MONNAIES GAULOISES
F On appelle numismatique la science qui s'occupe de l'étude des monnaies ou, comme on dit encore des vihhilles des différents peuples. Nous allons exposer brièvement les premières notions de la numismatique gauloise. Elle présente trois âges distincts, savoir : l'û-je d'or, Page d'argent et l'âge d'airain. L'âge d'or va de l'an 337 à l'an Î60 avant J.-C. ; Il embrasse une période de 77 ans. L'âije tf argent s'étend de l'an 360 à l'an 160 avant J.-C; il a, par conséquent, duré un siècle. Enfin Vâge d'airain comprend l'intervalle qui sépare l'année 460 avant J.-C. de l'an 60, époque où commence la conquête romaine. Sa durée égale donc celle de l'âge d'argent.
Age d'or. — Cette période est ainsi nommée parce que, pendant tout le temps qui la compose, les Gaulois ont fabriqué presque exclusivement de* monnaies d'or, très-peu de monnaies d'argent, et pas une seule monnaie de cuivre ni d'airain. Les numismates sont parvenus à remonter à l'origine de la monnaie gauloise appartenant à l'âge d'or. On sait qu'au commencement du v» siècle avant J.-C., plusieurs peuplades celtiques du centre do la Gaule quittèrent leur pays sous la Conduite de Bellovèse et de Sigovèse. L'émigration à peine en marche, ne tarda pas à se séparer en deux troupes : l'une, ayant pour chef Bellovèse, S'établit au pied des Alpes, dans la vallée du Pô ; l'autre, qui obéissait à Sigovèse, suivit le cours do Danabe et fonda sur les deux rives de ce fleuve et dan» les pays voisins plusieurs établissements qui prospérèrent. Les descendants do ces émigrés n'avaient point perdu le sonvenir de la mère patrie, fis avaient conservé avec elle des relations d'amitié
les Gaulois des bords du iJanube avaient conclu d«;s traités de paix ci d'aliiance avec plusieurs peuples voisins, avec les Macédoniens, par exemple. Ils faisaient en outre avec ces derniers un commerce assez important. Ôr, l'époque à laquelle ce commerce prit une extension considérable fut celle du règne do Philippe, père d'Alexandre le Grand. Ce monarque s'était livré à l'exploitation des mines d'or et d'argent que renfermaient seé possessions, et avait frappé une grande quantité de pièces d'or, des stutcres, des demi-statères, ainsi que des didrachmes on argent. Cette monnaie fut bientôt connue des Barbares, qui consentirent à la recevoir en payement des objets dont ils trafiquaient. C'est do la sorte que les monnaies macédoniennes, les Philippe* macédoniens, comme on les appelle ordinairement, passèrent aux Celles danubiens. Ceux-ci ne tardèrent pas à les répandre pafmi leurs frères occidentaux, et insensiblement l'usage s'en répandit de procho en proche dans loùle la Gaule celtique, jusque chez les Santons (Sainlouge), habitants des bords de l'Atlantique. Ainsi, la première monnaie dont les Gaulois se servirent no fut pas une monnaie nationale, ce fut une monnaie macédonienne. Sa rareté s'opposait à ce qu'elle fût d'un usage |K>pulairc. Les familles ric hes seules l'avaient entre les mains et l'employaient pour faciliter les échanges. Le slatère de Philippe était de forme ronde ; mais, de môme que toutes les monnaies grecques, il n'était pas plat comme nos pièces de monnaie actuelles. L'une do ses faces, assez fortement bombée, portait une tête barbue; sur l'autre face, concave et creusée en godet, on voyait un char attelé de deux chevaux, que dirigeait un seul conducteur. Ce char est ce que l'on nomme un bige" dans le langage numismatique. Très-souvent on lisait sur les ce mot qui se détachait en relief : P7U- L1PPOU. Les Gaulois, qui, depuis longtemps déjà, se montraient habiles dans l'art de travailler les métaux, Conçurent bientôt le dessein de fabriquer eux-mêmes des statèrc9 d'or. Les premiers qui sortirent de leurs mains n'étaient qde des copies plus ou moins fidèles du statère macédonien. Dans ces copies, ce qui différa le plus de l'original, ce fut le mot grec Philippou que les artistes gaulois ne reproduisirent qu'en partie, se contentant d'ordinaire d'en écrire seulement quelques lettres, telles que LIPP, ILIPP, etc.
