SUITE DES REMARQUES SUR LA VOIX ACTIVE DE LA PREMIÈRE CONJUGAISON
Mode indicatif. — Temps futur.
Les Latins se servaient du verbe avoir joint à un infinitif, pour marquer le devoir, la nécessité, l'intention, le dessein de faire dans un temps futur l'action exprimée par cet infinitif. En conséquence, ils employaient des tournures équivalentes à celle» ci : Toi à lire; j'ai à serin, pour dire : je lirai, j'écrirai; c'est pour moi uao nécessité, un devoir. Cette façon da parler était devenue de bonne heure d'un fréquent usage dans le langage populaire pear exprimer le futur. EU
cesse chez les écrivains des premiers siècles du moyen âge. C'est d'elle que s'est formé le futir de la langue d'oïl, c'est-à-dire le folur français. Pour dire que l'on ferait l'action de porter, on disait autrefois, en sous-entendant le sujet du verbe avoir : porter ai, porter as, porter a, porter avant, porter axez, porter ont. Cette manière de s'exprimer équivalait à celle-ci : J'ai à porter, itj « à porter, il a à porter, nous avons à porter, vous avez à porter. Us ont à porter, laquelle annonce parfaitement une action future. Un peu plus tard on réunit les deux mots, l'infinitif et le présent de l'indicatif du verbe avoir et Ton eut;: Porterai, porteras, portera, etc. Cette ferme est notre futur actuel ; seulement la première et la seconde personne du pluriel ont subi une syncope, car dans ces personnes a do ru et avez ont perdu ao pour devenir plus simplement ans et ex, de sorte que le futur français est devenu définitivement : Porterai, porteras, portera, porterons, porterez, porteront. Ce qui prouve jusqu'à l'évidence que notre futur s'est formé réellement ainsi, c'est qu'autrefois l'on séparait souvent l'infinitif du verbe twotr, en plaçant entre eux le complément direct ou le complément indirect du verbe. Par exemple, ces mots : Je vous dirai pourquoi te rendaient ainsi : E dir vos ai perche.— Dans cette proposition, e est pour notre conjonction actuelle et ; vos signifie vous, et perche veut dire pourquoi. Chose remarquable I dans toutes les langues néolatines, en français, en italien, en espagnol et en portugais, le futur des verbes s'est formé sans exception de cette manière, c'est-4-dire par radio
jonction du présent de l'indicatif du verbe avoir à l'infinitif du verbe que l'on veut conjuguer. La langue valaque seule, quoique dérivée du latin, a eu recours à un autre procédé pour obtenir son futur. Elle le forme au moyen do l'auxiliaire je veux; elle dit : je veux chanter pour je chanterai. Les grammairiens français qui n'ont pas tenu compte des divers changements qu'a subis la langue à travers les âges, et ils sont nombreux, ont eu pourtant comino un vague instinct du mode de formation de notre futur. Ouvrez, cri effet, les traités do grammaire qui pullulent chez nous, et tous vous apprendront que le futur de nos verbes se formo de l'infinitif en changeant r, re ou oirfti rai, rat, ra, etc. Ils ont donc entrevu une partie de la' vérité; seulement ils n'ont pas deviné l'origine des finales rai, ras, ra, etc. Do ce que nous venons de dire, il résulte que iiolro futur n'est un temps simple que pour la forme et à cause do la manière dont nous l'orthographions aujourd'hui. En réalité, c'est un temps composé et même le seul temps composé de notre conjugaison, puisque ceux qui ont usuqté ce nom ne sont, à proprement parler, que des périphrases, r,
Mode conditionnel. - Présent.
■ Avant de revêtir la forme actuelle, le présent de notre conditionnel a subi une sério de transformations dont nous allons donner le tableau. Disons auparavant qu'il est tiré tout entier de l'imparfait du subjonctif latin, contrairement à l'opinion de M. Raynouard, qiii pense que ce temps est composé de l'infinitif présent et de l'imparfait du verbe oeoir. Voici ce qn'il a été aux diverses époques :
'', portarem, porlereie, porleroie, porteroi, porferois, et enfin je porterais.
portares, porlereics, porteroies, porterais, et enfin tu porterais.
portarbt, porlereit, porteroit,' et enfin il porterait.
, . portarbmus, porteriotnes, et enfin nous porterien».
. portaretis, porleriels, et enfin vous porteries, * portarbnt, portereienl, porteraient, et enfin ils prieraient.
Mode impératif.
