‹ L'enfant perdu et retrouvé, ou, Pierre CholetChapitre 18 sur 19 · VI · texte numérisé non relu

VI

Conclusion.

Le lecteur, qui a eu la patience de me suivre jusqu'ici, sera peut-être curieux de savoir ce qu'il est advenu de moi depuis ; sa curiosité est légitime, je vais le satisfaire en quelques mots.

Je passai d'abord un mois à la maison paternelle, dans une atmosphère de douceur nouvelle pour moi ; à peine pouvaisje croire à la réalité ; chaque matin, à mon réveil, je me disais : encore un beau jour ! Je ne me rassasiais pas de m'entretenir, en des tête-à-tête interminables, avec mes bons parents, et de les appeler du doux nom de père, de mère, de frère, de sœur.

Comme je ne voulais pas leur être à charge, ni passer pour un paresseux, je retournai, au mois d'octobre, travailler à la manufacture de Cornwall. Je fus touché jusqu'au fond du cœur, de la part que la famille Robidoux, mais surtout madame

Sîgouin avec ses filles, prenaient à mon bonheur. Quinze jours après, un de mes frères, qui demeure à Ogdensburg et que je n'avais jamais vu, vint me chercher pour m emmener chez lui; dans cette ville, comme je lai déjà dit, j'avais de plus un deuxième frère et trois de mes sœurs. Je passai l'automne tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, choyé', gâté, toujours au fricot. Justine entr'autres, qui était ma marraine, ne voulait pas me laisser partir.

Au jour de l'an, je revins chez nous demander, pour la première fois, depuis l'âge de connaissance , la bénédiction paternelle, manger le beigne de fête et recevoir mes étrennes. Etant allé me promener chez mon beau-frère Hamelin, le curé de Saint-Raphaël m'engagea comme bedeau. Dans les jours gras de cette même année 1882 je renonçai à la vie de vieux garçon, pour épouser une jeune fille de vingt-deux ans, Anna Levac. La bénédiction du Dieu d'Abraham est descendue dans ma maison ; nous avons une

petite fille qui est âgée aujourd'hui de quinze mois.

Pendant trois ans je sonnai la cloche de Saint-Raphaël. Croyant faire un bon coup, je lechangeai pour celle de Ste-Anne de Prescott; mais, dans cette paroisse nouvelle, le métier de sacristain payait encore moins. Je le quittai au mois de mars 1886, pour chercher, dans le vaste univers, une industrie qui me rapporterait davantage. Ma femme a passé l'année qui vient de s'écouler, à St-Polycarpe, en pension chez un de mes frères.

Mon livre est fini, mais ma vie est à continuer. Si je tiens de famille, grâce à Dieu, je n'en tournerai pas de sitôt le dernier feuillet. M" mère à soixante-dix ans, et elle tient son ménage comme une jeune fille ; mon père qui a quatre-vingthuit, dans les beaux jours d'été, se fait un plaisir d'aller à la messe à pied, et il demeure à une lieue de l'église. Ces chers parents, j'en ai été privé pendant de si longues années, que le bon Dieu me les conserve encore longtemps !

Page 1