur pitié pour eux-mêmes et qu'ils tâchent d'en couvrir leur ignorance ou leur mauvaise foi : pour nous nous n'en savons que faire.
Le 3 pour cent a été le type favori de l'Angleterre dès le commencement de ce siècle. Pitt semble l'avoir entouré de toutes ses prédilections. Lors de la guerre d'Amérique et longtemps après, l'Etat émettait un emprunt en fonds de 3 pour cent bien au-dessous du pair, c'est-à-dire que pour chaque 100 livres sterling réellement versées, l'Etat remettait aux souscripteurs un capital nominnl de 180 ou 190 livres en fonds de 3 pour cent, rapportant ainsi relativement au capital un peu moins de 6 pour cent.
•Te no p:iis pas s'il s'est trouvé dans le temps bien des " Stars " pour dénoor cer un pareil outrage à la saine finance. Imaginez un Etat comme l'Angleterre, gouverné par le grand Pitt, s'endettant de 180 louis pour 100 louis qu'il touchait ! Les criailleries n'ont pas dû manquer, mais l'Angleterre n'en continua pas moins sa politique. Des emprunts innombrables faits par l'Angleterrc, non pas au pair, mais bien audessous, démontrent non seulement ses préférences pour ce type d'obligations, mais encore la ferme confiance de ses financiers qu'en continuant dans cette voie, les 3 pour cent réussiraient un
jour ou l'autre à atteindi-e le p;iir.
Eu avril 17S5, un grand emprunt de 400 millions de francs, ou IC millions de louis sterling, fut effectué à 3 pour Ci^nt au pair, plus une indemnité au feouscripteur d'une obligation de 14 schelines fi deniers pendant trente ans. Un second emprunt à 3 pour cent audess-oiis du pair fut effectué ; pour lOO louis ou en remettait £111. 2s 2d aux souscripteurs, ce qui équivalait au 3 pour cent au cours de 89. La même année encore, un autre emprunt à 92, au ii'.nx de 3 pour cent. Dans ces trois opérations, l'Angleterre augmenta sa dette nominale de près de 12 millions oterlings \)c,ni- avoir emprunté au-dessous du pair. Personne ne songea à s'en plaindre, car ces divers emprunts valaient plus q'.ie du 4 pour cent au pair, et allaient se prêter merveilleusement aux opérations de conversions qui devaient diminuer si notablement la dette publique de l'Angleterre.
En 3S5G, une autre opération fut effectuée à. 3 pour cent, rapportant 90 au Trésoi- et augmentant la dette nominale do $3.?.33,250.
On a dû faire alors les mêmes calculs que l'on fait avjourd'hui, et essayer à. démontrer que cette augmentation nominale de la dette était un outrage au sens commun et à la pratiqvie des affaires; mais on a laissé dire, et le 3 pour cent n'a pas moins continué ri faire son chemin jusqu'au moment glorieux qui créa un si grand enthousia^me dans la métropole quand ce 3 pour cent, si décrié, put atteindre le pair, en attendant que le 2% put le remplacer eu 1888.
Jusqu'à ces derniers temps, le rachat des titres consolidés anglais, ce qui représente la rente perpétuelle française, s'est fait à raison de £90, 18s, 3d pour le 31/2, de £94, 3s, 3d pour le 3, et de i7G, 15s, Id pour le 2%.
Mais n'oublions pas que ce rachat fut fait en consolidé, c'est-à-dire en valeurs non remboursables quant au capital.
En bons i-achetables à terme, ces valeiuis n'auraient obtenu ces pi*ix. Et aujourd'hui, après toutes ces conversions régulières de la dette, conversions conçues aussi ingénieusement que conduites énergiquement, la dette anglaise consolidée se compose en très grande partie de rentes viagères à 3 et en consolidés à 2%.
