‹ L'Energie spirituelleChapitre 14 sur 61 · HYPOTHÈSE SUGGÉRÉE PAR LES FAITS · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSE SUGGÉRÉE PAR LES FAITS

le cerveau correspondant. Voici, en gros, la conclusion où j 'arrive \ Celui qui pourrait regarder à l'intérieur d'un cerveau en pleine activité, suivre le va-etvient des atomes et interpréter tout ce qu'ils font, celui-là saurait sans doute quelque chose de ce qui se passe dans l'esprit, mais il n'en saurait que peu de chose. Il en connaîtrait tout juste ce qui est exprimable en gestes, attitudes et mouvements du corps, ce que l'état d'âme contient d'action en voie d'accomplissement, ou simplement naissante: le reste lui échapperait. Il serait, visà-vis des pensées et des sentiments qui se déroulent à l'intérieur de la conscience, dans la situation du spectateur qui voit distinctement tout ce que les acteurs font sur la scène, mais n'entend pas un mot de ce qu'ils disent. Sans doute, le va-et-vient des acteurs, leurs gestes et leurs attitudes, ont leur raison d'être dans la pièce qu'ils jouent ; et si nous connaissons le texte, nous pouvons prévoir à peu près le geste; mais la réciproque n'est pas vraie, et la connaissance des gestes ne nous renseigne que fort peu sur la pièce, parce qu'il y a beaucoup plus dans une fine comédie que les mouvements par lesquels on la scande. Ainsi, je crois que si notre science du mécanisme cérébral était parfaite, et parfaite aussi notre psychologie, nous pourrions deviner ce qui se passe dans le cerveau pour un état d'âme déterminé ; mais l'opération inverse serait impossible, parce que nous aurions le choix, pour un même état du cerveau, entre une foule d'états d'âme dirférents, également appropriés ^ Je ne dis pas, notez-le

1 . Pour le développement de ce point, voir notre livre Matière et Mémoire Paris, 1896 (principalement le second et le troisième chapitres).

2. Encore ces états ne pourraient-ils être représentés que vaguement.

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bien, qu*un élat d'âme quelconque puisse correspondre à un état cérébral donné : posez le cadre, vous n'y placerez, pas n'importe quel tableau ; le cadre détermine quelque chose du tableau en éliminant par avance tous ceux qui n'ont pas la même forme et la même dimension ; mais, pourvu que la forme et la dimension y soient, le tableau entrera dans le cadre. Ainsi pour le cerveau et la conscience. Pourvu que les actions relativement simples, — gestes, attitudes, mouvements, — en lesquels se dégraderait un état d'àme complexe, soient bien celles que le cerveau prépare, Tétat mental s'insérera exactement dans l'état cérébral; mais il y a une multitude de tableaux différents qui tiendraient aussi bien dans ce cadre ; et par conséquent le cerveau ne détermine pas la pensée ; et par conséquent la pensée, en grande partie au moins, est indépendante du cerveau.

L'étude des faits permettra de décrire avec une précision croissante cet aspect particulier de la vie mentale qui est seul dessiné, à notre avis, dans l'activité cérébrale. S'agit-il de la faculté de percevoir et de sentir .►^ Notre corps, inséré dans le monde matériel, reçoit des excitations auxquelles il doit répondre par des mouvements appropriés; le cerveau, et d'ailleurs le système cérébro-spinal en général, préparent ces mouvements; mais la perception est tout autre chose \ S'agit-il de la faculté de vouloir? Le corps exécute des mouvements volontaires grâce à certains mécanismes, tout montés dans le système nerveux, qui n'attendent qu'un signal pour se déclancher ; le cerveau est

grossièrement, tout état d'àme déterminé d'une personne déterminée étant, dans son ensemble, quelque chose d'imprévisible et de nouveau, I. Voir, sur ce point, Matière et Mémoire, cliap. i.

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