‹ L'Enfer (volume 2)Chapitre 40 sur 40 · CHANT SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHANT SEIZIÈME

Déjà nous entendions le bruit confus de l'onde Qui tombait dans une autre enceinte de ce monde, Et pareil à celui de ruclies bruissant,

Quand trois ombres ensemble, et formant comme un groupe, Sortirent en courant du milieu d'une troupe Qui sous le feu maudit passait en gémissant.

Et de venir vers nous, et de crier ensemble : («Arrête! à tes habits, à ton air, il nous semble Qu'à notre ingrat pays tu dois appartenir. «

Ah! quels sillons je vis sur leurs chairs enflammées! Que de blessures, ciel! ouvertes ou fermées! J'en suis encor navré, rien qu'à m'en souvenir.

2o4 CA.NTo xvr.

Aile lor grida il iiiio iJollor s'altese; Volse 'I viso ver me, e : ora aspetla, Disse ; a costor si vuole esser corlese :

E se non fosse il fuoco, che saetta

La natura del luogo, i' dicerei,

Che nieglio stesse a te, cb' a lor, la fretta.

Ricominciâr, corne noi ristemmo , ei L'antico verso; e quando a noi fur giunti , Fenno una ruota di se tutti e trei.

Quai suolen i campion far nudi ed unli , Avvisando lor presa e lor vantaggio , Prima che sien tra lor battuti e punti ;

Cosî, rotando, ciascuno il visaggio Drizzava a me, si che 'n contrario il collo Faceva ai piè continovo viaggio.

E, se miseria d' esto loco sollo Rende in dispetto noi e nostri preghi, Cominciô l'uno, e '1 tinto aspetto e brolîo,

La fama nostra il tuo animo pieghi A dirne, chi tu se', che i vivi piedi Cosi sicuro per lo 'nferno freghi.

Mon iiiaUre, à cet appel que nous venions d'entendre, S'arrête et nie regarde : « Il nous faut les attendre, » Me dit-il, «si pour eux tu veux être courtois.

Kt, sans ces traits brûlants, sans les morlelies flammes Qui tombent dans ces lieux, je dirais qu'à ces âmes 1/empressenient, mon fils, convient bien moins qu'à toi.»)

Nous voyant arrêtés, elles recommencèrent

Leur complainte, et, vers nous dès qu'elles arrivèrent.

En cercle toutes trois se mirent à tourner.

Comme on voit les lulteurs, le corps nu, trotté d'huile, Pour trouver le point faible et la prise facile, Avant les premiers coups, longtemps s'examiner.

Elles tournaient, sur moi dirigeant leur visage,

Et faisaient de la sorte un étrange voyage,

Leurs pieds tournant de ci, tournant de là leurs cous.

L'une alors commença : « Si cet horrible sable , Nos traits noircis, brûlés, notre aspect misérable. Condamnent au mépris nos prières et nous,

Qu'à notre renommée au moins tu t'attendrisses! Quel es-tu pour venir aux éternels supplices Poser tes pieds vivants de cet air assuré?

2Î>C rwio x\i.

Qiiosli, l'ormo di cm pcshir irii vofJi,

Tutto chc nudo c dipolalo vada,

Fu di grado maggior, che tu nor) credi :

Ncpote fu délia buona Guaidrada :

Guidoguerra ebbe nome , cd in sua vita Fece col senno assai , e con Ja spada.

L' altro, eh' appresso me la rena trila, È Thegghiaio Aldobrandi, la cui voce Nel raondo su dovrebbe esser gradita :

Ed io, che posto son con loro in croce,

lacopo Rusticucci fui ; e certo

La fiera moglie, più ch' altro, mi nuoce.

S' i' fussi stato dal fuoco coverto ,

Gittato mi sarei tra lor di sotto ,

E credo, che '1 Dottor 1' avria sofferto;

Ma perch' i' mi sarei bruciato e cotto,

Vinse paura la mia buona voglia.

Che di loro abbracciar mi facea ghiotto.

Poi cominciai : non dispetto, ma doglia La vostra condizion dentro mi fisse Tante, che tardi tutta si dispoglia;

CIlAiNT XVI. 257

<",elui-cl, dont je suis la (race sur l'arèno, Qu()i(iiril aille tout uu, tout éecrclié se traîne, Fut, plus (jue tu ne ci'ois. p:ran(l et considéré.