On voit donc que l'Angleterre, de tout temps. i)our ses propres affaires, n'a pas dédaigné le 3 ix)ur cent ; qu'au contraire elle l'a employé à toutes les épo-
(luos, depuis le commencement du siècle, et même avant, le préconisant, le montant sans cesse jusqu'à ce qii'il eut ifitteint le pair en consolidés, et aujom-d'hui ce grand pays modèle du monde entier pour l'administration linancière.
reprend une autre lutte. Arrivé au 3 pour cent au pair, il s'est mis à travailler au même résultat que le 2 pour cent, qu'il compte atteindre avant un quart d;' siècle, si les prévisions humaines ne sont pas dérangées par les desseins de la Providence.
La lutte pour l'abaissement de Tintéiêt, c'est la lutte de l'individu, coniine de la nation, qui veut amSlim'cr son sort, et ceux qui ne l'entreprennent pas sont dépourvus de sens pratique ou de courage ; ils sont destinés à mener une chétive existence à la remorque des •\'aillants, des covrageux qui ne craignent pas de briser la routine ])our arriver à la réalisation de grands desseins.
p]h l'ien ! la province de Québec vient dé briser a^ec la r(nitine du 4i^ pour cent, du 5 pour cent, à l'exemple des pays les mieux administrés, les plus éclairés, à l'exemiile de l'Angleterre, de la France et des Etats-Unis, à l'exemple de la Puisi-ance du Canada, dont le 3 pour cent, au cours de 97% (pour 44 ar.s, qu'on le remarque bien), ne vaut guère qu'une dizaine de points de plus que notre 3 pour cent à 77 p(.ur 60 ans.
Qu'ai-je besoin de ni'étendre longuement sur l'histoire du 3 pour cent en France ? Il a été depuis longtemps le type préféi'é de la Bouvse frangaise. Ici eiK'cre il a été l'objet du travail, des efforts marqués des banquiers qui ont réissi à pousser le 3 pora- cent perpétuel au-dessus du pair,et l'amortissable au pair et un p?.i plus.
Mais ce 3 pour ce!) t. qn'a-t-il valu dans le passé à la bourse de Paris, où nous irons bientôt prendre place à ses côtés ? Comparons ses commencements, avec les débuts si orageux de notre 3 liour cent, et voyons si, loin de blâmer l'administration du jour, le pays ne devrait pas combler de ses félicitations et do ses fémoigi.ages de gratitude les lioiumes résolus qui viennent d'en doter le crédit de la province de Québec.
En 1866-67, au dire de Leroy-Beau lieu, le 3 pour cent à la Bourse de Pa ris était coté à 52 ou 53. et le 5 pour cent valait 84 ou 85. En J877, le 3 janvier, la rente française 3 pour cent était Corée à 71.45 frs.
Dans l'été de de 1878, on à i^Jacé îi la Bourse de Paais i>our 440 milâioivs
d'empi'uiits dont les premiei-s tiu-i's oiU été négociés ]Kiv surprise, dit Leroy- Beaidieu, au taux excessif de 85 ù 87 francs ; mais il n'y en eut. qu'une très faible fraction de négociés à ce prix ; le reste fut éeouilé à 79.50 et 80.50,ce qui repi-êsentait 4 francs de plus que les cours du 3 p.c. ordinaire. A partir de ce moment nous voyous une succession de ces emprunts à titres amortissables à 75 ans.
Eu 18S2 ces valeurs étaient cotées à 83.60, presque autant que la rente perpétuene de 3 p.c. Aujourd'hui elles valent le pair pendant que la perpétuelle fait un poinit et queltiuefois deux de priime.
Dans l'emiprant de 1868—77 millions et demi — on fit l'émission à 69.25. En 1881, on a mis en souscription publique un emprunt de un miîliaii'd en 3 p.c.
amortissiable, au coure de 83.25. En 1884, un emprunt de 3^0 millioms en 3 p.c, an cours de 70.60. En 1SSC> un autre emprunt de 500 mildious en 3 p.c. perpétuel au coui\s de 79.80.
En 1887 on emixoya 20 millions à racheter des titres 'de rentes à 3 p.c. au cours de 68. En 1886, nous trouvons encore un emprunt de 500,000 francs en 3 p.c. perpétuel au cours de 79.80.
