X..., âgée de 24 ans
Antécédents héréditaires. — Père, 52 ans, atteint de crises gastriques attribuées à un labes fruste. La réaction de Wassermann dans le sang aurait été positive . chez lui il y a six ans. Actuellement les réflexes rotuliens sont diminués, mais les réflexes pupillaires sont normaux. Le signe de Romberg est ébauché. Ce sont les seuls symptômes constatés actuellement.
Mère bien portante. Un frère el trois sœurs sont en bonne santé. |
Antécédents personnels. — Cette jeune fille n’a jamais été malade, cependant un mois avant le début de l'affec-
Li OR tion actuelle, elle se sentait fatiguée, elle avait de la céphalée, de l’inappétence et de l amaigrissement.
Sa. menstruation était plus irrégulière. Elle aurait eu les paupières lourdes, sans que son entourage ait rien remarqué. Ë
Début. — Le début de la maladie actuelle paraît s’être fait le 24 mars : la malade avait été très impressionnée par le bombardement dû au supercanon, et était restée 3 heures dans la cave. Le lendemain elle eut de la céphalée frontale ; le 25, en se réveillant, elle se plaignit de voir trouble de l'œil gauche, de diplopie coïncidant avec la continuation de la céphalée. l
Il est difficile de savoir s'il y eut de la fièvre en ce moment. |
Le 26 mars, les troubles persistent, le D' Bergenstein appelé constate un état gastro-intestinal caractérisé par de Ja constipation et lui prescrit une purgation.
Le 28, vomissements très abondants, bilieux, persistant toute la journée ; l'état de prostration persiste.
L'état est le même le 29 et le 30. Le 31 apparaissent de la somnolence et du délire.
Pendant les premiers jours du mois d'avril jusqu'au u 8, l’état est caractérisé par/de la somnolence, du délire, et, après uné amélioration passagère des troubles oculaires, elle tombe dans un état de léthargie etne prend pus ‘aucun aliment.
Le 9 avril, le D' Netter la voit en consultation, il la fait nourrir avec des lavements et pratique une ponction lombaire. À ce moment il constate de la catatonie.
Le lZ avril, la malade entre à l'hôpital, elle est dans un état d’agitation extrême, se lève dans son lit, veut en descendre, elle bat et mord les infirmières que s'oecupent d'elle, elle crache toutes les hoissons qu'on lui donne
par suite d'une gêne de déglution ; antérieurement on aurait constalé de la parésie de la langue et des lèvres. Ses paupières sont tombantes. Cet état d'agitation persiste pendant la nuit. |
Le 13 avril, M. Netter veut. bien nous donner le résultat de l'examen du liquide céphalo-rachidien, il est clair et pauvre en lymphocytes, 10 à 11 par champ. Une réaction de Wassermann faite sur le sang est négative.
À la visite du matin, on constate les symptômes suivants : La malade est dans le coma, la résolution est complète aussi bien aux membres supérieurs qu'aux membres inférieurs. Si l’on asseoit la malade, la tête, ballante, pend inerte du côté droit, les paupières sont fermées. “4
La malade est insensible aux excitations extérieures ; un bruit violent à côté d’elle ne la lire pas de sa torpeur. La friction cutanée, la piqûre amènent une réaction motrice, se traduisant par quelques mouvements de flexion de la cuisse ou du bras. ù R
Les réflexes rotuliens sont conservés, mais faibles, un peu plus à droite. qu'à gauche ; les réflexes achilléens sont diminués. rh | k
Le réflexe médio-plantaire est normal.
Le signe de Babinshi est en flexion à droite, en extension à gauche. Les réflexes tendineux du membre supérieur, sont faibles. Pas de signe de Kernig. Les réflexes abdominaux sont très diminués : Le. ventre est excavé en bateau. Les troubles vaso-moteurs sont très marqués ; la raie méningitique est accentuée et persistante. Les paupières ouvertes retombent aussitôt, le globe oculaire gauche est en strabisme externe, le ré- flexe cornéen est nèt, les réflexes pharyngien el pituitaire sont conservés, les pupilles sont dilatées.
Du
Le pouls est à 120, le réflexe oculo-cardiaque est très marqué dans le sens de la diminution, le pouls se impossible à compter. Pas de constipation.
Le 16 avril. La malade sort un peu de son coma, on peut l’examiner avec plus de facilité. L'état léthargique est moins profond : lorsqu'on lui adresse la parole, elle porte la main à sa tèle d’un geste automatique, elle paraît comprendre quelques questions.
La parésié de la nuque a diminué, la malade tient sa
tête droite. La moitié droite de la face est parésiée, le strabisme externe de l'œil droit persiste, la déglutition se fait mieux, quelques aliments peuvent être pris au biberon. .
La pression, même le moindre attouchement, provoque de la douleur, l’hyperesthésie est généralisée et plus intense au niveau de la paroi abdominale. Les réflexes rotuliens sont à peu près normaux. Pas de signe de Kernig. Signe de Babinski en extension à gauche.
Réflexe oculo-cardiaque normal. P. 128. R.0. 120.
17 avril. L'état de la malade est variable suivant les moments ; dans l'après-midi du 16 elle est sortie de sa torpeur, a demandé à boire quoiqu'elle ait quelques vomissements alimentaires, elle s'est levée et a fait quelques pas en penchant du côté droit.
