‹ L'enfer, s'il y en a unChapitre 11 sur 25 · QUE L’ENFER CONSISTE EN SE£OND LIEU DANS LA PEINE HORRIBLE DU FEU · texte numérisé non relu

QUE L’ENFER CONSISTE EN SE£OND LIEU DANS LA PEINE HORRIBLE DU FEU

Il y a du feu en enfer : ceci est de foi révélée. Rappelez-vous les paroles si claires, si précises, si formeliez du Fils de Dren : ‘“ Retirez-vous de moi, maudits, dans le feu, in ‘gnem... Dans la prison de feu, le feu ne s'éteindra jamais... Le Fils de l’homme enverra ses Anges, et ils saisiront ceux qui auront fait le mal, pour les jeter dans la fournaise de feu, in caminum ignis.” Paroles divines, infaillibles, qu'ont répétées les Apôtres, et qui sont la base de l’enseignement de l'Eglise. Dans l'enfer, les damnés souffrent la peine du feu.

Nouslisons dans l’histoire ecclésiastique.

que deux jeunes gens qui suivaient, au troisième siècle, les cours de la célèbre école d'Alexandrie, en Egypte, étant un jour entrés dans une église où un prêtre prêéchait sur le feu de l'enfer, l’un d’eux s’en moqua, tandis que l’autre, ému de crainte et de repentir, se convertit, et, peu de temps après, se fit Religieux pour mieux assurer son salut. À quelque temps de là, le premier mourut subitement. Dreu permit qu’il apparût à son ancien compagnon, à qui il dit: “ L'Eglise prèche la vérité quand elle prèche le feu eternel de l'enfer, Les prêtres n'ont qu’un tort,

c’est d'en dire cent fois moins qu'il n’y en à. ”

Le feu de l'enfer est surnaturel et incom-

préhensible.

Hélas! comment, sur la terre, exprimer et même concevoir les grandes réalités éternelles ? Les prètres ont beau faire, leur esprit ei leur parole fléchissent sous ce poids. S'il est dit du ciel: ‘“ L’œil n’a

oint vu, l'oreille n’a point entendu, l'esprit de l'homme ne saurait comprendre ce que Dreu réserve a ceux qui l’aiment.” on peut également, et au nom de la justice infinie, dire de l’enfer : ‘“ Non, l'œil de l’homme n'a point vu, son oreille n’a point entendu, son esprit n’a jamais pu et ne pourra jamais concevoir ce que la justice de Dreu réserve aux pécheurs impénitents. ”

‘Je souffre, je souffre cruellement dans cette flamme ! ” s'écriait du fond de l'enfer le mauvais riche de l'Evangile.

Pour saisir la portée de cette première parole du réprouvé : “Je souffre! Crucior ! ” il faudrait pouvoir saisir la por" de la seconde: ‘ Dans cette flam

in hac flamma. ” Le feu de ce monde e:

imparfait comme tout ce qui est de ce monde, et nos flammes matérielles ne sont, malgré leur puissance effroyable,

siè

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qu'un misérable symbole de ces flammes éternelles, dont parle l'Evangile. Est-il possible d'exprimer, sans rester bien audessous de la vérité, l'horreur de la souffrance qu'éprouverait un homme qui serait, même pour quelques minutes seulement, jeté dans une fournaise ardente, en supposant qu'il y puisse vivre ?

Est-ce possible, je vous le demande ?

Évidemment non. Que dire donc de ce feu tout surnaturel, de ce feu éternel, dont les horreurs ne peuvent se comparer à rien ?

Néanmoins, comme nous sommes dans le temps et non dans l'éternité, il nous faut nous servir des petites réalités de ce monde, tout infirmes et impar'aites qu’elles sont, pour nous élever un peu aux réalités invisibles et immenses de l'autre vie. Il faut, par la considération de l’indicible souffrance que fait endurer ici-bas le feu terrestre, nous épouvanter nous-mèême, afin de ne point tomber dans les abimes du feu de l’enfer.

Le P. de Bussy et le jeune libertin.

… C'est ce que voulut un jour faire toucher du doigt à un jeune libertin un saint missionnaire du commencement de ce siècle, célèbre dans toute la France par

D ss Me

son zèle d'apôtre, son éloquence et ses:

vertus, et un peu aussi par ses originalités. Le P, de Bussy donnait, dans je ne sais quelle grande ville du Midi, une importante mission, qui ébranlait toute la population. C'était au cœur de l'hiver; on approchaiït de Noël, et il faisait grand froid. Dans la chambre où le Père recevait les.

hornmes, il ÿy avait un poêle avec un bon feu. | Un jour, le Père vit arriver un jeune homme qu'on lui avait recommandé à cause de ses désordres et de ses fanfaronnades d'impiété. Le P. de Bussy s'aperçut bientôt qu’il n’y avait rien à faire avec lui, « Venez ça, mon bon ‘ami, lui dit-il gaiement, n'ayez pas peur, je ne confesse pas les gens malgré eux. Tenez, asseyez-vous là, et faisons un peu la causette en nous chauffant» Il ouvrit le poêle, et s'apercevant que le bois ailait bientôt être consumé : «Avant de vous asseoir, apportez-moi donc une ou deux büches» dit-il au jeune:

homme. Celuici, un peu étonné, fit cependant ce que le Père demandait. « Maintenant, ajouta celui-ci, mettez-moi ça dans le poêle, là, bien au fond» Et comme l’autre entrait le bois dans la porte du poêle, le P. de Bussy lui prit tout à coup:

le bras et le lui enfonça jusqu'au fond.

