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L'enfant

Sous les pins du Tholonet, parmi les rouges roches qu'aime à peindre le vieux maître Cézanne et qui dominent un des plus beaux pays du monde, j'ai trouvé dans un Virgile, trempé de soleil, ces feuillets réunis entre les pages de la divine Eglogue à Pollion. Durant huit jours, je suis revenu aux mêmes lieux. Je n'y ai point rencontré le poète inconnu.

Je publie ses vers aujourd'hui. Puissent -ils donner aux jeunes provençaux de mon âge un peu de rémotion que j'eus en les lisant pour la première fois aux arbres de cette terre, — qui les ont inspirés peut-être et qui me répondirent, du moins, en me couvrant d'une large vague de parfums , de bruits familiers et de fortifiantes idées.

Mai 1900.

• Ces

in 2011 with funding from

University of Toronto

http://www.archive.org/details/lenfantpomesOOgasq

Ultima Cumœi venit jam carminis cet as ; Magnus ab integrosceclorum nascitur ordo. Jam redit et virgo, redeunt Saturnia régna; Jam nova progenies cœlo demittitur alto.

VrRGILE

Et durae quercus sudabunt roscida mella.

Dans les batailles lyriques Que le monde livre à Dieu Les poètes magnifiques Secouent des torches de feu.

Ils voient, dans leurs larges voiles, Que gonfle le vent des mers, Descendre avec les étoiles L'Avenir, père des vers.

A leur voix, les cœurs se lient Selon leur rythme immortel.

Et les cités multiplient Se levant à leur appel.

Orphée agitait les pierres, Pindare dictait des lois, Saint-Jean cria des prières Qui firent suer les rois.

0 femme, mon peuple ignore Le son de mon âme encor, 11 ne sait pas que j'adore Dans ta chair la race d'or.

La sainte aristocratie, Peuple, roule sous tes Ilots.

Et le cœur de la patrie Est déchiré de sanglots.

Mais avec le blé qui pousse, Pour nourrir la nation, Germe aussi, robuste et douce, Une génération.

Tu m'as donné la main, Femme, et je t'ai suivie.

Les pins, nourris de Dieu, les ruches et l'azur

Ouvrent, derrière toi, de ma nouvelle vie

Le tranquille horizon éblouissant et sûr.

Nous vivons, ô ma joie, un rêve solitaire,

Mais notre âme comprend ce que dit le blé mûr,

Rien n'est voilé pour nous des choses de la terre,

Le monde, chaque soir, s'endort dans notre cœur.

0 demeure de vie. ô maison du bonheur !

Le matin nous éveille avec la voix du pâtre,

Mais lorsqu'avec l'hiver la campagne s'endort.

A l'heure où le couchant rend le salon rougeâtre.

Quand un tronc d'olivier croule en flambant dans l'âtre,

De l'austère piano le chant des maîtres sort.

Contre les vitres meurt un crépuscule d'or.

La nuit vient lentement, on allume les lampes,

Et j'aime dans mes mains sentir battre tes tempes

Toutes pleines encor d'un monde harmonieux.

Devant le vieux bahut, sur la table servie,

Rit la vaisselle à fleurs qui nous vient des aïeux,

Et tout blanc le grand lit est là. qui nous convie.

Je connais le bonheur tranquille des époux. Mon âme à te servir attentive et ravie, A tout ce que tu vois trouve un charme plus doux. La loi de ton amour ma raison l'a suivie.

Je n'oublierai jamais ce divin vendredi... Autour de nous rêvait la campagne endormie, C'était l'heure où le bois de chênes resplendit, La rivière luisait parmi les basses branches. 0 causerie au bord de l'ancien pont de planches, O vieux banc où tu vins, défaillante, t'asseoir. Solitude, frissons de la nuit! Ce fut l'heure. Et ton Ame accepta le suprême devoir...

Depuis, dans la maison, ô douceur de te voir !

Dans chaque chose aimée un peu de toi demeure.

C'est dans ton cœur que bat le cœur de la demeure,

Ton sourire toujours flotte dans le miroir.

Les parfums, les lueurs te suivent, mais le soir,

Moi qui, chaste, te tiens contre mon cœur qui tremble.

