‹ L'Enfant et la reine morteChapitre 3 sur 20 · CAHIERS DE LA QUINZAINE · texte numérisé non relu

CAHIERS DE LA QUINZAINE

Pour célébrer le dixième anniversaire de leur fondation, (premier 1 5 janvier igoo — premier janvier 1910), les Cahiers de la Quinzaine publieront par souscription une édition commémorative de Polyeucte.

Cette édition portera le nom de : Édition de la Décennale des Cahiers de la Quinzaine; ou, plus brièvement : édition de la décennale.

La véritable beauté d'un livre doit s'entendre de la beauté de l'œuvre écrite; de l'absence de l'illustration; de la beauté de la typographie; de la beauté du tirage; de l'absence de polychromie ; de la beauté du papier; du nombre limité des exemplaires.

DECENNALE DES CAHIERS

Premièrement nulle œuvre écrite ne propose à l'éditeur un texte aussi beau que le texte de Polyeuote, un texte qui lui-même apporte autant et d'une telle beauté, une si parfaite, si totale et si infinie beauté.

Le titre du livre sera : POLYEUCTE, martyr, tragédie (chrétienne), 1640.

Le livre comprendra naturellement :

pour les italiques de tête et peut-être de queue :

I'Epître à la reine régente;

l'abrégé du martyre de saint Polyeucte, écrit par Simcon Métaphraste, et rapporté par Surius ;

l'examen de la pièce.

Le corps du livre sera fait uniquement par les cinq actes de la tragédie, en romaines.

Sauf les indications inévitables du titre et de l'impression, il n'y aura naturellement pas une ligne dans le livre, pas un mot du livre, pas une virgule qui ne soit de Corneille, du texte de Corneille; on n'attend pas de nous que nous soyons assez barbares pour aller alourdir, altérer un texte, — surtout et infiniment moins un l*el texte, — le déshonorer de nos misérables commentaires.

Pareillement, — et parallèlement, — je dirai presque symboliquement, — il n'y aura naturellement pas un seul signe dans tout le livre qui ne soit de la typographie pure; on n'attend pas de nous en effet non plus que nous soyons assez barbares pour aller alourdir, altérer la typographie d'un texte, — surtout d'un texte ancien, — par de misérables illustrations modernes.

Il est évident d'autre part que nous ne voulons pas faire une édition archaïque et factice, faussement archaïque, faussement, facticement ancienne, mais une édition originaire, qui soit entièrement de nous et entièrement à nous; il ne s'agit, il ne peut s'agir aucunement défaire une édition d'imitation, une édition de pièces et de morceaux empruntés, imités des éditions du dix-septième siècle.

Le texte sera établi par M. Péguy, ancien élève de l'ancienne École Normale Supérieure, sur les éditions publiées du vivant de Corneille.

La typographie sera exactement de la même famille que la typographie ordinaire des cahiers. C'est dire que le livre sera composé à la main, en caractères fin dix-huitième siècle (Didot) de la fonderie Mayeur ( Allainguillaume et compagnie successeurs), tu, rue du Montparnasse, à Paris, sixième arrondissement.

La composition typographique, la lecture et la correction des épreuves typographiques, la mise en pages, l'imposition, le tirage seront confiés à nos imprimeurs ordinaires, imprimerie Ernest Payen, i3 et i5, rue Pierre-Dupont, Suresnes, Seine ; en un mot tout ce qui concerne la fabrication et l'impression typographiques. Cette maison mettra au service de cette édition solennelle tout l'art et toute l'expérience que lui ont acquise trente ans d'exercice de ce métier.

En outre et particulièrement la mise en pages sera faite page par page sur la copie et dessinée page par page sur les épreuves en premières par M. Péguy, fondateurgérant des Cahiers de la Quinzaine et secrétaire de la rédaction.

En outre la lecture typographique et textuelle des épreuves sera faite et assurée, en outre des imprimeurs, par M. Péguy; par M. André Bourgeois, administrateur des cahiers; par M. Jacques Maritain, professeur agrégé de philosophie.