Petit-fils de (lualrade, il eut nom (;ui(loi;ueiio (I), I']t ce lut un guerrier vaillant. (|iii sur la terre S'illusti'a par la lét^ autant (pie i)ar le bras.

FA cet autre, après moi, broyant l'arène ardente, C'est Aldobrandini (i), dont la voix tut prudente, Mais donna des conseils que l'on ne suivit jias.

I\Ioi qui porte avec eux cette croix nn'sérable, Je suis Husticucci (3); ma femme détestable Fut l'artisan du mal que l'on m'a reprocbé. »

Si j'avais i)u me mettre à couvei't (h' leurs flammes, .le me serais du bord jeté paimi ces âmes, Fl mon maître, je crois, ne m'en eût empèclié;

Mais j'eusse été brfdé, calciné par la pluie, l'^t la peur l'emporta sur cet c bonne envie Qui m'avait pris soudain d'aller les embrasser.

— «Ce n'est pas le mépris qu'en mon cœurjesens naître,» Dis-je alors, «votre sort de douleur me pénèlie, Ft cette émotion ne pourra s'etl'acer.

i'')H rwro xvi.

Toslo clic qucsto inio Signor mi disse Parole, \)vr Ui quali io mi pensai, CIio quai voi sietc, lai gente venisse.

Di voslra Terra sono : c sempre mai L'ovra di voi , e gli onorati nonji Con affezion rilrassi , ed ascoltai.

Lascio Io fêle , e vo pei dolci pomi Promessi a me per Io verace Duca, Ma fino al centro pria convien che tomi.

Se lungamente 1' animo conduca

Le membra tue, rispose quegli allora,

E se la fama tua dopo te luca;

Corfcesia e valor, di', se dimora Nella nostra Città, si corne suole, 0 se del tutto se n' è gito fuora?

Chè Guglielmo Borsiere, il quai si duole Con noi per poco, e va là coi compagni, Assai ne crucia con le sue parole.

La gente nuova, e i subiti guadagni Orgogiio, e dismisura han generata, Fiorenza; in te, si che tu già ten piagni.

nr.vM' XVI. 259

J'en lus saisi silùt qu'aux paroles du inaîU'C

Je compris, même avant de vous bien reconnaître,

Que dos morts tels que vous allaient se présenter.

Je suis de votre terre, et votre œuvre accomplie, I^t vos noms, honorés toujours dans la pairie. Tendrement je les cite ou les entends citer.

Je vais par ramerlumc au jardin angéliquc Qu'a promis à mon cœur ce guide véridique; Mais je dois jusqu'au fond descendre auparavant. »

— «Que la vie en ton corps longtemps reste allumée, »> Ucpartit l'ombre alors, «et que ta renommée Resplendisse durable après ton corps vivant!

Mais dis-nous, le courage et la chevalerie

Ont-ils continué d'habiter la patrie?

Se peut-il qu'ils en soient tout à fait exilés?

Car Borsière, nouveau venu dans ces campagnes. Qui là-bas suit, pleurant, ces ombres nos compagnes. De ses navrants récits nous a bien désolés. »

— «Ah! tes nouveaux colons, tes fortunes rapides Ont tant produit d'orgueil, tant (ra|)pétils avides, Florence, (pi'à la lin loi-même l'en émeus! »

260 fANTO XVI.

Cosi gridai con la faccia levata :

I'] i (ic, che cio inteser per riposta, (iualàr r un 1' altro, comc al ver si guata.

Se r altre voile si poco ti costa, Risposer tutti, il soddisfare altrui, Felice te , che si parli a tua posta!

Pero, se canipi d' esti luoghi bui, E torni a riveder le belle stelle, Quando ti gioverà dicere : i' fui,

Fa che di noi alla gente favelle :

Indi rupper la ruota, ed a fuggirsi Aie sembiaron le lor gambe snelle.

Un amen non saria potuto dirsi Toslo cosi, corn' ei furo spariti :

Perche al Maestro parve di partirsi.

lo le sçguiva , e poco eravam iti,

Che '1 suon delP acqua n' era si vicino,

Che per parlar saremmo appena iiditi.

Corne quel fiume, ch' ha proprio cammino Prima da monte Veso in ver levante Dalla sinistra costa d'Apennino ,

CHANT XM. 261

Ainsi criai-je, au ciel on levant mon visage.

