‹ L'Energie spirituelleChapitre 31 sur 61 · MÉCANISME DU REVE · texte numérisé non relu

MÉCANISME DU REVE

Qu*esl-ce que dormir? Je ne demande pas, bien entendu, quelles sont les conditions physiologiques du sommeil. C'est une question à débattre entre physiologistes ; elle est loin d'être tranchée. Je demande comment nous devons nous représenter l'état d'âme de l'homme qui dort. Car l'esprit continue à fonctionner pendant le sommeil ; il s'exerce, — nous venons de le voir, — sur des sensations, sur des souvenirs ; et soit qu'il dorme, soit qu'il veille, il combine la sensation avec le souvenir qu'elle appelle. Le mécanisme de l'opération paraît être la même dans les deux cas. Pourtant nous avons d'un côté la perception normale, de l'autre le rêve. Le mécanisme ne travaille donc pas, ici et là, de la même manière. Oii est la différence .►^ Et quelle est la caractéristique psychologique du sommeil ? Ne nous lions pas trop aux théories. On a dit que dormir consistait à s'isoler du monde extérieur. Mais nous avons montré que le sommeil ne ferme pas nos sens aux impressions du dehors, qu'il leur emprunte les matériaux de la plupart des songes. On a vu encore dans le sommeil un repos donné aux fonctions supérieures delà pensée, une suspension du raisonnement. Je ne crois pas que ce soit plus exact. Dans le rêve, nous devenons souvent indifférents à la logique, mais non pas incapables de logique. Je dirai presque, au risque de côtoyer le paradoxe, que le tort du rêveur est plutôt de raisonner trop. Il éviterait l'absurde s'il assistait en simple spectateur au défdé de ses visions. Mais quand il veut à toute force en donner une explication, sa logique, destinée à relier entre elles des images incohérentes, ne peut que parodier celle de la raison et frôler l'absurdité. Je reconnais d'ailleurs que les fonctions supérieures de l'intelligence se relâchent

pendant le sommeil, et que, même si elle n'y est pas encouragée par le jeu incohérent des images, la faculté de raisonner s'amuse parfois alors k contrefaire le raisonnement normal. Mais on en dirait autant de toutes l3s autres facultés. Ce n'est donc pas par l'abolilion du raisonnement, non plus que par l'occlusion des sens, que nous caractériserons l'état de rêve. Laissons de côté les théories et prenons contact avec le fait.

Il faut instituer une expérience décisive sur soi-même. Au sortir du rêve — puisqu'on ne peut guère s'analyser au cours du rêve lui-même — on épiera le passage du sommeil à la veille, on le serrera d'aussi près qu'on pourra: attentif à ce qui est essentiellement inattention, on surprendra, du point de vue de la veille, l'état d'âme encore présent de l'homme qui dort. C'est difficile, ce n'est pas impossible à qui s'y est exercé patiemment. Permettez ici au conférencier de vous raconter un de se» rêves, et ce qu'il crut constate*' au réveil.

Donc, le rêveur se croit à la tribune, haranguant une assemblée. Un murmure confas s'élève du fond de l'auditoire. 11 s'accentue; il devient grondement, hurlement, vacaiTne épouvantable. Enfin résonnent de toutes parts, scandés sur un rythme régulier, les cris : ce A la porte! à la porte! » Réveil brusque à ce moment. Un chien aboyait dans le jardin voisin, et avec chacun des « Oaâ, ouâ )) du chien un des cris (( A la porte ! » se confondait. Voilà 1 instant à saisir. Le moi de la veille, qui vient de paraître, va se retourner vers le moi du rêve, qui est encore là, et lui dire: « Je te prends en flagrant délit. Tu me montres un assemblée qui crie, et il y a simplement un chien qui aboie. N'essaie pas de fuir; je te

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tiens; tu me livreras ton secret, tu vas me laisser voir ce que tu faisais ». A quoi le moi des rêves répondra: « Regarde : Je ne faisais rien, et c'est justement parla que Qous difï'érons, toi et moi, l'un de l'autre. Tu t'imagines que pour entendre un chien aboyer, et pour comprendre que c'est un chien qui aboie, tu n'as rien à faire .^^ Erreur profonde! Tu donnes, sans t'en douter, un effort considérable. Il faut que tu prennes ta mémoire entière, toute ton expérience accumulée, et que tu l'amènes, par un resserrement soudain, à ne plus présenter au son entendu qu'un seul de ses points, le souvenir qui ressemble le plus à cette sensation et qui peut le mieux l'interpréter: la sensation est alors recouverte par le souvenir. Il faut d'ailleurs que tu obtiennes l'adhérence parfaite, qu'il n'y ait pas le plus léger écart entre eux (sinon, tu serais précisément dans le rêve) ; cet ajustement, tu ne peux l'assurer que par une attention ou plutôt par une tension simultanée de la sensation et de la mémoire : ainsi fait le tailleur quand il vient t'essayer un vêtement simplement (( bâti » ; il épingle, il serre autant qu'il peut rétoffe sur ton corps qui s'y prête. Ta vie, à l'état de veille, est donc une vie de travail, même quand tu crois ne rien faire, car à tout moment tu dois choisir, et à tout moment exclure. Tu choisis parmi tes sensations, puisque tu rejettes de ta conscience mille sensations « subjectives » qui reparaissent aussitôt que tu t'endors. Tu choisis, avec une précision et une délicatesse extrêmes, parmi tes souvenirs, puisque ■ tu écartes tout souvenir qui ne se moule pas sur ton état présent. Ce choix que tu effectues sans cesse, cette adaptation continuellement renouvelée, est la condition essentielle de ce qu'on appelle le bon sens. Mais adaptation et

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