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LE LIBRE CHOIX

La maîtresse distribuait elle-même le matériel et le remettait en place elle-même. Elle me raconta que, tandis qu'elle se livrait à cette occupation, les enfants se levaient et s'approchaient d'elle. Elle les renvoyait à leur place, mais Us revenaient, et cela se répétait. La maîtresse en concluait que les enfants étaient désobéissants.

Je compris, en les observant, leur désir de remettre eux-mêmes les objets en place ; et je les laissai libres de le faire. Il naquit de cette nouvelle méthode une véritable vie nouvelle. Mettre les objets en ordre, parer à tout désordre éventuel, était devenu d'un attrait très vif. Si un verre d'eau tombait des mains d'un enfant, les autres accouraient pour en ramasser les morceaux et essuyer par terre.

Un jour, la boîte contenant 80 tablettes de couleurs graduées tomba des mains de la maîtresse. Je me rappelle son embarras devant la difficulté à reconnaître tant de couleurs insensiblement graduées. Mais les enfants accoururent et, à notre stupéfaction, remirent rapidement en place toutes les tablettes, démontrant une extraordinaire sensibihté aux couleurs, que nous n'avions pas nousmêmes.

La maîtresse arriva un jour en retard à l'école ; elle avait oublié, la veille, de fermer à clef l'armoire, qu'elle trouva ouverte par des enfants, rassemblés devant le meuble. Quelques-uns d'entre eux prenaient des objets et les emportaient. La maîtresse considéra que ce procédé

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était dicté par un instinct de vol. Pour elle, des enfants qui volent et qui manquent de respect auraient eu grand besoin de recevoir une sévère éducation morale. Je crus comprendre, moi, que les enfants connaissaient assez bien les objets pour pouvoir les choisir tout seuls. Ainsi firent-ils.

Une recrudescence d'activité en fut la conséquence : les enfants avaient des désirs particuliers et choisissaient leurs occupations. C'est pour cette raison que l'armoire basse et élégante parut mieux adaptée, où le matériel, tout en étant rangé, est à la disposition des enfants qui le choisissent selon leurs besoins intérieurs. Et c'est ainsi que le principe du libre choix accompagna celui de la répétition de Vexercice.

C'est sur les enfants libres dans leur choix qu'ont pu être faites toutes les observations sur leurs tendances et sur leurs besoins psychiques. Une des premières conséquences a été de voir qu'ils ne choisissaient pas tout le matériel scientifique que j'avais fait préparer, mais seulement quelques-uns des objets qui le composent. Ils allaient tous prendre à peu près les mêmes choses ; et certaines d'entre elles avec une préférence évidente. D'autres objets, par contre, restaient abandonnés et se couvraient de poussière. Je les présentais tous, je les faisais offrir par la maîtresse qui en expliquait l'usage, mais les enfants ne les reprenaient pas spontanément. Je compris alors que tout, dans l'ambiance de l'enfant, doit être mesuré et ordonné ; et que c'est du manque de confusion et de superflu que naissent, précisément, l'intérêt et la concentration.

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