Le jeune homme pousse un cri et saute en arrière. «Ah ça! s'écriét:il, est-ce que

vous êtes fou ? Vous alliez me brûler!»

--(Qu'avez-vous donc, mon cher? reprit le Père tranquillement, est-ce qu'il ne faut pas vous y habituer ? Dans l'enfer, où vous irez si vous continuez à vivre comme vous vivez, Ce ne sera pas seulement le bout des doigts qui brülera dans le feu, mais tout votre corps; et ce petit feu n’est rien en comparaison de l’autre.

Allons, alions, mon bon ami, du courage ; il faut s’habituer à tout» Et il voulut lui reprendre le bras. L'autre résista, comme on le pense bien. «Mon pauvre enfant, lui dit alors le P. de Bussy en changeant de ton, réfléchissez-y. donc un peu; tout ne vaut-il pas mieux qüe d'aller brûler éternellement en enfer ? Et les sacrifices que le bon Dieu vous demande pour vous faire éviter un si effroyable supplice, ne sont-ils pas en réalité bien peu de chose }»

Le jeune libertin s’en alla pensif. Il réfléchit en effet ; il réfléchit si bien qu'il ne tarda pas de revenir auprès du missionnaire, qui l’aida à se décharger de ses fautes et à rentrer dans la bonne voie.

Je mets en fait que sur mille, dix mille hommes qui vivent loin de Dev, et par conséquent sur le chemin de lenfer, 1l p’y en aurait peut être pas un qui résisterait «à l'épreuve du feu» Il n y en a pas un qui serait assez fou pour accepter le marché suivant : “ Pendant toute l'année,

tu pourras t’abandonner impunément à tous les plaisirs, te saturer de voluptés, satisfaire tous tes caprices, à la seule condition de passer un jour, seulement un jour, ou mêm® une heure, dans le feu Je le répète, pas un, pas un seul n’accepte.

rait le marché.

En voulez-vous une preuve? Ecoutez.

Les trois fils d’un vieil usurier.

Un père de famille qui ne s'était enrichi que par des injustices criantes, était tombé dangereusement malade. Il savait que la gangrène était déjà à ses plaies, et néanmoins on ne pouvait le décider à restituer. “$1i je restitue, disait-il, que deviendront mes enfants ?”

Son curé, homme d'esprit, eut recours, pour sauver cette pauvre âme, à un Ccurieux stratagème. Il lui dit que, s’il voulait guérir, il allait lui indiquer un remède extrèémement simple, mais cher, très-cher.

‘ Devait il coûter mille, deux mille, dix mille francs même, qu'importe ! répondit vivement le vieillard ; en quoi consiste:til: ‘Il consiste à faire fondre, sur les endro': gangrenés, de la graisse d'uno personne vivante. [l n'en faut pas beaucoup: si vous trouvez quelqu'un qui, pour dix mille francs, veuille se laisser brüler une main pendant un quart d'heure à peine, il y en aura assez."

‘ Hélas ! dit le pauvre homme en soupirant, je crains bien de ne trouver per:

sonne qui le veuille,” —‘Voici un moyen, dit tranquillement le curé: faites venir votre fils aîné ; il vous aime, il doit être votre héritier, Dites-lui : ‘ Mon cher fils, “tu peux sauver la vie à ton vieux père ‘si tu consens à te laisser brüler une ‘ main, seulement pendant un petit quart “ d'heure.” S'il refuse, faites la proposi-

.tion au second, en vous engageant à le

faire votre héritier, aux dépens de son frère aîné. Si celui-ci refuse à son tour, le troisième acceptera sans doute. ”

La proposition fut faite successivement aux trois frères, qui, l’un après l’autre, la repoussèrent avec horreur. Alors le père leur dit : ‘ Quoi ! pour me sauver la vie, un moment de douleur vous épouvante!

et moi, pour vous procurer de l’aisance, j'irais en enfer, brüler éternellement! En vérité je serais bien fou!” Et il se hâta de restituer tout ce qu'il devait, sans avoir égard à ce que deviendraient ses enfants.

Il eut bien raison, et ses trois fils aussi.

