‹ L'enfant perdu et retrouvé, ou, Pierre CholetChapitre 2 sur 19 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

Je vis qu'il y avait matière à un petit volume tout-à-fait original, aux aventuras romanesques, aux péripéties émouvantes, quelque chose dans le genre de Geneviève de Brabant, avec cette différence toutefois, que le récit du chanoine Schmid n'est qu'une légende, tandis que la relation de M. Cholet est la pure et simple vérité.

Sur ces entrefaites, le 17 février, je fus nommé à la cure de l'Isle Bizard. Le trouble et les embarras d'une installation, les occupations diverses du ministère pastoral, le surcroit de besogne qu'entraîne nécessairement une année jubilaire, d'autres travaux littéraires auxquels je dus mettre la dernière main, tout cela fit que le cahier de l'enfant perdu dormit oisif au fond de ma bibliothèque. Enfin, au mois de novembre, je pus l'étudier quelque peu. De suite, je découvris que la suite fourmillait de lacunes ; de plus, bon nombre d'événements n'avaient pas de charpente, squelettes sans chair ni moelle, narrés maigres, tels qu'en écrivent ceux qui n'ont pas l'habitude du style. En effet, embarrassés sur la manière d'exprimer un détail, ils sautent à pieds joints pardessus ; et pourtant, c'est dans les détails, ménagés et développés à propos, que se trouve tout le charme de l'intérêt.

Je fis venir M. Cholet, il passa huit jours dans mon presbytère. Je l'interrogeai sur le long et sur le large, je le harcelai de ques tions. Il me renconta de fil en aiguille, toutes

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les phases de son existence mouvementée. Les iacunes se comblèrent, les récits se complétèrent, les points obscurs s'éclaircirent ; ses aventures prenaient bien autrement de vie et de piquant dans sa bouche, que sous sa plume. Alors, je pus me mettre à rédiger, libre dans mes allures, en toute connaissance de causes, sans être arrêté, à tout bout de champ, par des problèmes insolubles ou des données incomplètes.

Quand le travail fut fini, au mois de mars de cette année 1887, avant de livrer la copie à l'imprimerie, je demandai à M. Cholet de revenir me voir; et, d'un seul trait, je lui ai relu tout l'ouvrage, la plume à la main, corrigeant les quelques erreurs de détails qui avaient pu s'y glisser à mon insu. En sorte que je puis dire que, à part les notes au bas des pages, le livre ne renferme pas un seul avancé qui ait pris naissance dans mon cerveau.

Tout, chez le litriw de cette histoire, éloigne l'idée d'imposture : son air candide et franc, ses manières pleines de naïve simplicité, une certaine timidité naturelle, l'accord constant qui règne entre les différentes parties de son discours. J'ai visité St-Malo, où il dit avoir passé les années d* «on enfance ; j'ai parcouru les côtes du Labrador et de la Baie des Chaleurs, où il erra plusieurs mois après son évasion. Sai»8 faire semblant de rien, à plusieurs reprises, je l'ai soumis, sur ja description géographiuue *i topographi-

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que de ces lieux, à des interrogatoires munitieux et serrés : toujours il en est sorti avec honneur.

Dans le courant de l'été, étant allé faire une visite au curé de St-Polycarpe, je me rendis chez monsieur et madame H. Cholet, qui vivent encore. Le père était absent ; je fus frappé de la ressemblance qui existe entre la mère et le fils dans la complexion des traits, dans la couleur du teint, et surtout dans le timbre delà voix. La bonne mère est convaincue que Dieu, dans sa miséricorde, lui a ramené son enfant. " Personne du reste, dit-elle, dans toute la famille, n'en doute." Ses paroles et ses explications, tant sur l'enlèvement du petit Pierre que sur son retour, s'accordent parfaitement avec celles qui étaient couchées par écrit dans mon cahier.

Je levai le baptistaire de Tentant Pierre Cholet ; et son âge se trouve être exactement celui que M. Cholet se donne aujourd'hui. Voici le document en sou entier : " Ce quatre octobre, mil huit cent quarante, nous prêtre soussigné avons baptisé Pierre, né, le vingt-huit du mois dernier, du légitime mariage de Hya^.nthe Cholet, cultivateur du lieu, et l'Angélique André dit St- Arnaud. Parrain, Pierre André dit St- Imand, marraine, Justine Cholet, qui, ainsi que le père, n'ont su signer. — T. Brassard, Ptre."

J'écrivis une lettre circulaire à une quinzaine de personnes, bien posées, tont-a- l'ail

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