PRE TRE
core et ce sera autant que jamais l’Eternité. Car : elle durera toujours ; elle ne finira jamais, l’Eter- } nité: O toujours! O jamais!
Si c'est pour moi l’Eternité dans les cieux, in- | compréhensible bonheur! Toujours la vérité et la vertu, la vie et les délices, les bienheureux et les anges. Toujours Dieu à contempler, à aimer, à | | posséder, à bénir, toujours! et jamais plus de larmes, ni de mort, ni de douleur, jamais.
Mais si c'était pour moi /? éternité dans les enfers, effroyable malheur! toujeurs le péché qui souille, toujours les ténèbres qui pressent, toujours le ver qui ronge, toujours le feu qui brûle, toujours les chaînes qui serrent, toujours les pleurs qui coulent, toujours les dents qui grincent, toujours los réprouvés qui s s'irritent ct enragent, toujours les démons qui tourmentent, toujours la malédiction de Dieu qui écrase. Et jamais un rayon de jour qui réjouisse, un moment de sommeil qui délasse, une goutte d’eau qui rafraichisse, une parole d’ami qui console : jamais Dieu !
Mortel! il y a une éternité et tu n’y penses pas! tu n’y penses pas et cette éternité est pour toi; et tu es sur le bord de cette éternité! Et bientôt de tous ces plaisirs qui t’amusent, de toutes ces affaires qui t'occupent, de toute cette vie qui t’abuse, il n’y aura que l’éternié. I/Eternité et tes œuvres et leurs fruits: alors le plaisir du pécheur aura passé ; mais la peine lui restera; et la peine du juste aura passé, mais le plaisir lui restera. Donc ou les plaisirs du temps avec les peines de l'éternité, ou les peines du temps avec les plaisirs de l'éternité. Choisis.
RÉSOLUTIUN ÉNERGIQUE.
J'étais alors un enfant, sans expérience des hommes et de la vie, incapable de comprendre qu'on allait me jeter dans le faux. J’écoutais attentivement cette effrayante méditation que notre professeur lisait en scandant chaque mot pour nous frapper davantage. Mon impression fut terrible, je m'en souviens encore. Ce fut comme un trait de lumière dans mon intelligence et, avec une implacable logique, qui prouve que les enfants raisonnent juste quand il s’agit des questions religieuses; je me dis en moi-même: si c’est comme ça, la vie n’est rien, coûte que coûte, faut que je me sauve. Comment faire pour être sûr de mon coup ?
Toute la soirée (c'était en hiver), je méditai làdessus; et comme j'avais entendu dire que les martyrs allaient droit au ciel, qu’à cette époque la persécution sévissait en Chine contre les chrétiens, je pris dès lors l’énergique résolution de me rendre un jour dans le céleste empire avec l'intention bien arrêtée de m'y faire casser la tête d’une façon ou d’une autre. Il me semblait qu'il n’y avait pas à hésiter et qu’il étaiv plus avantageux pour moi de souffrir un peu dans ce monde-ci que beaucoup dans l’autre. Le soir, en me couchant. j'annonçais solennellement à mon professeur que je voulais être missionnaire.