SCÈNE XIIL
JUSTIN, caché; GEHVAIS, GLAIRE, MOREL.
MOREL, au fond, à M"* Durand qui n'entre pas. La voilà; je vais lui parler.
CLAIRE, Ù part.
Mon Dieu ! ne brusquons rien.
MOREL, à Claire.
A quoi penses-tu, mon enfant?
CLAIRE
Mais... sait-on toujours à quoi Ton pense?
MOREL
J'ai à te parler, moi ; veu\-iu m'eniciidre?
CLAIRE
Oui ; qu'y a-t-il ?
J<' \iens remplir un devoir, et j'espère que tu a|)i)rériiTa.s 1<; véritable motif de ma démarche... tu ne n 'lit le droit de t'entrelenir de l'
CLAIRK.
N'étes-vous pa«ç mon père ?
MOKEL, a\er «MntimeiK.
Un père n'est pas toujours écouté , tu le mis bien.
JUSTIN , 5 pan.
Hélas!
IfORKL.
Il s'agit de ton boidieur.
CLAIRE, il part.
Que va-t-il dire?
JUSTIN, ii part.
Je tremble !
MOUKL.
Je (lois m'occuper de ccu\ (|ue je Iai>scrai après moi.
CL \ IRE
Ah ! ne parlez pas ainsi !
MOHEL.
J'y songe... oui... l'homme espLTr ju><ju»>là. Mais, en \ songeant, j<* m'occnp»* dr rcu\ qup je dois laisser après moi , de ceux qui m'ont aimé, qui garderont au fond de leur cœu» le .souvenir du vieillard... le nombre en ei^t diminué.
CJ.MRK.
Non , non... je ne le pense pas, mol... Pourquoi cette idée? qui peut jamais cesser de vous aimer?..
MOREL
Qui?..
JUSTIN , à part.
Malheureux î
MOREL, cmu.
Parlons i\o loi, Claire, tu sais bien que les émotions m»' loiilmal... Mon lils et ma bellesœur t'aiment... ils ont conçu le projet de le marier...
CLAIRE
Non, non... c'est impossible! je ne me marierai pas, je ne veux pas me marier, je vous l'ai déjà dit... Ma résolution est prise.
MOREL
Cependant , c'est avec l'intention de la famille que Gustave amène ici un jeune homme qui t'a vue , qui te trouve belle, qui l'aime... je le conçois..*.
CLAIRE
Kt moi , je ne saurais l'aimer.
MOREl..
Mais tu ne le connais pas , il peut te plaire...
CL vinK. Non , non , je ne peux plus aimer.
MOREL
Pourquoi cette détermination? elle aUli-^c les amis.
CLAIRE
Parce que mon cœur n'est plus à moi, xous le savez bien.
MOREL, la pressant dans s« bran.
Ma lille !
CLAIRE
\.r KotMcaii Jr Xi. Do-lr.
•^ ^ Je ne t)uis oublier vos projets d'autrefois !
Un autre eu ma tendresse, il conserve ses droits... *^
Le pauvre voyageur a supporté l'orage ,
Sou erreur doit cesser, j'en ai le doux présage.
II vivra dans mon cœur, tant que mon cœur battra ,
J'attendrai son retour; j'espère, il reviendra.
MOREL
Pauvre enfant! ciois-tu donc que le génie du mal làclie sa proie?
CLAIRE
Oui , je le crois.
Tu ne sais donc pas que la corruption a porté sa gangrène au cœur.
CLAIRE
La main d'un père peut la guérir.
MOREL
Tn ne sais donc pas que la débauche a vicié ce sang qui fut mon sang.
CLAIRE
On ne pardonne qu'aux coupables.
MOREL
11 a prodigué ses richesses.
CLAIRE
Les miennes suffiront. c®9
MOREL
La mort a fait justice.
JUSTIN , se précipitant aux genoux de More!. Mou père !
MOREL , au comble de rétonnement.
Malheureux!
CLAIRE
Grâce !
MOREL , avec une sorte de colère.
Que viens-tu faire ?
GLAIRE, aux pieds de Morel.
Grâce pour vos enfans!.. Vous avez promis à mon père le bonheur de sa fille.
MOREL
Ton père?., (il relève Claire; il regarde Justin qui est soutenu par Gervais ; en ce moment , paraissent au fond Gustave, M"' Durand, Thiéry et sa femme.) Venez, venez tous!.. Mon fils était perdu , j'ai retrouvé mon fils !..
(Justin se relève et se précipite dans les bras de Morel.)