LE PRINTEMPS DU CLIMAT I>E LA GRÈCE
Dans l'heureux climat que j'habite, le printemps est comme l'aurore d'un beau jour : on y jouit des biens qu'il amène et de ceux qu'il promet. Les feux du soleil ne sont plus obscurcis par des vapeurs grossières, ils ne sont pas encore irritas par l'aspect ardent de la canicule ; c'est une lumière pure, inaltérable, qui se repose doucement sur tous les objets ; c'est la lumière dont les dieux sont couronnes dans l'Olympe.
Quand elle se montre à l'horizon, les arbres agitent leurs feuilles naissantes, les bords de l'Ilissus retentissent du chant des oiseaux, et les échos du mont Hymelte du son des chalumeaux rustiques. Quand elle est près de s'éteindre, le ciel se couvre de voiles élineelants, et les nymphes de l'Attique vont d'un pas timide essayer sur le gazon des danses légères ; mais bientôt elle se hâte d'éclore, et alors on ne regrette ni la fraîcheur de la nuit qu'on vient de perdre, ni la splendeur du jour qui l'avait précédée ; il semble qu'un nouveau soleil se lève sur un nouvel univers, et qu'il apporte de l'Orient des couleurs inconnues aux mortels. Chaque instant ajoute un nouveau trait aux beautés do la nature ; à chaque instant le grand ouvrage du développement des êtres avance vers sa perfection.
0 jours brillants ! 6 nuits délicieuses I quelles émotions excitait dans mon âme celte suite de tableaux que vous offrirai tous mes sens! 0 dieu des plaisirs '. ô Printemps ! je vous ai vu cette année dans toute votre gloire ; vous parcouriez en vainqueur les campagnes de la Grèce, et vous détachiez de votre tôle les fleurs qui devaient les embellir ; vous paraissiez dans les vallées, elles se changeaient en prairies riantes ; vous paraissiez sur les montagnes, le serpolet et le thym exhalaient mille parfums ; vous vous éleviez dans les airs, et vous y répandiez la sérénité de vos regards. Les amours empre^és accouraient i votre voix ; ils lançaient de toutes parts des traits enflammés ; la terre en était embrasée. Tout renaissait pour s'embellir ; tout s'embellissait pour plaire. Tel parut le monde au sortir du chaos, dans ces moments fortunés- où l'homme, ébloui du séjour qu'il habitait, surpris et satisfait de son existence, semblait n'avoir un esprit que pour connaître le bonheur, un cœur que pour le désirer, une âme que pour le sentir.
(barthllkmt. Voyage a" Attachant*.)