Les trois morts, comprenant le sens de ce langage,

Tristement éclairés, se regardaient entre eux.

— « Si tu réponds toujours avec même franchise, Et toujours sans péril t'exprimes à ta guise, Bienheureux, toi qui peux parler comme cela!

C'est pourquoi , si tu sors de la sombre carrière , Si tu revois le ciel et la belle lumière, Alors qu'avec plaisir tu diras : J'étais là !

Fais au moins que de nous l'on parle dans le monde!» Les esprits, à ces mots, interrompant leur ronde. Fuirent comme emportés sur des ailes d'oiseau.

Ln timcn est plus long dans la bouche du prêtre Qu'il ne leur a fallu de temps pour dispara. tre : Ft mon maître se mil en marche de nouveau.

Moi, je suivais ses pas; nous commencions à peine Quand le bruit retentit de l'onde si prochaine. Que le son de nos voix se perdait tout à fait.

Tel ce fleuve qui prend au mont Viso sa source. Et, laissant l'Apennin à gauche, suit sa course, Fuyant vers l'Orient par le lit (lu'il s'est fait :

lo.

2()2 cKxro XVI.

(;ii(; si cliiaina Acquacheta siiso , avanie Clic si (livaili {^'lù nel hasso icito . E a l'orW di quel nome è vacante,

Riiîibomba là sovra san licnctlclto Dair alpe, per cadere ad una scesa, Dove dovria per mille esser ricctto ;

Cosi giù d' una ripa discoscesa ïrovammo risonar quel!' acqua tinta, Si che n poc' ora avria 1' orecchia offesa.

lo aveva una corda intorno cinla .

E con essa pensai alcuna volta Prender la lonza alla pelle dipinta.

Posria che 1' ebbi lutta da me sciolta, Si corne '1 Duca m' avea comandato, Porsila a lui aggroppata e ravvolta;

Ond' ei si volse inver lo destro lato, E alquanto di lungi dalla sponda La gitto giuso in quell' alto burrato.

E pur convien che novita risponda, Dicea fra me medesmo, al nuovo cenno, Che M Maestro con V occhio si seconda.

Acqiiacliète est le nom (iii'aiix hauts lieux ou lui donne, Avant (|u'cn la vallée il descende el bouillonne; Bientôt il a perdu ce nom près de Forli,

Et mugissant il tombe en une seule masse Auprès de Saint-Benoît, ce beau séjour de grâce, Où mille hommes au moins devraient trouver abri (4);

Pareillement au pied d'une roche escarpée, J'entendais retentir cette eau de sang trempée. Et j'en fus assourdi dès le premier moment.

Or, je portais sur moi la corde que naguère Je voulais employer pour prendre la panthère Dont j'avais convoité le pelage charmant.

De mes reins aussitôt que je l'eus dépouillée, Sur l'ordre de mon guide, et l'ayant repliée, Je la lui présentai comme il me l'avait dit.

Lors il se tourne à droite, et, prenant sa distance. Tient par-dessus le bord la corde, et puis la lance Assez loin de la rive en ce gouffre maudit.

Quelque prodige encor sans doute va paraître. Me disais-je en moi-même, à ce signal du maître; Il semble (pi'il l'appelle el l'assiste des yeux.

iÇ)^ (;\M() XVI.

Ahi (|iiaiilo cauli i,^li iioniini esser denno Presse a color, clie non vcgjjioii pur 1' opra , Ma per oiilro i pcnsicr iniraii col seiiiio I

E disse a me : tosto verra di sopra

Cio ch' io attendu; c clie 'I tuo pensier sogna;

Testo convien ch' al tuo viso si scuopra.

Sempre a quel ver, ch' ha faccia di nienzogna, De' r uom chiuder le labbra quanto puote. Perô che senza colpa fa vergogna.

Ma qui tacer noi posso; e per le note Di questa commodia, Lettor, ti giuro, S' elle non sien di lunga grazia vote,

Ch' io vidi per quell' aère grosso e scuro Venir notando una figura in suso, Meravigliosa ad ogni cuor sicuro,

Si corne torna colui, che va giuso Talvolta a solver 1' ancora , ch' aggrappa 0 scoglio, od altro, che nel mare è chiuso,

Che' n su si stende, e da piè si ratlrappa.