Quiamt au cours des dernières éimisslons sur le marché de Paris, je n'ai pas eu le temps de parcourir les journaux et les livres assez récents pour eu fournir le chiffre ; mais je n'hésite pas n dire, d'une manière positive, que notre 77 net, ou plutôt le 78 obtenu par nous, et qui serii lancé à 82 ou 83 par les banques, fera très bonne figure sur le marcihé international de Paris. Il vaut mieux que Jes valeurs de pays considérables, et il n'est guère sm"passé que par les vaCeurs langliaises, françaises, américaines et russes.
Il équivaut, quoiqu'on en ait dit, ù 102.66, comparé à la rente françadse perpétuelle. Seulèmen/t, camm(^ il ne s'agit pas de rentes peii>étuelles, mais de rentes aimorti.ssables au bout de 60 lains, iî équivaut strictement à 99 ou 99i/^, si l'on tient compte des dernières concessions annoncées par ^I. Barbeau.
D'après les tables de calcul, les valeurs d'obligations à 77.32 équivailent au pair à 4 p.c, par conséquent 77 équivalent à nue fraction un peu moindre que le pair.
Poiii-quoi les 3 p.c. sont-ils le type le pCns recherché du marché international ? Je n'excepte pas le marché de Londres, où on ne semble tenir au 5 et au 4 que pour les coConies, sauf à
recourir au 3 ou au 2% ixiur les affaires de l'emipiire. Je vais répondre en quelques mots à cette question en empruntant l'autorité d'un économiste de la plus haute valeur, il. Paul Leroy- Beaulieu.
" Tout le monde, dit-il, — ^i>age 502 — '■ connaît les oautses pour losqueiles les " rentes constituées dans un fonds uo- " minalement peu élevé, par exemple " en 3 p.c, sont toujours vendues pov.v " un capital relativement un peu plus " considéi'able que les rentes consti- '■ tuées dans un fonds nominalement " plus élevé, par exemple eu 4^^. ou en " 5 p.c. C'est que le champ laissé à la " spécullation et à ia hausse est beaii- " coup moins :v3streint pour les rentes " ei! fonds à 3 p.c. que pour les i-entes " en fonds 4% ou 5 p.c. Dès que celles- " ci «ont assez prêts du pair et surtout "dès qu'elles sont au-dessus du pair.
" eilles sont délaissées par la spécula- " tion, tandis que les rentes 3 p.c, res- " tant également fort éloignées du coiu*s " où le remboursement peut être impo- " se par l'Etat débiteur, sont l'objet " d'un marché plus actif. Le rentier qui " a une somme déterminée de rentes en " 3 p.c. est dou'C plus assuré de jouir " constamment de ce chiffre de rentes " que le rentier qui a exactement la " même somme de i-entes en 41/^ ou eu " 5 p.c.
"L'Etat,'dit-il encore— 'page 233— Kjui " reconnaît au prêteur un capital nominal " supérieni- au capital rôeil,lui assure deux " genres d'avantages : d'abord rintérêt " qui lui paie ensuite Cia plus-value de " son titre à l'époque du rembourse- " meut ; et alors même qu'aaicune épo- " que de remboursement ne serait sti- " puilée et que l'Etat serait libre de ne " jamais rembourser, le seul fait que le " capital nominal qui est reconnu au " créancier, est i>lus considérable que " le oapitall réel, rend probable une élér " vation progressive des cours de l'em- " prunt, ce qui fera bénéficier le por- " teur de rentes de toute la différence " entre le taux -auqueil l'emprunt a été " êmi's et le taux auquel l'emprunt est " coté. Il est difficile qu'un fonds d'E- " tat s'élève d'une manière per^manen- " te sensiblement au-dessus du cours " auiquel l'Etat a le droit d'imposer le " remboursement ; si donc î'Etat con- " tracte un emprunt au pair, le créan- " cier n'a guère d'autre bénéfice que " l'intérêt qu'il reçoit, ii ne peut pas es- " pérer de plus- valu du capital ; n'ayant " que l'intérêt pour avantage, il exige " que cet intérêt soit plus élevé qaie s'il
— lu
" arait une chance de plus-vaJue .sur le " capital ; si, au contraire, l'emprunt " est contracté au-dessous du pair, le *' prêteur, ayant la chance d'une plus- " value snr le capital, se contentu d'un " intérêt un peu moindi'e."
