ACTE I, SCÈNE IV. S
Qu'avcî-voas fait -as» scz-raoi voyager, mon père... laissct-moi voir | Paris!
Parlez , je vous l’ordonne, durant ces quatre jours?
JUSTIN
Mon père... j'ai été à Nantes avec quelques amis.
MOREL
Quels sont ces amis ? qu'alliez-vous faire à Nantes, avec eux?
JUSTIN
Mes amis sont des jeunes gens très distingués.
uonEL.
Des fous, dont je plains les familles.
JUSTIN
Je ne fais rien que je ne doive faire... je vous assure.
MORF.L.
En ce cas, pourquoi mentir?.. ï.e mensonge accuse plus souvent qu’il ne justifie.
JUSTIN
Vous êtes si sévère !.. et la crainte de vous causer du chagrin...
MOREL
Vous pouvez m’allliger beaucoup, en effet.
Ce que vous appelez de la sévérité, c’est de la prudence. Depuis votre sortie du collège , depuis quatre années, vous vivez oisif, et voilà ce qui surtout m'effraie... Moi, mon lils.à votre âge. j’étais laborieux, actif, je songeais à niou avenir... Je n’avais pas, comme vous, il est vrai, une grande fortune à prétendre... mais la richesse ne dispense pas du travail ; elle impose , au contraire , des devoirs sacrés. Voyons , puisque vous me fournissez l’occasion de toucher cette grande et sérieuse question de votre bonheur, quel sont vos projets? quels rêves sont les vôtres? Soyez confiant, je vous eu prie... voyez en moi un ami... et seulement un ami.
JUSTIN
Que vous êtes bon, mon père!..
MOREL
Je veux être juste aussi. Parlez...
JUSTIN
Eh bien !.. mon père, puisque vous m'encouragez, je ne vous déguiserai rien. Je suis jeune, et Jusqu’à présent, nous avons vécu très retirés dans cette province... On prétend qu’il faut connaître le inonde , qu'on se forme dans les grandes villes... Peut-être me serait-il nécessaire de voyager... J’ignore tant de choses ! et, je vous l’avoue Je ne voudrais pas être un homme inutile : j’éprouve le plus vif désir d’étudier les usages, les mœurs... Je voudrajs voir Paris, y jouir de ma liberté... Oh! soyez sans rraiutc, je n’eu abuserai pas; je suis plus raisounable que vous ne pensez...
MonEL, examinant Justin.
Ce désir vous est veuu bien brusquement?
Justin, vivement.
Oh ! il y a long- temps... bien long-temps qu’il me dévore en secret... je n’osais vous en faire part.
MOREL
Et personne ne vous l’a suggéré?
JUSTIN , de même.
Non ! non , mon père ! n’cst-il pas naturel de e ressentir?.. ‘Dans ma pensée Je m’élanrc dans lavenir, vers le monde. Oh! le monde!,, lais*
MOREL, examinant avec plus d’attention.
Mais vous ne pouvez pas voyager seul , il vous faut un guide... En observant vos fréquentes excursions à Nantes, et après cette absence de quatre jours, il m’était venu une idée... J’ai été jeune aussi... à votre âge, on a toujours en tête quelque passion secrète , quelques-unes de ces amourettes éternelles qui ne durent qu'un moment... (a pan.) Il se trouble.) (llaut.) Et je pensais que vous alliez faire votre cour à quelque belle personne... S’il en est ainsi, dites-lc moi... je veux le savoir...
JUSTIN
Mon bon père!., depuis long-temps j’hésitais à vous ouvrir mon âme, mais aujourd'hui, que votre confiance m'encourage, je vais tout vous avouer... Il m'en coûtait tant de vous cacher ce qui fait mon espoir... mon bonheur!..
morel, froidement.
Parlez.
JUSTIN, vivement.
Apprenez donc que j'aime une femme charmante, digne en tous points de ma tendresse.
MOREL
Vous la nommez?