On comprend, en effet, que ces caractères étrangers ne devaient pas avoir une grande valeur aux yeux des Celtes, qui n'y voyaient guère qu'un ornement. Us ne tardèrent pas à les supprimer tout à fait; probablement l'influence des druides ne fut
et do commerce, et il n'était pas rare do voir I pas étrangère à celle suppression, car on sait que chaque année quelques-uns d'entre eux Tenir I le druidisme proscrivait l'usage de récriture, fl visiter le pays de leurs ancêtres. D'un autre coté, I résulte de là que toute monnaio celtique en or,
sur laquelle on verra reproduites deux ou (rois lettres grecques, appartiendra infailliblement aux temps primitifs de l'art monétaire chez nos afcux, et pourra être considéré comme ayant été frappée au commencement du second siècle avant notre ère. De la copie à peu près fidèle du coin macédonien, les Gaulois passèrent vile ù l'imitation de ce mémo coin, et le génie national aidant, le dessin primitif fut profondément défiguré. D'abord la téle marquée sur le côté convexe des statères, et le bigo que portait leur côté concave cessèrent bien vite de représenter des objets réels, existant dans la nature. Ils furent tout de suite symbolisés. Cela signifie qu'on leur donna des formes de convention, destinées à rappeler certains mystères du culte druidique. En même temps, lo bige perdit successivement quelques-unes des pièces qui lo composaient d'abord. Le char ne tarda pas à disparaître, puis ce fut l'un des chevaux, et ensuite le conducteur lui-même. De sorte qu'à la fin il ne resta plus de l'ensemble, du bige qu'un seul cheval représentant, non pas un cheval naturel, mais un cheval fictif dont la vue rappelait aux Gaulois certaines pratiques de leur culte. La této subit des déformations analogues. Tantôt elle se réduit presque à un nez colossal de forme triangulaire, tantôt il n'en existe plus qu'un œil d'une grandeur démesurée. D'autres fois encore, elle est comme fractionnée et désarticulée en un* grand nombre do parties, tout à fait indépendantes les unes des autres. Evidemment il ne faut pas voir dans tout cela un résultat de l'inhabileté de l'artiste. Une intention secrète a présidé à ces jeux de l'imagination. Nous avons représenté (fig. 8) un stalère gaulois de l'âge d'or. On voit que le symbolisme y domine déjà. De plus le bige s'y trouve en mémo temps réduit à une très-simple expression. Plus de char, seulement deux rouelles ou petites roues, et quelques linéaments indiquant la place où devrait être le conducteur.
Outre les statères et los demi-statères d'or, les Gaulois ont aussi frappé pendant la première période des pièces d'argent d'un diamètre considérable. Elles font encore aujourd'hui l'admiration des numismates. Elles ont été fabriquées à l'imitation des didrachmes et des tétradrachmes macédoniens. Leur face convexe est recouverte d'une tète analogue à celle que l'on voit sur les statères en or. La face concave, profondément déprimée, représente un coursier trottant, mené par son cavalier. Le symbolisme envahit de bonne heure cette sorte de monnaie. Quelquefois, la této est systématiquement déformée au point de devenir presque méconnaissable. Souvent aussi le cheval et son cavalier ont subi de graves altérations. Parfois l'un d'entre eux, l'homme ou la bêle, a complètement disparu. On a distingué trois classes
île didrachmes, savoir : des didrachmes à létc barbue, des didrachmes à téle imberbe, mais naturelle, et enfin des didrachmes à tète imberbe et symbolisée. Le poids des didrachmes est trèsvariable. Il oscille généralement entre huit et douze grammes. La fig. 9 représente un didrachme à téle barbue naturelle, mais dont le cheval est symbolisé. La Gg. 10 en représente un autre dans lequel la této et le cheval sont à la fois symbolisés. L'intention de symboliser ainsi Ie3 objets que représentent les deux côtés de la pièce est parfois bien manifeste. Ainsi on connaît des médailles dans lesquelles la tôle est terminée par une espèce d'anse ou de crochet, destiné à la suspendre. Dans d'autres, c'est le cheval qui porte sur son dos un semblable crochet. Dans d'autres encore, les quatre jambes du cheval sont serrées dans des entraves. Le symbolisme se manifeste enfin de mille manières diverses. Nous avons représenté (fig H ) un magnifique échantillon de la monnaie gauloise en argent de la première période : c'est un tetradrachme du poids énorme de 16 gr. 23 et d'un diamètre considérable. La téle en est très-déformeo, et le cheval a disparu de la face concave.
Les monnaies que nous venons de décrire, le slatère et le demi-stalcre d'or, le didrachme et le lélradrachmc en argent, n'avaient pas cours dans toute la G3ulo. Ils étaient inconnus dans le versant de la Méditerranée, dont le système monétaire, ainsi que nous le verrons prochainement, était établi sur tics bases fort différentes. La monnaie d'or et la monnaie d'argent de la première période se partageaient entre elles le reste de la Gaule. Du centre de ce pays, lieu de leur naissance, elles avaient rayonné dans des sens opposés. Les stalères et les demi-stalères d'or circulaient dans la partie septentrionale. Ils formaient la monnaie commune do deux peuples puissants, les Biluriges et les Carnulcs. Les pièces d'argent à la tète et au coursier surmonté de son cavalier, avaient principalement cours dans la région plus méridionale ; chez les Arvernes et chez les Santons, par exemple. Mais, chose remarquable, la monnaie de l'âge d'or n'avait pu franchir les Cévennes, habitées par des Celtes que des causes ignorées aujourd'hui devaient maintenir isolés de leurs frères de même race. Ainsi les Gaulois des bords de la Méditerranée connurent beaucoup plus tard que les autres l'usage de la monnaie; les premiers coins qu'ils imitèrent furent ceux de la ville de Rhoda, colonie grecque établie en Espagne.
Mealettb et IIacvion aîné.
Lt Directem-Gérant,
A. MERLETTE
Imprimerie de L. Toisoa et O, k Sakul-tietiMin.
1« Année.