Dans le cas de rentes perpétuelles, on augmente la dette sans espoir de rembourser, et c'est pour cela que l'auteuir blâme l'augmentation nominale des dettes de l'Etat au profit de la diminution de l'intérêt ; mais il n'en est pas ainsi quand il s'agit d'obligations remboursables à 3 p. c. que cet auteur ne peut .s'empêcher de recommander de toutes ses forces.
Parlant de i'em]>i-unt amortissable au moyen de tirages, ce qui, pour le remboursement compltt. revient à l'emprunt amortissable à terme sans tirage de lots, il écrit : (page 340).
"C'est aussi un usase universel dans "ce mode d'emprunts de reconnaître "au prêteur un capital nominal et rern- "Iwursable plus élevé que le capital "réellement versé par lui. C'est ainsi "que l'obligation de 500 francs, qui "est devenu aujourd'hui le type géné- "ral de ces emprunts en Europe tant "pour les Etats que iK>ur les villes et "les sociétés anonymes. correspond "d'ordinaire, à un capital versé qui ne "dépasse guère 300, 3.Ï0 ou, au maxi- "nium, 400 francs. On espère ainsi "amener le prèteiir à faire un sacrifice "sur le taux de l'intérêt, sacrifice plus "considérable que la part prélevée sur "le seiTice de l'emprunt pour la prime "d'amortissement ; et, comme ces sor- "tes d'emiJTunts ont une exactitude "jnathématique, on peut facilement se "rendre compte que ce calcul est exact. "Cette prime de remboursement ici "n'a pas d'inconvénient : on peut con- "cevoir cette catégorie d'emprunts sous "le point de vue suivaut : le prêteur re- "nonce à une i>artie de l'intérêt qu'il "pourrait exiger, et prête cette portion "de l'intérêt à l'Etat pour qu'il l'é- "pargne suivant des combinaisons in- "génieuses qui augmenteront le capi- "tai remboursé au prêteui", sans que.
"d'aiUeurs, l'Etat en éprouve aucuuo "surcharge. C'est là im mode parfaite- "ment irréprochable. Il doit être consi- "déré comme provoquant l'épargne et "par conséquent comme moralisateur."
"Nous conseillons à l'Etat de con- "timier à emprunter en 3 p.
"c. amortissable. parce qu'il ne "charge pas indéfiniment l'a-
"venir. On peut espérer que quand les
"rentes seront plus anciennes et qu'el- "les monteront à un chifiEre plus considérable, elles seront mieax appréciées.'
Pom* me résumer sur ce point de l'intérêt à 3 p. c. et du taux d'émission, je dirai, en citant l'exemple des deux pays dont le crédit est le plus élevé du monde, que le 3 p. c. n'a pas commencé dans des conditions plus avantageuses que le nôtre, bien au contraire.
Depuis 1814, les cours les plus élevés pom* le 3 p. c. britannique ont été ceux de 101^4 en 1844, 100% en 1845.
101 en 1847, 101% en 1852, 101 en 1853. Pendant près de trente ans on ne revit pdus ces cours, c'est-à-dire jusqu'en 1882 où ils reprennent. Le plus bas cours depuis un demi-siècle a été de 79% en 1848.
"Il est rare que les consolidés tombent au-dessous de 0(»''. dit Îjeroy-Beaulieu. Aujourd'luii presque tous les 675 millions de louis sterling de la dette anglaise sont en 3 p. c. consolidé, ou en 2%. En 1877 le 3 p. c. avait une moyenne de 95% seulement, pendant qu'en 1891 le 2% qui va le remplaçant, prenait une moyenne de 95'li.
