U INTELLIGENCE DE U AMOUR
cette absorption active, ardente, minutieuse, constante de l'amour est un caractère propre aux enfants.
Cela est apparu à Fadulte comme de la vivacité, de la joie, de l'intensité de vie. Et il l'a admis comme un caractère de l'enfant sans, toutefois, y reconnaître l'amour, c'est-à-dire l'énergie spirituelle, la beauté morale, qui accompagne la création.
L'amour de l'enfant est encore pur de contradictions. La nature lui commande d'absorber ; ainsi fait-il, pour se construire lui-même.
L'adulte est, pour lui, un objet particulier d'amour. L'enfant reçoit de lui objets et aides matérielles ; il lui demande aussi, avec ardeur, ce qui lui est nécessaire pour se former. L'adulte est l'être vénérable d'où sortent les mots qui lui serviront à se guider et à se construire son propre langage. Les paroles de l'adulte sont, pour l'enfant, un stimulant surnaturel. C'est lui qui, par ses actes, indique à l'enfant, qui sort du néant, comment se meuvent les hommes : les imiter, c'est entrer dans la vie. Les actes et les paroles de l'adulte l'enveloppent et le fascinent jusqu'à le suggestionner. C'est pour cela qu'il y est si sensible, et qu'il disparaît si facilement pour laisser l'adulte agir en lui. L'incident de l'enfant qui avait déposé ses souliers sur la couverture de lit est une démonstration de ce que peut être l'obéissance qui atteint à la suggestion. L'adulte grave dans la mémoire de l'enfant, absolument comme un burin incise dans la pierre. Aussi l'adulte devrait-il mesurer les mots qu'il dit devant l'enfant, parce que celui-ci est avide de saisir ; c'est un véritable accumulateur d'amour. L'esprit de l'enfant est disposé, jusqu'à ses racines, à l'obéissance. Seulement, quand l'adulte lui demande de renoncer à la commande du moteur qui le construit avec des lois inaltérables, l'enfant ne peut pas obéir. C'est
comme si, à l'époque de la dentition, on lui demandait d'arrêter celle-ci, d'empêcher ses dents de sortir. Les caprices et la désobéissance de l'enfant sont les explosions d'un conflit vital entre sa poussée créatrice et son amour de l'adulte, qui ne le comprend pas. Quand, au lieu de l'obéissance, celui-ci rencontre le caprice, il doit toujours penser à ce conflit ; il est en train de compromettre un acte vital, nécessaire à la croissance de l'enfant.
L'enfant n'entend jamais dire que ceci : « L'adulte aime les enfants... Les maîtres aiment les enfants... » et aussi : « Il faut enseigner aux enfants à aimer ; à aimer sa mère, son père, son maître ; à aimer les hommes, à aimer les animaux, les fleurs et toutes choses. »
Qui donc le lui enseignera ? Qui sera ce maître d'amour ? Sans doute, celui qui traite de caprices toutes les manifestations de l'enfant et qui ne pense qu'à se défendre de lui ? Il est évident qu'il ne pourra être ce maître d'amour ; parce qu'il n'a plus cette sensibilité, cette « intelligence de l'amour ».
C'est, au contraire, l'enfant qui l'aime. Il désire l'adulte présent. Son délice est d'appeler son attention sur lui : « Regarde-moi... reste près de moi... »
Quand il va se coucher, le soir, l'enfant appelle la personne qu'il aime et la supplie de ne pas l'abandonner. Quand nous allons à table, le tout-petit enfant, celui qui est encore au biberon, voudrait venir avec nous ; rester là, tout près, non pour manger, mais pour nous regarder. L'adulte passe à côté de cet amour mystique sans s'en apercevoir. Et ce petit être qui nous aime grandira et disparaîtra. Qui donc nous aimera jamais comme lui? Qui nous appellera jamais, sur le point d'aller se coucher, en disant : « Reste... » Plus tard il dira, indiff"érent : « Bonsoir. Bonne nuit. » Et qui aura un pareil désir de nous