‘A la visite du matin, elle est dans un état de torpeur marquée, les paupières baissées, l'hyperexcitabilité sensitive est nfoindre, mais si on la touche elle réagit en faisant un mouvement. Elle comprend ce qu'on lui dit ; si on lui donne une cuiller en lui disant de la porter à sa bouche, elle balance l’objet au-dessus de sa tête, le rejette d’un geste automatique qu'elle renouvelle un grand nombre de fois. Le strabisme externe de l'œil droit est très marqué. La malade cherche à mordre.
GR
18 avril, Même état. Elle reconnait ses parents. La torpeur est coupée d’intervalles de réveil.
La malade ouvre les yeux. Parésie faciale droite.
Le 20 avril. L'état de torpeur est le même, mais on en ire plus facilement la malade, elle esquisse un mouvement des lèvres quand on lui dit de tirer la fangue. Sa parole est bredouillée. Elle présente des troubles psychiques marqués ; c’est ainsi que, lorsqu'on l'interroge, elle ne répond qu'à certaines personnes. Incontestablement il existe chez elle un état confusionnel.
Le strabisme externe est devenu bilatéral, il est plus marqué à gauche. Mydriase.
Le 21 avril. La malade présente une nouvelle moditication de son état psychique, elle a de l'excitation cérébrale, veut se lever et se sauver au point qu'on est obligé de l’attacher. Elle ne parle pas et répond par signes aux questions qui lui sont posées. Incoordination motrice des membres supérieurs et dysmétrie.
Le 22 avril. La malade est somnolente, reste les paupières baissées, la déglutition se fait mieux. La paroi abdominale est contracturée, les muscles droits sont fortement dessinés sous la paroi ; il n'existe ni signe de Kernig, ni de raideur de la nuque ; signes de Babinski, d'Oppenheim et de Schæfer à gauche. |
Le 23 avril. Une ponction lombaire et une prise de sang dans la veine sont pratiquées pour réaction de Wassermann et hémoculture. Les résultats de recherches de laboratoire furent les suivants : Réaction de Wassermann négative dans le sang et dans le liquide céphalo-rachidien. Lymphocytose normale dans le liquide céphalo-rachidien (1 ou 2 lymphocytes par. champ). Hémoculture négative.
Le 26 avril, Le strabisme persiste toujours très mar-
ten
qué à droite ; pupilles dilatées, le ptosis disparait ; à certains moments la malade a un clignement fréquent des paupières ; elle mâchonne et grince des dents. Persistance des troubles sphinctériens.
Pouls, 106. Réflexe oculo-cardiaque, 78. |
Le 1% mai. Diminution du strabisme. La malade répond aux questions qu'on lui pose. Elle demande à boire. S
Le 4 mai. La somnolence est moindre ; la malade paraît avoir de la parésie de l’accommodation, mais cet examen lui cause une très grande fatigue. |
Le 7 mai. Persistance du gâtisme. Les Re oculaires sont moins marqués ; il persiste de la dilatation pupillaire,, mais il n'existe pas de troubles de lPaccommodation. La face est parésiée à droite. La parole est difficile, scandée, un peu lente. La déglutition se fait bien. : |
Les mouvements de la langue s ‘exécutent très bien.
Les réflexes rotuliens sont exagérés. Le signe de Babinski est négatif des deux côtés.
Le 14 mai. L'état est le même. Au point de vue PSychique, la malade n’a gardé aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant sa maladie ; elle est diminuée intellectuellement, reste indifférente à tout ce qui l'entoure: elle fait cependant un effort pour parler et dit des phrases puériles,cause comme un enfant qui réciterait une leçon apprise, en ayant l'air de faire un effort pour se FAIRE les mots.
Persistance du patio. La marche se fait à petits pas. Pas de dilatation pupillaire.
Pression artérielle au Pachon, 16 1/2 — 9.
Le 16 mai. La malade n ‘est plus somnolente, mais elle a de l'embarras de la parole, Elle a de nouveau de la
mydriase. Elle pent s'asseoir dans un fauteuil, mange seule ; elle marche à ‘petits pas. Son état psychique est toujours celui d’un enfant.
Le 24 mai. Elle est examinée au point de vue oculaire par le D' Morax, dont nous transcrivons les conclusions :
Pupilles égales ; réflexes normaux à la lumière et à la convergence ; pas de lésions du fond de L
Heaction rs œil droit, 17,5 er TO: dl gauche, 2 2,9 ; D. V:,
Troubles ne accusés de la motilité du globe avec diplopie atypique. Diplopie croisée dans le regard en face et à droite, les images conservent le même écartement dans toutes les directions. Diplopie homonyme dans la moitié gauche du champ du regard. Cette diplopie indique à la fois une altération de l'abduction à gauche el de l’adduction dans le reste du champ du regard. Elle ne peut être rattachée à l'atteinte de tel ou tel groupe neuro-musculaire et indique l’atteinte simultanée de la troisième et de la sixième paire, mais très incomplète. L'accommodation est normale dans les deux yeux. Dans les mouvements des globes, on note quelques légères oscillations nystagmiques. :
Le 28 mai. Le D' Glover pratique sur ma demande un examen oto-rhino-laryngologique ; il n'existe aucune parésie du voile du palais, ni du larynx. Mais on trouve sur les cordes vocales deux ulcérations, une sur la corde vocale du côté gauche est plus étendue et la corde de ce côté est vascularisée, À l'examen rhinoscopique, il y a du pus dans le cavum.
L'examen otoscopique montre une myringite : l’action du marteau est très injectée à droite, moins à gauche.
Les'lésions sont analogues à celles de la grippe.
Le 28 mai. L'état psychique s’est beaucoup amélioré,