La dette de 31 miliards de la France, en 1888, se compose pour partie, de 13,225 millions de francs à 3 p.c. perpétuel, et de 4,720 millions de rentes à 3 p. c. amortissables au bout de 75 ans. Et à cette date, il était question de convertir le reste de la dette en 3 p. c. au fur et à mesure que l'occasion se présenterait.
Le plus haut cours de ce 3 p.c. dans les quinze années qui ont précédé 1870, fut 75.45, et le plus bas cours G0.50. le 3 mai 1859. Ce même cours est sujet à toutes sortes de fluctuations comme celui de l'Angleterre, en cas de guerre ou de catastrophes. En 1877 Leroy-BeauJieu conseillait au gouvernement français d'émettre des obligations en 3 p. c. de 500 francs (soit $100) à 75 ans, au cours de 370 ou 380 francs (soit $74 ou $76). On était moins exigeant alors pour la France que nos financiers improvisés ne le sont iM>ur la province aujourd'hui.
H en est de même pour les Etats- Unis qui sont partis du 6 p. c. pour arriver progressivement au 3 p. c, et même au-dessous, ainsi que le démontre leur dernier emprunt.
Partout, en un mot, on s'efforce d'abandonner le 5 et le 4 au pair pour atteindre le 3 p. c. an pair : qui est l'objectif de tous les efforts des pays dont Qa finance est bien organi-
sée. C'est notre droit, c'est uoîre devoir de nous rapprocher de ce type, du moment que le taux de rémission est raisonnable.
Or, si ce taux au cours, équivaut à nos valeurs telles que cotées, en moyenne, à Londres et à Paris, si même il le dépasse, c'est ne pas vouloir se rendre à la raison que de i)ersister à blîiujer le gouvernement au sujet de cet cmpnmt.
On objecte au terme de remboursement, on le trouve trop éloigné, on se plaint qu'il n'y a pas là de fonds d'amortissement pour éteindre cette dette, enfin on trouve que l'augmentation nominale de notre dette constitue une faute, presqu'un crime, contre l'intérêt public, que c'est un outrage à notre crédit, une humiliation peu)" la proviuve. Comment, dit-on, du 77 à o p.c. pour la province de Québec ! '"Mais il y a là quelque cho.<e qui va mal," a dit le député du comté de Québec, "cette province est évidemment mal gouvernée et s'en va à la ruine."
Toutes ces objections sont spécieuses, présentées habilement comme elles l'ont été. mais elles sont futiles au dernier point. Elles doivent bien faire rire, s'ils en ont vent. les financiers de l'Angleterre et de la France, habitués à voir demander moins que 77 à *! i).c. par des i)ays autrement pins coi;sidérahl('s que le nôtre.
Voyons pour le terme de rnchat.
■•Quand un Etat emprunte pour <h'S ■■travaux productifs, il est suffisant '■qu'il amortiss? ses emprunts en 7-'> "mis. A'ouloir les amortir en trente ans, "c'est un rigorisme exagéré, c'est im- "poser trop de privations à la géné- '■ration présente aii profit des généra- "Tions futures.'' C'est là la doctrine exposée par la plupart des économistes, et que résome en ces termes l'.auteur du "Traité de la science des finances: " ^"Les Etats, à peu près comme les "particuliers, ont, dans tous les temps, "et dans tous les pays, recours au cré- "dit sous mille formes, soit sous la "forme perfectionuée des emprunts à "long terme, etc.. (page 194).
"Les Etats empruntent d'habitude "à de très longues échéances, plusieurs "même en rentes perpétuelles, c'est-à- "dire sans que le créancier puisse ja- "mais exiger le remboursement de la "somme prêtée," (page 296).
Cependant il vaut mieux stipuler un terme de remboursement pour profiter des chances de conversion qui peuvent se présenter et être libre à cet endroit
sous le plus court espace de temps comme dans le cas de l'emprunt actuel.
De ce qui précède il découle qu'en théorie, comme en pratique, les emju'unts à long terme sont les meilleurs.
