A L'ABREUVOIR
A la pointe du jour, hors de l'étable noire, Et sous leurs durs sabots écrasant les cailloux, Vers une mare où dort l'ombre épaisse d'un houx. Des couples de taureaux s'en sont allés pour boire.
L'aube allume un éclair à leurs cornes d'ivoire. Pendant que, dans la vase entrés jusqu'aux genoux. Ils froncent, au milieu des joncs, leurs mufles roux, En humant l'eau profonde où tressaille une moire.
Mais voici que l'un d'eux, le plus grand du troupeau,
Réjoui de sentir frissonner sur sa peau
Le vent âpre de mars, qui descend des collines.
Comme si des beaux jours il pressentait l'éveil, Ouvre aux parfums épars du matin ses narines Et beugle longuement du côté du soleil.