ACTE U, SCÈNE XIV
••"vous me permettrez de vous présenter mes amis.
ftlOHEL.
Non! ... je sais ce qu'ils sont : dos flatteurs, des intiigans.
jrSTI.H.
Mon père...
MOREL
Pensez- vous que j'ai«î pu vivre indifférent k tout ce qui nous concerne, sans m'éln* procura sur vos relations, sur votn* ronduito, (h»s renseipnenuMis I " ^ ' \ou.s gou-
verné votre i >ages qun
Je vous ai fait parvenir, vous avez prmJigué vos richesses, vous avez agité votre existence, vous avez joué votre avenir, vous avez risfjué votre honneur! vous ne rougissez pas d'usurper un titre!
JUSTI\
Qu'on m'a donné malgré moi...
Encore une fois, des llalieurs bien bas, des intrigans bien vils!
JUSTIN
Monsieur... ce langage, un père seul pouvait me le faire entendre... Pour y répondre, ce n'est plus l'âge que j'invoque aujouf-d'hui, mais mou expérience et ma liberté.
MOREL
Elles vous coûtent cher !
JUSTIN , se contenant.
On vous a fait de ma vie un récit mensonger... on a calomnié mes amis... Restez et voyez mes relations avec tout ce que Paris renferme de gens distingués... soyez le témoin de mon bonheur... Prenez chez moi la place que vous devez y occuper... vous y verrez chacun vous combler de respects, vous saurez apprécier un monde meilleur que vous ne croyez.
MOREL
Illusion funeste... triste aveuglement !.. Justin, l'amour m'a donné des forces pour tenter un dernier elfort... Je viens à vous, moi, votre père ! je viens vous proposer l'oubli du piissé , la réparation de vos fautes... je viens vous arracher à une perte certaine.
JUSTIN, vivement.
Qui vous l'a dit?
MOREL
Tout le prouve... votre dernière terre, vous l'avez vendue! Demain, que vous restera-l-il ? Le cœur d'un père ; ne vous le fermez pas... quittez ces gens , qui vivent à vos dé|)ens : aujourd'hui, vous pouvez tout expier, demain, vous n'aurez plus qui' des remords... aujourd'hui, vous êtes \iriiini', doMKiin, craignez le déshonneur...
JUSTIN
Je ne lais rien dont je doive rougir !
MOREL
Oui, le déshonneur pour vous... (Panse) Juslin , si tu n'as prodigué que tes richesses, je suis é( onome et toute ma fortune est a loi... Mou lils, le bonheur n'est pas où la vérité se cache , où l'erreur règne par le scandale... on te trompe encore, tu te U*oinpes encore toi-mJu:c,,. Lu cri
Diuis lu meilleure compagnie d« moudCM.e^jdcla coibcicacc citout esUauvc...
AïK de Tcniers.
Non, ce n'est pas vainement que j'implore, Dans votre cœur, je place mon espoir; Arrètcz-vous , il en est temps encore : Du vice au crime, on va, sans le savoir; Dans cette vie, où le mal qu'on affronte, Kenaît sans cesse et nous suit pas à pas... Au moins, mon fils, épargnez-moi la honte., Mon désespoir ne vous suffil-il pas!
JUSTIN , froidement , à part.
Claire mariée!.. (Haut.) Mon père, il m'en coûte toujours de ne pas vous obéir... mais...
MOREL
Mais?.. (Rires dans la coulisse.)
Maintenant... il est trop tard.
MOREL , avec véhémence.
Il n'est jamais trop tard.
JUSTIN
Calmez-vous... on peut vouf entendre... je ne suis pas seul.
MOREL , avec plus de colère.
Que m'importe î viens-je ici pour ménager des misérables?
(Les convives paraissent au fond.)
JUSTIN
Monsieur... ce sont mes amis.
«^ MOREL , élevant la voix.
Et vous n'avez pas honte de les défendre !
JUSTIN , avec chaleur.
Encore une fois, je ne saurais souffrir qu'on les insulte en ma présence.
MOREL, plus haut.
Vous deviendrez un infâme comme eux !
JUSTIN
Monsieur... je suis chez moi !
MOREL , avec colère.
Malheureux! (Entrée des convives.)
LE DOMESTIQUE, annonçant, M. le vicomte de Senlis !
Ciel!., une dette de jeu!..
MOREL , bas à Justin en lui remettant un portefeuille.
Une dette de jeu !.. Malheureux ! voici le reste de vos richesses!..
JUSTIN
Mon père !
MOREL
Je n'ai plus de fils!..
REPRISE DU CHOEUR du commencement de l'acte.
Folie, etc.
(On se range pour laisser passer Morel; Justin reste stupéfait.)