Les volumes seront brochés par la maison Gaston Cantrel, 26, rue Boissonade, Paris, quatorzième arrondissement, 811. y <£• Hs seront livides aux souscripteurs brochés couverts sous une deuxième couverture dans un cartonnage lui-même enveloppé dans un emballage protecteur.

Toutefois les souscripteurs qui voudront recevoir leurs exemplaires non brochés n'auront qu'à nous en donner l'ordre en nous envoyant leur inscription. Ces exemplaires seront livrés en feuilles collationnées, à plat, non pliées non couverts, les deux couvertures à part, dans un grand cartonnage lui-môme enveloppé dans un emballage prolecteur. Cette solution présente, on le sait, cet avantage considérable que la situation reste ainsi entière pour le relieur. Et il ne faut jamais empêcher quelqu'un de faire monter, s'il en a le bon goût, les beaux papiers en onglet comme un atlas.

Ainsi la typographie sera parfaitement pure et parfaitement appropriée ; le tirage (en deux couleurs, le rouge et le noir) aussi parfaitement beau qu'on peut l'obtenir à la presse à bras.

La rareté de cette édition, — j'entends sa rareté bibliographique, — sera immédiatement maxima ; elle sera dès le principe, dès l'origine, statutairement portée non pas même seulement à son maximum, propre, particulier, à un maximum fortuit, mais même à tout le maximum possible. Car aucun exemplaire ne sera mis dans le commerce.

Littéralement il ne sera ni donné, ni vendu un seul exemplaire.

La rareté d'une édition peut s'entendre en deux sens :

Premièrement et en ce premier sens que l'édition dont il s'agit est rare elle-même parmi les éditions, qu'il y a très peu d'éditions de la même sorte, de la même famille, sorties de la même maison, fabriquées par les mêmes imprimeurs pour le même éditeur.

Deuxièmement et en ce deuxième sens que intérieurement dans l'édition les exemplaires de cette édition sont eux-mêmes très peu nombreux.

Dans ces deux sens l'édition de Polyeuote que nous préparons aura non seulement une rareté maxima, mais une rareté totale. Une rareté limite.

Premièrement cette édition elle-même ne sera pas seulement rare; elle sera unique. Elle est Sédition de la décennale des cahiers. Nous avons attendu dix ans pour la faire. Et une décennale ne revient malheureusement pas.

Elle aura donc un caractère de sorte, de famille, et de date rigoureusement unique.

Outre que le texte lui-même appointe un caractère unique indiscutable et qu'on trou-

verait malaisément un deuxième texte comme Polyeucte.

Deuxièmement la rareté de l'édition entendue au deuxième sens de ce mot rareté, non plus au sens extérieur, mais au sens intérieur, comme la rareté des exemplaires dans l'édition, ne sera pas non plus maxima seulement. Elle ne sera pas moins également totale. Car il ne sera pas mis dans le commerce un seul exemplaire. Mis dans le commerce, c'est-à-dire vendu à tout venant après la fabrication achevée. Il n'y aura, il n'existera jamais que des exemplaires souscrits et régulièrement inscrits avant le commencement de la fabrication.

En dehors des deux exemplaires du dépôt légal, qui sont, comme on le sait, exigés par la loi du 2g juillet 1881 sur la liberté de la presse, article 3, il ne sera ni donné ni vendu un seul exemplaire, il ne sera tiré, il ne sera rigoureusement pas imprimé un seul exemplaire qui n'ait été préalablement souscrit et inscrit régulièrement avant le commencement de la fabrication.

L'administration et la garantie de cette rareté se fera avec le sérieux ordinaire de notre maison. Cette rareté sera contrôlée automatiquement par deux moyens qui se recouperont perpendiculairement :

Premièrement et sans aucune exception les exemplaires seront numérotés à la

reine morte. — a

DECENNALE DES CAHIERS

presse et imprimés chacun au nom du

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