Quand glisse doucement la robe à tes genoux,

Je sens confusément tous ces désirs ensemble

Enivrer ma raison du bonheur des époux.

Mon père a relevé la maison des ancêtres.

Blanche, à travers les pins, par-:lessns les lauriers,

Elle regarde, au loin, de toutes ses fenêtres,

Se lever le soleil sur les champs d'oliviers.

Deux ceps noueux font a la porte une couronne,

Et beaux comme des dieux, deux antiques mûriers

Dressent devant le seuil leur rugueuse colonne.

Je m'accoude souvent au marbre usé du puits Et j'entends se répondre, autour de moi, les bruits De la ferme et des champs qui varient avec l'heure, Et le rouge coteau, tout parfumé de thym, Comme une ruche en fleurs contemple la demeure.

Ayant rempli ma loi. s'il faut qu'un jour je meure, 0 maison, j'ai bâti dans tes murs mon destin. Quand ta porte au soleil s'ouvre chaque matin Je sens mon cœur aussi qui s'ouvre à la lumière Et nous faisons au ciel une même prière : « 0 Provence, à travers les changeantes saisons, Dans le flot incessant des choses et des êtres, Quand nos fils bâtiront de nouvelles maisons, Qu'ils ne quittent jamais le pays des ancêtres. »

Ecoute-moi. . . Ce soir s'ouvre profond et pur.

Le murmure des pins emplit le crépuscule.

A peine si la nuit peut assombrir l'azur.

Laisse battre ton cœur, le mien tout entier brûle

Avec l'immense ciel plein d'astres. . . Notre enfant

A bu ce Ilot de moi qui dans ton sang circule,

11 frappe de son front ton ventre triomphant.

0 radieuse plaie ! 0 lianes ! Source sanglante !

Mon père dans ses bras tint ma mère tremblante,

Je recevrai le fruit de ta maternité.

Déjà dans tes regards je vois mon (ils qui brille. . .

Ah ! donne-moi tes mains ! Qu'il vienne ! J'ai chanté.

Certitude de voir, humaine éternité,

Notre amour prolongé de famille en famille,

La race croit ! Le ciel a béni notre ville.

Enfin j'ai pu bâtir les lois de ma raison

Dans les surs fondements d'une riche maison.

O bonheur ! — cependant que là-bas, sur la roule.

Dans la boue et le froid, piétine, lourd et dur,

Le troupeau sans bergers égaré par le doute, —

Nous sentons notre enfant grandir dans le soir pur.

Sous le ciel gris les pins humides de la lande Et les chênes cuivrés, moins tristes, mais plus beaux, Se souviennent encor de nous ... La terre est grande, Dans la bruyère en fleurs ont passé les troupeaux Pourtant, le vent d'automne a dépouillé les branches, Lt rien n'est demeuré semblable à nous . . . Berceaux De lilas balancés au fond des combes blanches, Je voudrais retrouver, ce soir, votre fraîcheur. La terre est grande et rien n'y reste du bonheur.

De la saison qui meurt, toi, tu n'es pas jalouse,

Tu ne regrettes rien de ce qui nous fut cher.

Lés matins de décembre ont glacé la pelouse,

Mais tout le bel été, ton sûr instinct d'épouse

Te dit qu'au fond de toi. malgré le rude hiver,

Il s'éveille, il renaît peut-être dans ta chair.

Ah ! prends-moi dans tes bras, prends-moi, la flamme baisse,

Dis-moi tout le secret de tes entrailles, laisse

La lampe doucement s'éteindre, le miroir

S'est endormi déjà sous sa vieille guirlande,

Il ne te verra pas rougir, je veux savoir

Ce qu'ont mis dans ton sang les parfums de la lande.

« Ferme tes livres. . . Rien de ce que tu m'as lu

N'a l'immense douceur des strophes murmurées

Par le jour qui descend dans les pins. . . Il a plu,

Dans les derniers rayons les plaines empourprées

S'endorment, l'horizon sans soleil resplendit.

1/air est plein de l'odeur des terres labourées,

Tout un soir lumineux sur les champs s'agrandit.