CIIAIST \M. 265

Ah! que l'on devrait être avisé près d'un sage! 11 ne nous juge pas seulement à l'ouvrage, 11 lit dans nos pensers les plus mystérieux.

11 me dit : «A l'instant de ce gouffre se lève

Ce que j'attends, et toi, ce que ton esprit rêve •

Va tenir dans l'instant ton regard attaché. »>

De toute vérité qui semble une imposture ,

Il faut, autant qu'on peut, garder sa lèvre pure,

Car c'est gagner la honte encor qu'on n'ait péché.

Et pourtant je ne puis me taire ici, moi-même. Je le jure , lecteur, la main sur ce poëme. Ote-lui, si je mens, ta durable faveur!

.le vis, dans l'épaisseur de ratniosphère obscure, Arriver, en nageant vers nous, une (igure Monstrueuse vraiment pour le plus ferme cœur;

Tel revient le plongeur descendu sous les ondes, Pour détacher une ancre au sein des mers profondes, Ft, (juand il l'a reprise à quelque écueil perdu,

Monte, pieds ramassés, et le bras étendu.

rs'OTES DL' CHANT XVI.

(1) riiiidogncrra, (lolit-fils de la bnllo (iualrade, lui un valeureux chevalier. A la bataille de lîeiievenlo, entre Charles l'f et Manfrcdc, il fut iéj)uté le iniMcipal iiiotil' «le la victoire. (Grangier).

(2) Teggliiajo Aldohrandini , de la famille des Adirriar, déconseilla l'entreprise des Florentins contre les Siennois, qui eut pour résultat la malheureuse défaite d'Arbia,

(3) Jacopo Rusticucci touche ici en mauvaise part de sa femme pour ce qu'elle fut si meschante qu'il fut forcé de se séparer d'elle. (Grangier).

(4) Trait de satire. Il y avait là une abbaye qui eût pu recevoir mille religieux, si ses biens avaient été honnêtement administrés.

ARGIMENT DU CHANT XVll.

Descriplion du monstre Géivoii , qui vionl d'appaiiiîtrc , coiiMiie uih; ininj^c de la Foiirho. Tandis (|ii(! Vii;;il(! s'arriMe auprès de lui pour réclamer le secours de ses lari^cs rpaules, Dante s'avance mi jieu |»lus loin pour considrrer les usuriers, ces pécheurs qui ont outragé violeunnent la Nature et l'Art, et Dieu par conséquent. (>ouclics misérablement sur le sal)le brûlant et sous la pluie de feu, ils portent à leur cou une bourse dont ils sendilent repaître leur vue. Cluuiue bourse est mar(|uée des armoiries du damné et sert à le faire reconnaître. Dante rejoint Virii^ilcet, non sans cllroi, descend avec lui dans le buitiénu' cercle sur le dos de Géryon.

CANTO DECIMOSETTIMO.

Ecco la fiera con la coda aguzza,

Che passa i monti, e rompe mûri ed armi

Ecco colei, che tutto il mondo appuzza;

Si comincio lo mio Duca a parlarmi, Ed accennolle, che venisse a proda, Vicino al fin de' passeggiati marmi :

E qiiella sozza immagine di froda

San venne, ed arrivé la testa e 'i busto:

Ma in su la riva non trasse la coda.

La faccia sua era faccia d' uom giusto , Tanto benigna avea di fuor la pelle, E d' un serpente tutto 1' altro fusto.

CIlAiNT DIX-SEPTIEME.

«Voici qu'il vient, le monstre à la queue affilée, Qui passe monts, (iiii brise armes, tour crénelée, Et de son souille impur pourrit le monde entier.»

Mon maître, en même temps qu'il me tint ce langage, A la bête du geste indiqua le rivage, L'invitant à monter jusqu'au pierreux sentier.

Et de la Fourbe alors cette hideuse image S'en vint; elle avança le torse et le visage. Laissant pendre sa queue en arrière des bords.

Ses traits semblaient d'abord les traits d'un homme lion néle, Tant douce était la peau (\m recouvniil sa (élc: En serpent s'allongeait le tronc el tout le corps.

270 (;a.nto xvii.

Duo branche avea pilosc infin 1' asccllo; Lo (Josso, c' 1 pello, od ainbcduc; le costo Dipinte avca di riodi o di rotclle.