Ou a dit, il y a longtemps, que les meilleurs emprunts sont ceux que l'on ne rembourse pas, ou que l'on rembourse le plus tard possil)le. Ce paradoxe, inadmissible pour les particuliers, se voit appliqué depuis des années, et le plus honorablement du monde, par l'Angleterre et la France entre autres.
Elles ne peuvent être appelées au remboursement des consolidés, dans le premier cas, et des rentes perpétuelles dans le second cas.
Quant à l'amortissable, qui semble en faveur en France, et aux bons rachetables à terme avec amortissement, qui deviennent en vogue en Angleterre, bien sitr on n.e les remboursera pas au taux de l'émission, mais on attendra qu'ils aient pris la plus grande valeur,et alors on les convertira au pair à 3 p.c, ou encore à un taux d'intérêt inférieur, ainsi qu'il est arrivé pour les consolidés anglais placés depuis 1888 à 2-3-4 p.c. au pair et au-dessous.
C'est exactemeait ce qui arrivera pour nous. Dans 60 ans, ce 3 pour cent fera certainement le pair et pourra être remboursé pnr une nouvelle émission qui ne nous coûtera touiours, comme aujourd'hui, que 3 iKiur cent par année.
En SOI te que l'on ne peut contester, qiels que soient les arguties, les subtilités et les sophismes qu'on pourrait employer :
Prtmièrement, que durant 60 ans I ous allons payer sur nos obligations actuelles un intérêt annuel moindre de .?7,-136,que ce que n(ais aurions été obligés de pavtr sur un emprunt à 4 pour cent à 98.
Deuxièmement, que, par conséquent, durant ce même espace de 60 ans, nous .'.llon.s sauver $7,436 par année d'intérêt.
Troisièmement, que cette somme de $7,436 à intérêt composé, représente plus d'un million et quart au bout de 60 ans.
Quatrièmement, que même sans tenir compte de oe rapport effectué par une telle diminution dans l'intérêt, nous ne grevons pas. en fait, d'un sou additionnel, la dette réelle de la Province, qui doit se calcider non pas par le montant dû nominalement, mais par la somme qu'elle nous coûte chaque année.
C'est ainsi et non autrement que l'on calcule le poids de toutes les dettes pn-
l'iiiiués vt icirticuKC-ivs.
Cinqiïit'nieinoiil, auViitin, .-ui lumt do (iO ans, cet ouiiirunt de $5,0!)]. 782, résiilTiiiit de rpinprunt Shehyu-Merciei-.
p«,uri-;i être i-emi)lacé par la même quantité de délieut lires vendues an pair, et ne coûtant comme aujourd'hui que le niême intérêt, sinon moins.
Que l'on torture les chiffres comme on le voudra, on ne peut -arriver à un autre résultat.
Croit-on qu'il y ait lieu de rougir d'un emprunt aussi avantageux ? Plût au Ciel que nous puissions opérer dans les mêmes conditions, sur toute notre dette, et qu'au lieu de payer 4% et 5 pour cent, c'est-à-dire .'Pl,3:i6,323.22 par année d'intérêt, nous n'eussions à payi>r que les deux tiers ou les trois quarts de cette somme !
On parle d'augnu'Utation de la dette :
oui. c'est une augmentation nominale, mais qui disparaît, qui s'efface par la dnninution de l'intérêt annuel. D'ailleurs que vient-on rous parler de cette augmentation quand, dans les pays les mieux administrés et les plus prospères, on n'a jamais hésité un instant devant telle augmentation.
De 1781 à 1785. grâce à ces emprunts nu-diesous du pair, mais à 3 pour cent. l'Angleterre a grossi sa dette de 91 millions de louis sterling à 11.5 millions. Il en fut de même de 1793 A 1802. D'une dette de 217 millions de louis sterlirg, on fit une dette de 329 miliions. Le cnjutal de la dette anglaise a été augmenté peut-être d'un tiers, au moyen Ce ce.-^ émissions à intérêt de 3 pour cent à un cours inférieur au pair.
Va-t-on prétendre que la finance nnglaise a commis là vu -acte criminel ? Va-t-on lie lui reprocher dans des termes aussi injustes, aussi violents qu'on le fait pour nous, au sujet d'un empriint dont le produit dépasse de beaucoup i-e taux d'émis.sion de la plupart des anci<^ns 3 pour cent de l'Angleterre.
