CRITIQUE DE LA TECHNIQUE
1° De l’alésage.
On lui a reproché les perturbations, hypothétiques mais vraisemblables, que peut occasionner la destruction, même limitée, de la moelle osseuse, sur les processus d’ostéogénèse.
Cependant l’enchevillement central des deux os de l’avant-bras a donné à Leveuf d’excellents résultats chez l'enfant, sans aucun trouble d'ostéogénèse, et sans aucun trouble de croissance. À plus forte raison chez l'adulte la moelle n'est-elle pas nécessaire à l'évolution du cal.
Quant à nous, nous reprocherions plutôt à l’alésage, d'être la cause, dans les suites opératoires immédiates, de véritables hématomes graëseux que nous avons constatés dans deux de nos observa-
tions.
20 De la taille du greffon.
Il est indispensable de la faire à la scie jumelée pour être sûr du calibrage rigoureux permettant le glissement du greffon sans avoir à le retailler. On
lui a reproché de dévitaliser le greffon, reproche
qu'on peut rejeter pour les raisons déjà vues.
Nous avons, de plus, indiqué qu'il est utile d’avoir une scie à vitesse lente, qui ne chauffe pas. Il nous paraît inutile de procéder sous irrigation continue
comme le proposait Albee.
3° De la forme du greffon.
Notre expérimentation nous a montré qu'il avait une forme de parallélipipède rectangle à arêtes vives et à grandes faces incurvées dans lesens de sa largeur.
Le greffon tibial est presque rectangulaire à la coupe.
Le greffon fémoral est plus incurvé dans le sens “de sa largeur.
Le greffon radial et le greffon cubital seraient carrés à la coupe, donc encore plus aptes à s’opposer à tout déplacement.
La largeur du greffon est inférieure au diamètre de la .médullaire : pour un alésage de 10, greffon de 9 environ. Ainsi la diagonale du greffon est sensiblement égale au diamètre du canal médullaire. Les arêtes vives du greffon s’'émousseront en pénétrant dans la médullaire et ainsi le blocage est, en principe, assuré, bien mieux que par un greffon cylindrique ou irrégulièrement retaillé. Il peut par contre permettre un certain décalage s'il n'est pas « taillé sur mesure » ; c’est ce qui nous a conduit à faire nos expérimentations pour préciser la largeur
‘æxacte à lui donner.
Re ae
4° De la matière du greffon.
C’est le débat, toujours actuel, ouvert, sur l'auto, l'homo et l'hétérogreffe. Disons seulement qu'on se sert de plus en plus de l’autogreffe, plus logique si, par contre, elle n’est pas toujours d'application plus simple.
Par ailleurs les doutes que l'on pourrait formuler sur la solidité du greffon, pris sur un des fragments. ne nous paraissent pas fondés car nous n'avons.
jamais observé de fracture du greffon.
5° Du temps de glissement.
On peut craindre que le greffon ne se coince au moment de pénétrer dans le canal médullaire. En réalité, la seule observation où nous l'ayons vu se coincer est celui où l'alésage de la médullaire n'avait pas pu être pratiqué. Dans tous les autres cas, le glissement s'effectua facilement. La seule condition est de prendre la mesure exacle au mo-
ment de la taille du greffon.
6° De Ia contention.
L’enchevillement central, réalise le bout à bout des fragments,
s'oppose à certains déplacements :
rod
— décalage surtout, — angulation dans une certaine mesure.
mais ne s'oppose guère à la rotation.
I ne prétend pas à lui seul contenir d’une façon rigoureuse la fracture. Il est donc indispensable d'immobiliser le membre par un plâtre, le plus souvent ; parfois par une extension Continue, une:
fois le greffon mis en place.