Con più color sommesse e soprapposle Non fèr mai in drappo Tartari, ne Turchi, Ne fur mai tele per Aragne imposte.

Come talvolta stanno a riva i burchi, Chc parte sono in acqua, e parte in terra; E come là Ira li Tedeschi lurchi,

Lo bevero s' assetta a far sua guerra;

Cosi la fiera pessima si stava

Su r orlo che, di pietra, il sabbion serra.

iNel vano tutta sua coda guizzava, Torcendo in su la venenosa força, Ch' a guisa di scorpion la punta armava.

Lo Duca disse : or convien che si torca La nostra via un poco , infino a quella Bestia malvagia, che cola si corca.^

Pero scendemmo alla destra mammella, E dieci passi femmo in su lo stremo, Per ben cessar la rena e la fiammella :

<:HANT XMI. 271

Elle avait deux grands bras velus juscpi'aux aisselles, El des nœuds laclielés en l'orme de rondelles Émaillaient sa poitrine et son dos et ses lianes.

Avec tant de couleurs jamais Turcs ni l'arlares ÎN'ont brodé le dessin de leurs étoiles rares; Même Arachné lilait des tissus moins brillants.

Comme on voit quelquefois une barque captive: La poupe est dans les Ilots, la proue est sui' la rive; Ou connue sous le ciel du voracc Germain

Le castor pour chasser s'accroupit au rivage;

Ainsi vint s'aplatir cette bête sauvage

Sur le roc qui bordait le sablonneux chemin.

Elle tordait sa queue énorme dans le vide Et dressait une fourche au venin homicide. Vrai dard de scorpion à sa queue attaché.

— « Il faut nous détourner un peu,» dit le poëte, «Et marcher jusqu'auprès de la cruelle béte, De ce monstre là-bas sur la berge couché. »

Nous descendîmes donc en tournant vers la droite, Et faisant quelques pas sur la margelle étroite Pour éviter la flamme et le sable brûlant.

E qiiando fioi ;i Ici vcriiili scino, Pooo più ollrc voggio in su la r(;iia Gente seder propinciiia al Inogo sccmo.

Oiiivi '1 Maestro : acciocchè lutta piena Esperienza cl' osto giron poili, Mi disse, or va, e vcdi la lor mena.

Li tuoi ragionanienti sien là corti :

Mentre chc torni, parlerô con questa, Chc ne concéda i suoi onieri forti.

Cosi ancor su per la strema testa Dl quel settimo cerchio tutto solo Andai, ove sedea la gente mesta.

Per gli occhi fuori scoppiava lor duolo : Dl qua, di là soccorrien con le mani, Quando a' vapori, e quando al cado suolo.

Non altrimenti fan di state i cani

Or col ceffo, or col piè, quando son niorsi

0 da pulci, 0 da mosclie, o da tafani.

Foi che nel viso a certi gli occhi porsi,

Nei quali il doloroso fuoco casca,

Non ne conobbi alcun; ma io m' accorsi

Près du monstre hideux lorsque nous arrivâmes, J(; vis un |)(mi i)Iiis loin, sur le sai)Ie, des ûmcs Assises prescjue au bord de l'abîme béant.

— «De ce giron du cercle, il faut que tu connaisses

Et tous les habitants et toutes les tristesses, »

Dit mon mnîli'e, <( va donc et vois quel est leur sort !

Mais dans cet entretien trop longtemps ne t'arrête!

I']t moi dans l'intervalle irai sommer la bête

De nous prêter l'appui de son dos souple et fort. »

Je m'avançai donc seul sur le rebord extrême De ce cercle d'IÎInfor. lequel est le septième, Allant où se tenaient les malheureux pécheurs.

Leurs pleurs qui jaillissaiiHil traiiissaieiit leurs tortures. En s'aidant des deux mains, ces pauvres créatures Luttaient de ci, de là, contre sable et vapeurs.

Tels on voit les grands chiens pendant la canicule. De mouches et de taons lorsque (oui leur corps brûle, Fatiguer grilfe et dents contre l'immonde essaim.

En vain j'en regardais quelques uns au visage. Sous le feu qui pleuvait sur eux comme un orage, Je n'en pus reconnaître aucun; mais à leur sein,

Î74 CANTO XVM.