La dette nominale qu'un emprunt fait pe&er sur un Etat est. d'ordinaire, biaucoup plus considérable (]ue la, somnii' versée au Trésor, dit le " Traité de la science des Finances." S'effraie t-on de cela en France ? Pas le moins dn monde- : on caK?uIe la dette par l'intérêt annKel qu'elle coûte, par la charge réelle qu'elle impose sur chaque habitant d'un pays. Faire le .contraire, c'est se complaire dans le monde do l'imagination et des calculs théoriciues. autour d'une dette qiU! nul d'entre nous, que nul d'entre nos descrïnl.ints ne sera ajipelé à iH^nibourser.
L'emi)rniit de 2 milliards contr icté en jS7(i a augmenté la dette nominale lie 698 m.illiots de francs. Les trois grands emprunts de la guerre de Crimée ont produit au gonvernemeut 1.- 558,243,948 francs ; ils ont augmenté la rente de 71,709,4{!0 francs, et de 2,201,508,880 francs de capital nominal.
En 18(;2, on emprunta 2!J8 millions effectifs, c'est-à-dire, qu'on toucha ce montant, faisant 403 millions de capital nominal, et grevant l'Etat ele 2.- 092,520 frs d'arérages ; en 1864. on v'mprnnta encore 314,910,392 francs effectifs, soit 474.977,965 francs de calùlal nominal : en 1808. on empruiiia ■J50,456.720 frencs effectifs, ou 0.50.- 477.166 francs .
Aujourd'hui encore c'est la même chus^' pour tous ceux qui empruntent .-uidf&ous du pair à qnehjue titre d'obligations qu'ils aient recours ; ils augmeiitt ut la dette nominale, comme l'ont fait nos trésoriers depuis 1874. en empruntant à 5, à 414 et à 4 pour cent, comme l'a fait l'honorable ex-trésorier lui-mêmedans se:i emprunts ; et encore ne trouve-t-on pas dans la diminution du Ncr\ice de- l'intérêt dans ces em prunts, une compensation aussi importante que celle de notre prochain 3 jiour cent.
Enfin, ou n'a pas pourvu à l'amortissement, nous reproehe-t-ou. C'est vrai et je dis qu'oii a agi sagement. L'amortissement couistitue ime charge trop lourde pour des coutribura'biles déjà soumis à autant d'impôts qu'ils peuvent en supporter. L'amortissement va se constituer de lui-même, tout uatui-elCement, par la dépréciation de l'argeart d'ici à 60 ans, par îa baisse du ta-ux de l'intérêt et la hausse de nos 8 p.c.
Il vaut mieux dégrever notre service d'intérêt, aMéger le poids de nos impôts, que d'augmenter le taux de nos intérêts pour constituer un fonds d'amortissement.
Que se passe-t-il en Angleterre ?
"Par le simple jeu de la substitution "de rentes viagères aux titres consoli- "dés. dit encore Leroy Beauli(.'\i. par "l'expii-ation naturelle des annuités à "ternie, le service de la dette auglai- "se diminuera encore d'une centaine "de millions de francs dans un délai "d'un (luart ou d'un tiers de siècle ; "il n'est pas impossible non plus que.
"dans (|uel(iues années, la conversion "des consolidés 3 p.c. en 2^2 p.c. soit "praticable, ce qui réduirait encore "d'une centaine de millions de francs "les intérêts de la dette iieriiétuelle.
■Aiusi, sans faire pln.s «l'efforts qu'elle "n'eu fait à présent, il est probable ■■'lue, dans trente ou (jnanuite ans. les ■■.•irrérages annuels de la dette britan- "nique seront n'duits de 15U ù 20U
■ millions environ. Cela prouve combien "le système des conversions de dettes "l't la substitution volontaire des ren- "les viagères aux titres de consolidés, "sont des procédés en général plus effi- "<aces ques les caisses d'amortisse- "nient les mi^ux combinées."
