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L'enfant et l'éducation [microforme]

Tous les travaux que j'ai composés jnsqu'ici, sont des travaux philosophiques qui s'adressent plutôt aux intelligences d'élite qu'à la masse des lecteurs. Ils sont le résultat d'observations nombreuses faites à une époque où je ne savais pas trop où j'allais. Car, par une espèce de fatalité dont j'ai l'explication aujourd'hui, mes qualités elles-mêmes m'ont toujours été funestes.

Il en est résulté une existence assez curieuse pour qu'un prêtre de mes amis m'ait engagé à l'écrire, assez remplie de souffrances pour qu’on s'étonne généralement que je sois encore de ce monde. Et de fuit, il m'a fallu une inconcevable énergie pour ne pas mourir, et peut-être eussé-je succombé malgré la force de mon tempérament, si Dieu n'avait multiplie les miracles pour me venir en aide.

Le dernier de ces miracles m'a ouvert les yeux sur la protection spéciale dont j'ai été l’objet et j'en connais la cause. Je puis, en effet, suivre, pas à pas, l’action de la Providence sur ma vie depuis l’âge de quatre ans, c'est-à-dire pendant vingt:sept

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Aussi, comme j'attribue toutes mes souffrances à l'éducation et, en particulier, aux idées fausses que l’on m'a données sur Dieu ; que d'autre part, sans doute pour mieux comprendre l'influence des principes sur l'avenir d'un homme, j'ai été placé dans des conditions d'isolement telles.que l’histoire de ma vie forme un traité de philosophie, de théologie et de spiritualité pratique propre à éclairer à peu près tout le monde, méme les protestants, je me propose de l'écrire avec l’intention de montrer qu'on ne sait pas diriger les enfants.

Et s’il faut à un homme des principes pour se conduire dans la vie; il en faut aussi aux professeurs pour conduire les autres, et je prétends qu'ils n'en ont pas dont ils puissent rendre compte. L'éducation toute entière repose sur des principes faux, et il n’est pas étonnant qu’elle fasse tant de mal. Je n’en fais de crime à personne; mais ce que je ne saurais admettre, c'est qu’on veuille consasacrer, par des lois absolues, un état de choses dont on souffre partout.

Sans doute, la foi doit être une partie intégrante de l’éducation : je ne le conteste pas ; mais, précisément, dans l’ordre de la grâce, si, pendant des années, on enlève la liberté à l'enfant, il n’y a plus de direction possible. Car la grâce suppose la liberté,

Il ne suffit pas, pour être vraiment utile, qu’un enseignement soit donné par des religieux, il faut encore, et surtout, qu’il tienne compte des besoins d’un peuple et des besoins de l'enfance. Si, après dix ans, les enfants n'ont devant eux qu'un avenir | incertain, je le dis et je le répète: c’est un danger. Oui, si les institutions ct les lois, commeil arrive dans notre pauvre France, sont contraires à la vie religieuse et à la famille ; si les études, comme cela arrive partout, font naître des besoins factices au lieu de donner satisfaction aux besoins légitimes; si la jeunesse se passe à désirer un idéal indéterminée, un bonheur qui, en réalité, n’existe nulle part ; alors il y a dans ces institutions, ces lois, ces études ; il y a dans tout cet état de choses | un danger permanent pour la société.

} Il est impossible que des hommes ainsi élevés, Bros autrement que la nature le demande, } jetés sur le chemin de la vie sans pouvoir arriver à | une situation convenable que par des efforts pres- |

qu'héroïques, quelle que soit leur position, si, par hasard, ils font fausse route, et en France c’est fréquent, au Canada, ça le deviendra, il est impossible que ces hommes-là, pour la plupart hommes d’intelligence et d'énergie, ne tournent pas, un jour ou l’autre, contre eux-mêmes ou contre la socrété

les armes qu'on a imprudemment mises entre leurs mains.

On à beau leur inculquer les meilleurs principes, il faut encore, et dès le premier âge, les mettre dans une position télle qu'ils n'aient pas à hésiter entre le bien ct le mal, etque n'ayant aucun intérèt à faire le mal, ils fassent naturellement le bien sans comprendre qu'ils puissent faire autrement, Car, comme dit le proverbe ct le proverbe dit vrai : c'est l’occasion qui fait le larron.”

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