JUSTIN
Si vous saviez que de grâces!.. Quand vous la connaîtrez, mon père , elle vous séduira comme elle m’a séduit.
MOREL
Vous ne m’avez pas dit son nom ?
JUSTIN
Et puis , clic occupe dans la société une de ces positions...
MOREL
Ah! c’est une femme dn monde?
JUSTIN
Spirituelle , élégante , tout en elle charme , entraîne!.. Vous la verrez, vous comprendrez tout le Imnhcur qu’on éprouve à l'aimer, à être aimé d’elle !
MOREL
Mais je vous ai demandé son nom?
JUSTIN
Son nom n’est pas un mystère... son mari , le baron de Saint-André, occupait dans l'armée un grade élevé...
morel , ironiquement.
Ah ! c’est une veuve , une baronne ?
Oui, d’une famille très distinguée.
MOREL
Et riche ?
JUSTIN
Non ; mais ne le suis-je pas , moi ?
MOREL
Elle consentirait donc à une mésalliance , car vous n’étes que le fils d'un négociant.
JUSTIN
Ah ! mon père.
MOnEL.
D’une famille bien obscure.
JUSTIN
Qu’importe! votre réputation d’honnête hom * me est un litre de noblesse... Et d’ailleurs, avec *©*la richesse, il n’y a pas de mésalliance...
MOREL
Mais vous avez donc oublié qu'un tel mariage ne peut pas se faire?
JUSTIN
Ne pas se faire ? et pourquoi ?
MOREL
Pourquoi ? parce que je ne saurais y sousrrire... parce que l'on vous trompe, sans doute... parce que vous vous trompe/, vmis-mcoie... parce que vous devez épouser M"" de Mérinvilie.
JUSTINE
Claire...
HORKI..
Vous le savez... je vous l’ai déjà dit : le jour oit l'orpheline est entrée chez moi , j'ai formé le projet de vous unir à elle... aujourd'hui , cette UDion est pour moi la garantie de votre avenir.
JUSTIN
Ah! mon père... je vous en prie... ne me forcez pas à vous désobéir.
MOitEL.
Vous ne le pouvez pas.
JUSTIN
Ne me forcez pas à trahir tues serin eus.
MOREL
Folies.
Mon père, je vous supplie!..
MOREL
Je ne manquerai pas à mon devoir , et plutôt que de vous laisser vivre dans la compagnie de débauchés et de femmes perdues... j’aimerais mieux... oui, j'aimerais mieux pour vous la mort!..
JUSTIN
Et pensez-vous que je puisse vivre ici? non, cela m'est impossible; j'y suis mal à l'aise... l'air m'y manque... il tue faut de l’espace, de la vie... cette tranquilité me fatigue... cette ezistencc me tue... pardonnez-moi, je vous alllige , mais je ne suis pas maitre de mes impressions... je vous dis ce que je pense... ce que je ressens... vous voulez mon bonheur, ditesvous , ch bien 1 c’est le bonheur que je vous demande... à genoux... à mains jointes !..
(U tombe à genoux.)
An : Faut l'oublier.
A vos genoux , Je vous supplie,
Ah ! consentez à mon départ,
De mes biens , faites-moi la part,
Que Je sois maître de ma vie t Du boobeur de vivre à mon gré.
Le prix sera plus grand encore Quand de vous seul je le tiendrai...
A vos genoux, je vous implore,
Et dans vos bras je reviendrai !
««•lui... Justin, mon fils! où ponrras-tu trouver I plus de soin... de tendresse... une amitié plus j donre... veux-ln désespérer mon âme, veux-tu que je meure avec le regret de te savoir mal- | heureux...
jtstin, ému.
Non, non... ne pleurez pas, je reste... je ne vous quitterai plus...
MOREL
Bien vrai...
JTSTIN.
Oui...
MOREL
Je puis y compter...
JVST1N.
Oui, oui... mon père...
MOREL
Vot ons, séchons nos larmes... je pleure aussi, tu le vois... il ne faut pas qu’on nous surprenne dans cet état...