Je le sais, je le sais, derrière ce silence,

Pareil à nous, un monde, un ciel nouveau commence.

Ah ! qu'avec toi ce monde écoute mes aveux. . .

De tout un peuple heureux mon fils sera l'ancêtre.

Tes (ils laboureront ces champs selon tes vœux.

Ah ! prends-moi dans tes bras. Pleure avec moi. Je veux

Que tu sentes mes flancs qui vont trembler peut-être.

J'ai créé. . . Nous vivrons, tous deux, dans le même être.

Il aura ta raison, ta force, ta beauté.

Il sera le sauveur que tes vers ont chanté.

Pour la première fois, au fond de mes entrailles,

Il vient de remuer, il nous a répondu,

Je comprends le mystère auguste des semailles.

Je porte dans mes flancs de mère l'être élu. »

Lorsque les amandiers en fleurs, comme un poème.

Embaumaient ce vallon solitaire, tu vins

Et me tendis, ainsi qu'un nuptial emblème,

Une branche arrachée aux beaux arbres divins.

« O mon cœur, me dis-tu. prends, je serai fidèle.

Un soir illuminé couronne ces ravins,

Cette terre nous voit, nous nous souviendrons d'elle.

Tu portes dans ton âme un être aux yeux humains,

O mystère ! c'est lui qui vient d'unir nos mains.

Viens. Il boira ma vie. Il sera de ta race. »

Les arbres s'endormaient caressés par le soir,

Les blancs coteaux voyaient monter la lune lasse.

« O mon maître. . . » Déjà l'ombre noyait ta face,

Je sentais la rougeur de ton front sans la voir.

« O doux maître, mon cœur plein d'un immense espoir

N'attend que le baiser qui pâme et sanctifie.

Les arbres sont en fleur : que ma chair fructifie. .

Ah ! regarde, l'amour a défait mes cheveux,

Ils sont à toi . . . »

Doux cœur, ce vallon est le même.

C'est le printemps encor, les arbres sont heureux, Mais toi. tes flancs sont lourds et ton visage est blême.

Matri longa decem tulerunt fastidia menses.

Dans les rochers entrouverts Ruissellent les sources vives.

Au fond des chauds lauriers verts Les colombes sont plaintives.

Le printemps dans les sillons A pas lumineux s'avance, Et l'odeur des genêts blonds Enveloppe la Provence.

Ivres dans les vents nouveaux, En mordant les jeunes branches Entends hennir les chevaux, Les combes sont toutes blanches.

Les grands souilles triomphants Epousent les forêts vertes Et de beaux rires d'enfants Sortent des maisons ouvertes.

Mais toi. dont le sang en Heurs Germe avec la saison sainte, Tu sens déjà les douleurs Qui sacrent la femme enceinte.

Dans le bassin, le laurier Trempe ses branches, mais lasse, Toute pâle, entends crier Au fond de ta chair, ta race.

Gloire au printemps, gloire au jour !

Déchire-toi, sombre terre.

Déchire-toi. ventre lourd.

Enfante, ô nature, o mère !

Lorsque l'enfant viendra ce sera dans un jour De lumière, an milieu de l'été. . . La Provence Des monts jusqu'à la mer brûlera tout autour De la maison sacrée . . .

() mon tiïs, je m'avance Vers ta chair, ton cœur juste et ta pleine raison Depuis les siècles d'or où mon sang prit naissance. C'est pour toi que mon père a bâti ma maison: Qu'il voit germer enfin la fleur de nus ancêtres. Les rudes ouvriers, les laboureurs, les prêtres, Tous, battront dans ton cœur, sauront par ton cerveau. S'ils dormaient, oubliés au coin d'un cimetière, S'ils nourrissaient la terrre ou coulaient avec l'eau. Secoués, réunis dans un espoir nouveau, Ils te sentent venir du fond de leur poussière. Ils t'attendend. leurs os te crient : « Ta race entière Doit peupler, cumme Dieu peupla les nations, La cité de ton corps de gloire et d'actions. O notre fils, ô ciel de nos âmes unies. »

0 mon tils, tu viendras, dit mon àme à son tour, Apportant à ton père, entre tes mains bénies, La forte certitude et le tranquille amour.