En France et ailleurs, c'est sur ces motifs qu'on se base maintenant pour sfxenipter de créer un fonds d'amortissement : la, pratique des conversions y supplée dans presque tous les cas.
Teles cont. Monsieur l'Orateur, les taisons qui nous font approuver le présent emprunt. Elles se rapportent plus l'ncore à l'amélioration de notre crédit dans l'avenir qu'à la valeur intrinsèque même de cet emprunt. Nous tenions à inaugurer une ère nouvelle qui va nous I»ermettre. si l'administration de la province continue à montrer de la pruden- '•e et une sage économie, de diminuer '.•onsidérablement le service de nos intérêts au moyen d'une conversion en bloc ou de conversions successives de nos 5 en 4 p.c, ou de nos 4 p.c. en o p.c, aussitôt que notre 3 p.c. aura atteint le point le plus rapproché du pair.
Il fallait commencer une aussi ex-
■ ellente politique, si nous voulions arriver avant longtemps à un résultat sensible dans l'amélioration de nos tinances. Nous avens fait le premier pas et nos valeurs seront portées bientôt à un cours qui se rapprochera beaucoup des valeurs les plus élevées après îes anglaises et les françaises. Citons par fxemple les 3 p.c. russes qui font aujourd'hui 87. mais qiii n'ont été pla-
■ ées eu août 1891 qu'à 78 pour tomber juelques .semaines après à 77, puis à 7.5.15 le 7 novembi'e 1891.
En août 1894, autre conversion <les 4 p. c. russes en 3 p. c, mais commet les 3 p. c. de 1891 avaient atteint 80 •-t 87, lies 3 p. c. de 1894 furent placés identiquement aux mêmes conditions, au eoui's de 87 et de 88 oïl ils se main- 'lennent
Fa ira mieux que la Russie, que l'Autriche, n'est-ce pas un résultat dont nous devons être orgueilleux ? Nous le devons à cet homme courageux, qui a entrepris la restauration et le relèvement de la province, qui marche résolument dans la voie qu'M s'est tracée, sans se préoccuper des préjugés qu''on peut exploiter trop facilement dans notre pt'j'.-' et sans» regarder nou plus aux diatribes insensées qui n'ont jamais eu le don d'arrêiter un homme de coeur dans le chemin du dïvc'r.
Notre pays a d'immenses ressources territoriales ; sa vaieur n'est pas surpassée, si l'on jette un coup d'oeil sur nos forêts ; nos mines, qiii ne sont pa» encore assez connues, ne peuvent manquer de nous placer, a dit un spécialiste, à câté de la Cïilifornie, du Colorado et de la Pennsylvanie : notre situation géogi-aphique, qni commande l'entrée de la Puissance, notre immense voie du St-Lam-ent qui pénètre jusqu'au coeur du pays, pom* y pop.'er les chesses du commerce et de l'industrie ; une agi-icuJture déjà florissante, qui suit de près Ontario et les Etats les plus avancés de l'Union Américaine ; près de 4,000 milles de voie ferrée ; des édifices publics qui fout l'admiration de tous les connaisseurs ; les pêcheries sans égales de noti-e giand fleuve et de nos innombrables lacs et ri- ^'jères intérieurs ; des institutions solides, une organisation sociale, religieuse et politique qui assxirent la paix et le travail harmonieux entre tous ; en fin le territoii'e de la Couronne où nous trouvons encore plus de 7 millions d'acres do terre arable arpentés et disponibles, eib un domaine forestier qui pourrait facilement metti'e à notre di;;l)osition un montant bien plus que suffisant pour acquitter toute notre dette ; tout cela, Monsieur l'Orateur, nous vaiit, sur le^ gi-andes Bourses, une situation meilileaire que eellp du passé.
Nous venonis de faii'« un pas dans cett'; direcition. Félicitons-nouii de ce progrès et souhaitons que ce premier pas dans la bonne voie nous proc-ure bientôt le ca"édit que nos ressom-ces matérielles et nos institutions publiques méritenc à la province.