‹ L'Endocardite Maligne à Forme d'Insuffisance AortiqueChapitre 30 sur 48 · III. — REINS · texte numérisé non relu

III. — REINS

Les reins sont intéressés dans la plupart des cas. Tantôt on est en présence du rein cardiaque ordinaire, avec tous ses caractères classiques. C’est un rein volumineux, augmenté de poids, dépassant fréquemment 200 gr. Nous en avons rencontré un de 300 gr. d’autres de 250 ou de 270 gr. Il se laisse en général bien décortiquer. Son contour est régulier. Sa surface, sur laquelle apparaissent particulièrement nettes les étoiles de Verheyen, est d’un rouge foncé, tirant parfois sur le violet bleuâtre. La coupe révèle seulement une modification légère de la consistance plus ferme qu’indurée. Elle laisse voir également la saillie en pointillé rouge vif des glomérules, la teinte plus sombre, parfois presque noirâtre des pyramides. On ne note pas d’atrophie de la corticale. La proportion entre les deux substaces corticale et médullaire reste conservée, normale.

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D'autres fois, au contraire, apparaissent, soit isolés, soit associés aux lésions précédentes, des infarctus. Ce sont tantôt des infarctus récents, avec leur forme triangulaire, leur base périphérique et souscapsulaire, leur sommet orienté du côté du hile, leur teinte blanchâtre dans la partie centrale, rouge foncée à la périphérie, au niveau de la zone de congestion, tantôt des infarctus anciens, ne laissant plus qu’une petite bande cicatricielle, qui apparaît sur la surface de l'organe adhérent à la capsule qu’on ne peut pas aisément détacher à ce niveau.

Dans certains cas, on rencontre à la fois des lésions de date récente et d’autres plus anciennes, creusant la surface du rein d’une série de cicatrices scléreuses.

Telles sont les altérations macroscopiques. L’examen histologique complète ces données en permettant de découvrir, suivant les cas, trois catégories de lésions : lésions de rein cardiaque, infarctus, altérations un peu particulières signalées fréquemment dans l’endocardite maligne depuis ces dernières années.

Dans le premier cas, quand on est seulement en présence d’un rein cardiaque, ce qui frappe, c’est l’intégrité anatomique des éléments constitutifs de l’organe. Les cellules des glomérules et des tubes contournés ne présentent pas de lésions appréciables, en dehors des altérations cadavériques banales. On ne rencontre pas la moindre néo-formation pathologique : pas d’ilots de sclérose, pas de cellules inflammatoires. Seuls les capillaires, au niveau des glomérules, sont distendus, gorgés de sang, avec de petites hémorragies interstitielles.

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Souvent, il est vrai, les lésions ne s’arrêtent pas à ce stade initial. Quelques cellules rondes apparaissent groupées autour des glomérules. De fines bandes de sclérose sont perceptibles au niveau de la substance corticale, sous la capsule. Ce sont déjà, comme Tripier l’a montré, de petits infarctus cicatriciels.

Quelques-unes de ces cicatrices sont plus étendues, revêtant déjà l’aspect triangulaire de l’infarctus classique, et alors les tubes sont comprimés, comme étouffés au niveau du tissu de sclérose. Les glomérules sont également modifiés par le même processus et arrivent à ne plus former que de petites boules fibro-hyalines. Si, au contraire, la lésion est récente, on est en présence d’un infarctus typique, avec sa zohe périphérique congestive, avec vaso-dilatation et exsudats cellulaires, sa zone centrale nécrosée. Celleci peu à peu se transformera ; elle sera envahie par du tissu scléreux formé aux dépens des exsudats de la zone congestive. Ce tissu encerclera la partie mortifiée qui se rétractera et disparaîtra progressivement. . Ce sont là des altérations assez communes. A côté d’elles, en existent d’autres qui semblent être non plus sous la dépendance de troubles circulatoires, mais plutôt en rapport avec l'infection sans cesse entretenue par les altérations valvulaires.

H pourra s’agir d’une inflammation subaiguë au niveau des glomérules, avec épaississement de la capsule, apparition de quelques cellules rondes, et déjà ces lésions apparaîtront plus étendues et plus diffuses que les précédentes, n’étant pas limitées à un territoire déterminé du parenchyme rénal, comme les cicatrices scléreuses précédemment signalées.

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En outre de ces lésions de néphrite subaïguë bavale, certains auteurs ont décrit des altérations glomérulaires qui, pour eux, seraient particulières à l’endocardite maligne. Lôhlein est le premier à les avoir étudiées. Libmann, Baëhr, Gaskell sont venus ultérieurement confirmer son opinion. Ces lésions ont du reste été retrouvées depuis ces travaux, puisque MM. Devic et Dechaume les ont rencontrées chez un sujet dont nous rapportons l’observation (Obs. V).

Elles seraient en rapport avec des embolies microbiennes et intéresseraient tout particulièrement le glomérule. Celui-ci du reste ne serait pas atteint dans sa totalité, mais seulement dans la partie au niveau de laquelle se serait arrêté l’embolus microbien. A ce niveau, les cellules glomérulaires se modifieraient, perdraient de leur netteté ; leur contour disparaîtrait. L’anse glomérulaire intéressée serait remplacée par une masse finement granuleuse, qui formerait ultérieurement un petit noyau soit central, soit périphérique, isolé dans l’ensemble du glomérule resté sain.

Dans d’autres cas, l’altération sera plus étendue et laissera après elle un glomérule fibreux avec un centre finement granuleux.

Les tubuli eux aussi présentent des lésions diverses; tantôt l’épithélium est détruit, tantôt la lumière est dilatée, tantôt au contraire elle est supprimée et les tubes se trouvent transformés en cordons cellulaires sans lumière. |

Le tissu interstitiel de son côté est parsemé soit d'éléments de sclérose, soit d’amas de cellules rondes.

Ces lésions sont assez diffuses. Il est à noter que sur

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la même coupe on peut les rencontrer à des stades différents de leur évolution. La proportion des glomérules sains et des glomérules malades est très variable, suivant les régions. C’est ainsi qu’une coupe révèlera 4 ou 5 glomérules altérés pour 100. Une coupe voisine en décèlera au contraire, 50 à 60 pour 100.

Ces lésions, avons-nous dit, sont sous la dépendance d’embolies microbiennes. Différents auteurs ont signalé en effet la présence d’amas microbiens dans les capillaires glomérulaires et ces amas ont été décelés chez un de nos malades (Obs. V).

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