Un fleuve de soleil coule devant la porte.

La nappe est d'or, la table et les vins diaprés

Luisent dans les parfums que la fenêtre apporte.

Sur le coteau, là-bas, un bouquet de cyprès

Se consume, à leurs pieds ruisselle un tas de pierres,

Des torrents de clarté bouillonnent sur les prés

Et tout un vol de paons s'abat sur les bruyères.

Assieds-toi, pour nourrir notre enfant de beauté Laisse, en mangeant, tes yeux flotter dans ]a clarté, Donne, en le contemplant, une âme au paysage. L'enfant boit lentement ton sang extasié. Avec ces fruits, ce pain, ce vin, sous ton corsage, Les mains d'un dieu caché sculptent son frais visage. 0 femme, couche-toi sur la chaise d'osier, Et dans l'ardent silence et l'odeur du rosier, Ton front entre mes mains, au bord de la fenêtre, Ecoutons l'univers créer un nouvel être.

A l'infini, le ciel de la campagne est bleu, Sous ce ciel et vers nous tuute une race forte Est en marche, elle vient parmi les champs en feu, O maison, toute grande ouvre au soleil ta porte.

Comme tu le voulais, nous avons vu la mer.

O soir unique. . . après cette chaude journée,

Nous regardions, penchés au vieux balcon de fer,

Au pied de la terrasse à moitié ruinée

La ténébreuse mer. à travers les pins noirs,

Luire parfois. . . Aïeule, ô Méditerranée,

Comme on comprend ta voix dans la paix des longs soirs !

Durant toute une nuit nos âmes t'entendirent.

La lune vint, la mer, les gouffres resplendirent.

Un navire passa dans la pleine clarté.

Nous crûmes un moment qu'au bord flottant des îles

Diane, cœur épars de cette nuit d'été,

Couchait sur les flots blancs son corps ressuscité.

Les rossignols, perdus dans les noires charmilles,

Mettaient parfois au cœur des grands arbres tranquilles

Comme au fond de nos cœurs un amoureux frisson.

Les astres lentement enchaînaient ta raison

A la beauté du ciel, de la nuit et des vagues.

Large et pleine, la lune éblouissait léther

Et dans l'ombre faisait étinceler tes bagues. . .

Notre enfant sera doux et fort comme la mer.

O corps de l'homme, en toi le monde se modèle, Tu portes sous ton front les lois de l'univers, La nature revit dans ton esprit fidèle, La beauté de la terre emplit tes sens ouverts. L'instinct au fond de toi traîne son crépuscule, Mais constamment, ainsi que l'aube sur les mers, Afin qu'un sang plus sûr dans tes veines circule, Aux sommets de ton être éclate la raison, Et Dieu passe avec toi le seuil de ta maison.

O mon fils, tu seras pareil à moi. De sages, De tranquilles besoins façonneront ton cœur. J'ai longtemps contemplé les mêmes paysages, J'ai conformé ma vie à d'antiques usages, Mais je suis l'artisan de mon propre bonheur.

Comme un fruit, comme moi, mûris avec lenteur D'un sang robuste et pur tu fais ta nourriture, Tu tournes vers le jour déjà ta chair obscure, Ta mère, ivre de toi, te sent vivre, et parfois J'écoute s'éveiller et chanter au fond d'elle Tout le chœur immortel de tes futures lois,

Déjà selon ton front l'univers se modèle.

< Ah! le monde est semblable à l'homme, m'as-tu dit. » Et je t'ai répondu : » L'amour est le seul maître. Pour te bénir le ciel se penche, il resplendit Immense, tout entier courbé vers la fenêtre, Chaque matin, quand lasse encore, à ton réveil. Tu laisses, tout pesant de ce dieu qui va naître, Mûrir t«»n ventre heureux aux baisers du soleil. »

« La terre, m'as-tu dit, est pareille à ma joie. Mon sang est plein du fils que le ciel nous envoie. Au devant de ce lils tout mon cœur s'est jeté. O sol sacré, je sais pour quel dieu tu travailles. Je sais par quel amour le monde est emporté. Rien ne meurt, tout retourne à l'unique clarté. Ud nouvel univers nait de nos funérailles. O terre, qu'il est beau le fruit de nos entrailles. Parfume de tes dons tout mon corps plein de toi Comme les pins Jleuris embaument notre toit. »

J'ai répondu : « La race attend. Ta chair est prête. Le ciel devant tes yeux chaque jour s'agrandit, Tu sens peser le monde au-dessus de ta tête, o

« Un enfant est plus lourd que le ciel, m'as-tu dit.

