‹ L'enfant de BrugesChapitre 77 sur 83 · DES DEUTSCHEN REICHES IN ROULERS · texte numérisé non relu

DES DEUTSCHEN REICHES IN ROULERS

Mon cher Mr J. Van de Kerkhove,

Je suis avec grand intérêt la polémique que vous soutenez contre un critique d'art très-entendu, très-compétent, mais aussi très-entier, très-entêté dans ses appréciations, j'ai nommé M. Jean Rousseau. Je prévois qu'avec votre caractère, votre loyauté bien connue, vous vous laisserez entraîner dans une voie qui donnera tous les avantages à votre habile adversaire et contradicteur. En présence de la situation que l’on veut vous créer, il est de mon devoir de venir réagir contre de pareils agissements et de déclarer sur l’honneur, dans l'intérêt de la justice et de la vérité, qu'en vous rendant visite de temps en temps, je ressentais toujours un véritable plaisir mêlé d'étonnement à voir peindre votre jeune fils. Je fis souvent compliment à sa mère, sur le talent si précoce de Fritz, en lui prédisant, en riant, une noble et grande carrière artistique à la Rubens. J'ai eu souvent en main les petits panneaux sur lesquels l'enfant s'escrimait, avec des bouts de crayon mal taillés, ou bien un petit couteau tout chargé de couleur qu'il appliquait sur ses panneaux de bois. Cette application qui paraissait étre faite au hasard, produisait des effets prodigieux ; les profondeurs du ciel et la transparence des eaux étaient merveilleuses, les rochers de diverses couleurs, leur stratification eussent fait honneur à un géologue émérite.

Je suis donc très-étonné du bruit de mauvais aloi que l'on fait à l'entour de ce petit être extraordinaire, connu comme tel par toutes les personnes qui avaient des relations d'amitié ou d’affaires avec vous. La trace lumineuse que son génie précoce, et hélas! trop éphémère, a laissé et laisse encore sur la terre ne sera pas ternie par ses détracteurs et ses envieux.

Je suis toujours à votre disposition, mon cher ami, pour affirmer devant qui de droit et en présence de vos contradicteurs l’entier contenu de la présente.

En me rappelant au souvenir de votre respectable famille, je suis bien à vous.

(Signé) Fritz RITTER.

Roulers, 13 novembre 1875.

Mon cher Van de Kerkhove,

I me revient, par des amis communs, que vous rencontrez encore quelques résistances au sujet de l'authenticité des tableautins peints par votre fils.

Je n’en suis pas trop surpris, ami; faire croire à des personnes indifférentes qui n'ont pas vu, comme moi, peindre votre enfant, et terminer en quelques coups de pinceau ou de couteau un petit tableau, cela tient un peu du merveilleux, convenez-en vous-même.

Sa manière de travailler a permis à Fritz de produire une prodigieuse quantité de petits chefs-d'œuvre.

Le pinceau ne lui servait, pour ainsi dire, qu'à plaquer de la couleur à sa planche ; son couteau, son doigt ou un morceau de bâton achevait l'œuvre, d’après son caprice ou d’après son inspiration. Je crois même avoir reconnu, lors d’une de mes visites chez vous, quelques-uns des tableautins auxquels il travaillait à l'époque où je venais souvent vous voir à Bruges.

Espérant, cher ami, que vous sortirez enfin victorieux de la lutte que vous avez engagé pour l'honneur de votre enfant et la gloire de votre pays, je présente mes salutations bien amicales à votre dame et à votre demoiselle.

Votre dévoué, RITTER.

Bruges, le 19 juin 1875.

Mon cher Monsieur Van de Kerkhove,

Pendant ma longue maladie qui a interrompu toute communication entre nous, les journaux m'ont appris les difficultés et les oppositions de toutes sortes que vous avez rencontré pour faire reconnaître par le public le talent précoce de votre pauvre enfant.

En présence de cette discussion d’une hostilité si passionnée, j'ai cru qu'il était de mon devoir, en ma qualité de médecin et d'ami, d’ajouter mon témoignage aux nombreuses attestations que vous avez déjà entre les mains.

« Je viens donc affirmer sur l'honneur que dans votre atelier, qui m'était » ouvert à toute heure du jour et sans que je fusse introduit par personne, » j'ai eu, non pas une fois, mais cinquante fois, l’occasion de constater que le » jeune Fritz travaillait à ses panneautins, » et ce dans des positions et des attitudes différentes, étant tantôt assis à la grande table du milieu, tantôt sur une petite chaise devant une autre plus grande qui lui servait d'appui, parfois même étendu sur le parquet.

J’affirme également que, sans y attacher grande importance (car vous appeliez cela tripoter), vous avez cependant, vous et madame Van de Kerkhove, appelé plus d’une fois mon attention sur le travail de Fritz.

Je tiens aussi à vous rappeler combien parfois l'enfant nous surprenait par ses saillies inattendues : ses yeux s’animaient et ses expressions mêmes montaient en quelque sorte à la hauteur de son jeune talent !

Recevez, mon cher Monsieur Van de Kerkhove, avec cette déclaration vraie et sincère, dont vous ferez tel usage qu'il vous conviendra, l'expression de mes sentiments les plus attachés.

(Signé) Dr AnozpHe VALCKE, Conseiller communal.

En présence du faisceau lumineux d’attestations réunies par le Willemsfonds brugeois et, contradictoirement à notre première impression, nous avouerons ne pas comprendre la réserve extrême apportée par la commission d'enquête dans son rapport.

Ce rapport se borne à constater que la commission n'a rencontré nulle part aucune trace de pression, même chez ceux qui se contredisaient eux-mêmes, ou au témoignage desquels elle n'avait pas cru devoir ajouter foi.

Mais cela ne devait point suffire à la Commission.

Elle avait le droit et le devoir de proclamer hautement, wrbi et orbi, que l'enquête Rousseau, bâclée en une journée passée, en soi-disant recherches, —controuvées par ceux-là mêmes dont elle avait invoqué les témoignages, — ne repose sur aucun fondement sérieux, et qu'il y a eu lieu de saisir à nouveau le public, — induit en erreur, — de la Question Van de Kerkhove.

Et maintenant, M. Rousseau, c’est à vous que je m'adresse.

Je soumets à votre loyauté les documents dont vous auriez pu si aisément obtenir communication.

Lisez-les attentivement.

Comparez avec les déclarations franches et nettes de tous ceux qui ont été à même de voir peindre l'Enfant de Bruges et d'apprécier le résultat de ses essais, la piètre attitude des gens auxquels vous avez eu recours, pour bâtir votre réquisitoire.

Et décidez s’il ne vaut pas mieux confesser, franchement, avoir été abusé par des calomnies habilement répandues et des préventions toutes personnelles, que de laisser peser plus longtemps, par votre silence, un soupçon outrageant sur la victime de votre indiscutable autorité !

GUSTAVE LAGYE.

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