Dans la première conjugaison, le3 formes du présént do l'impératif sont identiques à celles de l'indicatif. La seconde personne du singulier de 'l'impératif est la mémo que la première personne Singulière du présent de l'indicatif; la première et la seconde personne du pluriel de l'impératif ne sont pas autre chose que les personnes correspondantes du présent do l'indicatif, moins lo pronom qui sert de «ijel. ' . "
Mode subjonctif. — Présent.
Voici le tableau des variations du présent du subjonctif qui est formé du temps latin correspondant.
portkm, que je porte.
portes, que tu portes.
portet, portet, et enfin qu'il jtorte.
pohtkmus, portâmes, portons, et enfin que nous portions.
roiiTETis, portets, portez, et enfin que vous partiez.
portent, qu'ils portent.
On voit qu'à une certaine époque, les formes de l'impératif ont été identiques à celles du prosent du subjonctif. Il devait en étro ainsi tout naturellement, à cause de la conformité des qu'il;
Imparfait.
Notro imparfait du subjonctif a été formé du plus-que-parfait du subjonctif latin de la manière suivante : ....
portavissem, portasseii, d'où que je portaue. portavisses, portasses, que tu portasses. porta visset, portassbt, portast, et enfin qu'il portât.
poRTAvutsiTMi-*, portassemus, porlassiomes, et enfin que nous priassions.
porta vissktis, portassetis, portassiets, et enfin que vous portassiez.
portavissent, portassent, qu'ils portassent.
Mode infinitif. — Présent.
Lo présent de l'infinitif français delà première conjugaison a été formé du présent de l'infinitif latin par la suppression de la dernière voyelle, et par le changement de l'avant-dernièro a en e. C'est ainsi que do portare nous avons lait porter.
Mode participe. — Présent.
Le participe présent provient de l'accusatif singulier du participe présent latin. Par exemple, portante* a été changé par nous en portant.
Passé.
Le participe passé de nos verbes do la première conjugaison est tiré de l'accusatir singulier du participe passé latin. De portatum nous avons fait d'abord portet, ou bien ported, en remplaçant le ( final par la dentale douce correspondante d. Enfin, supprimant ce t ou ce d final, obtenu le participe passé actuel parti.
L'ENCYCLOPÉDIE DES ÉCOLES JOl i ■
DICTÉE D'ORTHOGRAPHE USUELLE
LE GÉOMÈTHK (SUITE).
Un moment après, il sortit, et nous le suivîmes. Comme il allait assez vile, et qu'il négligeait de regarder devant lui, il fut rencontré directement par un autre homme : ils se choquèrent rudement, et de ce coup ils rejaillirent, chacun de son côté, en raison réciproque de leur vitesse et de leurs masses. Quand ils furent un peu revenus de leur étourdiësement, cet homme, portant la main sur le front, dit au géomètre : « Je suis bien aiso que vous m'ayez heurté; car j'ai une grande nouvelle à vous apprendre : je viens de donner mon Horace au public. — Comment! dit le géomètre, il y a deux mille ans qu'il y est. — Vous ne m'entendez pas, reprit l'autre : c'est une traduction de cet ancien auteur que je viens de mettre au jour; il y a vingt ans que je m'occupe à faire des traductions.
— Quoi t monsieur, dit le géomètre, il y a vingt ans que vous ne pensez past Vous parlez pour les autres, et ils pensent pour vous. — Monsieur, dit lo savant, croyez-vous que je n'aie pas rendu un grand service au public de lui rendre la lecture des bons auteurs familière ? — Jo ne dis pas tout ù fait cola : j'estime autant qu'un autre les sublimes génies que vous travestissez; mais vous ne leur ressemblerez point ; car. si vous traduisez toujours, on no vous traduira jamais.
Les traductions sont comme ces monnaies de cuivre qui ont bien la même valeur qu'une pièce d'or, et môme sont d'un plus »rand usage pour le peuple ; mais elles sont toujours faibles et d'un mauvais aloi.
Vous voulez, dites-vous, faire renaître parmi nous ces illustres morts ; et j'avoue que vous leur donnez bien un corp9, mais vous no leur rendez pa9 la vio : il y manque toujours un esprit pour les animer.
Que ne vous appliquez-vous plutôt à la recherche de tant do belles vérités qu'un calcul facile nous fait découvrir tous les jours? »
Après ce petit conseil, ils se séparèrent, jo crois, très^mécontents l'un de l'autre.