Clie (ial collo a ciasnin |)(;ri(l('a una tasca, Cil' avoa cerlo colon;, e corto segno; E quindi par clie 'I lor occliio si pasca.

E com' io riguardando tra lor vegno,

In una borsa gialla vidi azzurro,

Che d' un lione avea faccia e contegno.

Poi procedendo di mio sguardo il curro, Vidine un' altra corne sangue rossa, Mostrare un' oca bianca più che burro.

Ed un, che d' una scrofa azzurra e grossa Segnato avea le suc sacchetto bianco , Mi disse : che fai tu in questa fossa ?

Or te ne va : e perche se' vivo anco, Sappi, che '1 mio vicin Viialiano Sederà qui dal mio sinistro fianco.

Con questi Florentin son Padovano :

Spesse fiate m' intronan gii orecchi , Gridando : vegna il cavalier sovrano ,

Che recherà la tasca con tre becchi.

Quindi storse la bocca, e di fuor trasse La lingua, corne bue che '1 naso lecchi.

Au cou de chacun d'eux, j'aperçus suspendue Une bourse; ils semblaient en repaitre leur vue. Chacun avait un signe autrement coloré.

Pour les considérer, je m'avançai plus proche, Kt du premier d'entre eux regardant la sacoche, J'aperçus sur champ d'or un lion azuré (I).

Et poursuivant, j'en vis, à nulle autre pareille, Une qui paraissait comme du sang vermeille. Une oie y ressortait blanche comme du lait (i).

Un troisième portait sur sa besace blanche Une truie azurée et grosse (3); or, il se penche Ut me dit : «Que fais-tu sur ce pierreux ourlet?

Va-t'en, et souviens-toi, pour le dire à la terre,

Que Vilaliano, mon voisin, comme un frère,

Un jour à mon flanc gauche, ici viendra s'asseoir.

iMèlé, moi Padouan, à ces morts de Florence, Je les entends aussi crier pleins d'espérance : Vienne le chevalier! Quand pourrons-nous le voir,

Et sa bourse aux trois becs! » Au bout de sa harangue L'ombre tordit sa bouche et puis sortit sa langue, Ainsi (juc fait un bcruf pour lécher ses naseaux.

E(l io, toincndo no 'I pin star crucriasso Lui, <li(î (li |)0(;o slar m' av(!a amrnoiiilo. Tornai indictro dall' anime lasse.

Trovai il Duca niio, cir era salito Già su la groppa del Hero animalo, E disse a me : or si e forte et ardilo.

Omai si scende per si fatle scale : . Monta dinanzi, ch' i' voglio esser me?zo, Si che la coda non possa far maie.

Quai è colui , ch' ha si presso '1 riprezzo Délia quartana, ch' ha già 1' unghie smorte E tréma tutto, pur guardando il rezzo;

Tal divenn' io aile parole porte: Ma vergogna mi fèr le sue minacce, Che 'nnanzi a buon signor fa servo forte.

r m' assettai in su quelle spallacce : Si volli dir, ma la voce non venue Com' io credetti : fa che tu m' abbracce.

Ma esso, ch' altra vol ta mi sovvenne

Ad alto forte, tosto ch' io montai,

Con le braccia m' avvinse e mi sostenne ;

Et moi , me souvenant des paroles du sage , Craignant de l'irriler en restant davantage, Je laissai ces damnés à leurs terribles maux.

Kn arrivant, je vis déjà le doux poëte l'.labli sur le dos de la farouche béte, Et qui me dit : «Allons, viens vite, et point d'elTroi !

On ne descend ici que par semblable échelle. Monte au cou de la bête, et, pour être sur d'elle, Moi je vais me placer entre la queue et toi.

Tel un homme aux accès de la fièvre quartaine, Les ongles déjà bleus, grelottani, sans haleine, Hien qu'à voir l'ombre, est pris d'une froide sueur;

Un frisson à ces mots agita tout mon être ; Mais devant lui ma peur eut honte de paraître : Un maître courageux impose au serviteur.

Force fut de m'asseoir sur cette large échine. J'essayai de parler : la voix dans ma poitrine Manqua; je murmurai : « Par grâce, tiens-moi bien ! »

Mais lui, le guide tendre et toujours secourable, Dès que j'eus enfourché le dragon redoutable, M'entoure de ses bras qui me font un soutien.