Aix s'endort chaque soir aux pieds de la Victoire,

Le ciel avec lenteur sur la ville descend

Et dans l'air Hotte alors un peu de cette histoire

Qu'au front des vieux hôtels un blason qui se fend

Révèle aux amoureux des gloires disparues.

De la vulgarité ta douceur te défend,

0 ville! l'herbe pousse aux pavés de tes rues.

Dante, sur ces pavés. »■( des rois ont marché.

Et moi, de ce coteau, dans les herbes couché,

Sous un bouquet de pins, quand l'air en feu brasille.

Comme une urne brisée au pied d'un large autel,

Je regarde au soleil fumer la vieille ville.

Aix m'apparait avec son visage immortel,

Sous ses pierres je sens battre son cœur réel.

O cité, ton présent sans splendeur t'abandonne

Kt de ses mains de feu le soleil te couronna.

Et comme je te veux, ô ville, tu deviens.

Mais, les flancs alourdis du poids de notre gloire, Vers moi, dans les rochers, parmi les buis, tu viens, Femme, et j'embrasse en toi la ville et la Victoire.

Emplis tes yeux du jour sacré de ce pays,

Regarde... plénitude heureuse, calme immense,

Les champs, pleins de lauriers, les ruisseaux, pleins de lys,

S'étendent à tes pieds dans un divin silence

Qu'écoutent avec nous les ancêtres défunts.

Ils sont heureux... en toi leur race recommence.

La plaine dans tes bras jette un flot de parfums,

0 mère, dans tes yeux la lumière commence,

Et je suis là. j'attends, tout mon cœur fait silence

Pour écouter le cri que va pousser ton coeur.

Tu jetteras le cri douloureux de la bête,

Souffrant de ta souffrance, heureux de ton bonheur.

Tu laisseras mes mains étancher ta sueur.

O Résurrection ! Eveil ! Le monde en fête

Tournera devant toi, roulera dans ta tête,

Ton ventre s'ouvrira, tu verras Dieu grandir,

Tu verras dans mes mains notre enfant resplendir,

Et la vie à grands Ilots battra ta chair meurtrie.

Ruisseaux, rochers, lauriers, arbres épanouis, O maison du bonheur, terre de la patrie, Emplis tes yeux de la beauté de ce pays.

Aspice convexo nutantem pondère mttndum, Terrasque tractusque maris ccelumque profundum; Aspice, venturo Icetantur ut omnia sceclo.

On disait la race morte. . . Mais à tout le jour du ciel La maison ouvre sa porte, La ruche est pleine de miel.

L'Eté roule des montagnes Avec les torrents gonflés, On entend dans les campagnes Ruisseler l'âme des blés.

Pour la future bataille, () pain des forts, tu mûris.

C'est l'avenir qui travaille Dans le peuple des épis.

Nous pouvons lever la tête, Nous pouvons tendre nos vers Comme la coupe de fête Où vient boire l'univers.

On disait la France morte, Et pourtant jamais, mon Dieu,

Je n'ai vu race si forte

Marcher sous ton grand ciel bleu.

Un soupir gonfle ta gorge,

O femme, les temps sont beaux.

L'aire, la grange regorge,

Les ileurs sortent des tombeaux,

Et toute la sève abonde Dans le chêne triomphant.

Tu le sais, il vient. Le monde Tient dans les yeux d'un enfant.

O Mistral, j'ai chanté te contemplant de loin.

Maître, dans une langue où l'avenir respire, Toi seul as dit les mots dont la France a besoin. Quand sur Rome qui meurt Lamartine soupire, Dans tes puissantes mains tu recueilles l'Empire. Fondateur de cités, tu ne tomberas point .

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