278 CAN'K» XVll.

E disse : Gorïoii, inuoviti ouiai:

Le riiote larglie, c lo scendcr sia poco:

l*cnsa la nuova soma che tu liai.

Corne la navicella esce di loco

In dietro in dietro, si quindi si toise;

E poi ch' al tutto si senti a giuoco,

Là 'v' era '1 petto la coda rivolse, E quella tesa, como anguilla, mosse, E con le branche i' aère a se raccolse.

Maggior paura non credo che fosse Qiiando Fetonte abbandonô gli freni, Perche '1 Ciel, corne appare ancor, si cosse:

Ne quando Icaro misero le reni Senti spennar per la scaldata cera, Gridando il padre a lui : mala via tieni;

Che fu la mia, quando vidi ch' io era Neir aère d' ogni parte, e vidi spenta Ogni veduta, fuor che délia fiera.

Ella sen va notando lenta lenta;

Ruota, e discende, ma non me n' accorgo,

Se non ch' al viso e di sotto mi venta.

CHANT wii. 279

Et dit: «Va, fiéryon; d'une aile obéissante,

l'ar de lar^^es circuits adoucis la descente :

Songe au fardeau nouveau dont tu t'en vas chargé. >

r.oininc une l)ar(iue à Ilot (jni s'éloigne de terre, l.e monstre lentement de la rive en arrière Uecule, et quand du bord il se sent dégagé,

Il se tourne à demi, puis semblable à l'anguille,

11 agite sa queue allongée, et frétille.

Et de sa double grille il fend l'air embrasé.

riiaéton trembla moins dans les célestes plaines, Quand de ses faibles mains laissant tomber les rênes, Il mit en feu le Ciel, encor cicatrisé (6);

Icare eut moins d'effroi, moins d'angoisses mortelles, Sentant fondre la cire et s'échapper ses ailes, Son père lui criant : a Tu te perds, malheureux!»

Que je ne tremblai, moi, quand je sentis la terre Autour de moi manquer, et que dans l'atmosphère Plus rien ne vis, plus rien, que le monstre hideux!

Lentement, lentement il nage dans le vide

Et descend en tournant, car je sens l'air humide

Qui me frappe au visage et qui souille sous moi.

280 CAISTO XVM.

lo seritia gia dalla man dostra il j,'org() Far sollo noi un orribilc stroscio ; Perché con gli occhi in giù la lesta sporgo.

Allor fu' io più timido aiio scoscio : Perrocch' io vidi fuochi, c senti' pianti ; Ond' io tremando tutto mi raccoscio.

E vidi poi, che no '1 vedea davanti, Lo scendere c '1 girar, per li gran mali Che s' appressavan da diversi canti.

Corne '1 falcon, eh' è stato assai su 1' ali, Che, senza veder logoro o uccello. Fa dire al falconiere : oimè tu cali ;

Discende lasso, onde si niuovo snello Per cento ruote, e da lungi si pone Dal suo maestro disdegnoso e fello ;

Cosi ne pose al fondo Gerïone A piede a piè délia stagliata rocca, E, discarcate le nostre persone.

Si dileguô, come da corda cocca.

(:ii\.M XMi. 28 I

Lt dt'ja j'enlolidais coimiii; un hâtas iionible,

A ma droite, monter de l'abîme invisible.

Je plongeai dans le goulFre un regard plein d'émoi.

Ce coup d'œil dans l'abîme augmenta bien mes craintes! J'avais vu si grands feux , ouï si grandes plaintes Que je me ramassai sur moi-même en tremblant.

Et je vis, jusqu'alors resté dans l'ignorance. Que j'étais descendu dans plus vive soutlVance Qui de tous les côtés venait se rapprochant.

Tel un faucon lassé de déployer son aile

Sans découvrir d'oiseau, sans qu'un leurre l'appelle.

En vain le fauconnier lui crie : «Ah, scélérat! »

Il descend fiitigué de ses hauteurs limpides. Et, traçant dans les airs mille cercles rapides. Maussade et révolté loin du chasseur s'abat;

Tel Géryon au pied de la roche brûlée Descend, et nous dépose aux ci'eux de la vallée: ]]t délivré du poids qu'il portait à regret.

Il s'enfuit, et dans l'air s'échappe comme un trait.

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