Se laisser brûler une main, rien que pendant un quart d'heure, même pour sauver la vie de son père, est un sacrifice au-dessus des forces humaincs. Or, comme nous l'avons dit déjà, qu'est-ce que cela, en comparaison des abîmes brûlants du feu de l'enfer ?

68 L'ENFER Mes enfants, n'allez pas en enfer.

En 184%, j'ai connu au Séminaire de Saint-Sulpice, à Issy, près Paris, un professeur de sciences extrêmement distingué et dont chacun admirait l'humilité et la mortification. Avant de se faire prêtre, l'abbé Pinault avait été un des professeurs les plus éminents de l'École olytechnique. Au Séminaire, il faisait le cours de physique et de chimie. Un jour, pendant une expérience, le feu prit je ne säis comment, au phosphore qu'il manipulait, et en un instant sa main se trouva enveloppée de flammes. Aidé de ses élèves, le pauvre professeur essaya vainement d’éteindre le feu qui dévorait sa chair. En quelques minutes, sa main m'était plus qu'une masse informe, incandescente ; les ongles avaient disparu.

Vaincu par l'excès de la douleur, le mal heureux perdit connaissance. On lui plongea la main et le bras dans un seau d'eau froide, pour essayer de tempérer

quelque peu la violence de ce martyre.

Pendant toute la journée et toute la nuit, il ne fit qu'un cri, un cri irrésistible et déchirant, et quand, par intervalles, il pouvait articuler quelques paroles, il disait et répétait aux trois ou quatre séminaristes qui l’assistaient : ‘ O mes enfants! .… mes enfants | .. n'allez pas en -enfer !.… n'allez pas en enfer !...”

Le même cri de douleur et de charité sacerdotale s’échappa, en 1867, des lèvres pee ou plutôt du cœur d’un autre prêtre,

dans une circonstance analogue. Près de 1h

- Pontivy, diocèse de Vannes, un jeune F ! | vicaire, nommé Laurent, s'était jeté au | e milieu des flammes d’un incendie pour sauver une malheureuse mère de famille e et deux petits enfants ; à deux ou trois reprises, il s'était élancé, avec un courage, une charité héroïques, du côté d’où partaient les cris, et il avait eu le bonheur il de rapporter sains et saufs les deux pau-

se | vres petits. Mais la mère restait encore, de | et personne n’osait affronter la violence ya | des flammes qui croissait de minute en ait minute. N’écoutant que sa charité; l'abbé ain Laurent se précipite une fois encore à Fu an- | travers le brasier, parvient à saisir la EL TU malheureuse mère, à moitié folle de teral reur, et la jette pour ainsi dire en dehors lui | des atteintes du feu. Au même moment, Pau la toiture s’effondra ; le saint prêtre ren- | rer | versé, roule au milieu des débris enflamre. més ; il appelle au secours, et l’on parit, vient à grand'peine à l'arracher à une » et mort imminente.

il Hélas! il était trop tard. Le pauvre il prôtre avait été mortellement atteint; il | mie | avait respiré les flammes ; le fen] com- | nts| mençait à le brûler intérieurement, et lse d’inexprimables souffrances le dévoraient.

En vain tous les bons habitants de la paroisse essayent de lui porter secours : rien n’y fait ; le feu intérieur continue ses ravages ; et, en quelques heures, le martyr

de la charité allait recevoir au ciel la ré- | | compense de son héroïque dévouement. Ç ï Lui aussi, pendant son affreuse agonie,

' il criait à ceux qui l’entourait: “O mes amis, mes énfants !… N’allez pas en en- k fer!.. C’est épouvantable 1. C’est comme ; cela qu’on doit brûler en enfer !” ;

. Le feu de l'enfer est un feu corporel. e

On se demande souvent ce que c'est 7

que le feu de l'enfer ; quelle est sa nature; ss

si c’est un feu matériel, ou bien si: n’est 4

pas uniquement spirituel, et quantité de pra

gens inclinent pour cette dernière opi- l

nion, parce qu'au fond elle les effraye Û

moins. Saint Thomas n’est pas de leur ;

1 avis, non pius que la théologie catholi po

‘ ue.

: Comme nous le disions tout à l'heure, E:

il est de foi que le feu de l'enfer est ur toi

feu réel et véritable, un feu inextingui %

ble, un feu éternel, qui brûle-sans consu- *

mer, qui pénètre les esprits aussi bien :

que les corps. Voilà ce qui est révélé de Le d

| Dieu, et enseigné comme article de foi .

ne par l’Église de Dieu. Le nier, serait non. | ie seulement une erreur, mais une impiéié pr

et-une hérésie proprement dite.

en

Mais, encore une fois, de quelle nature est ce feu qui brûle dans l'enfer? Est-ce an feu corporel? C'est le prince de la théologie, c’est saint Thomas qui va nous répondre, avec sa clarté et sa profondeur ordinaire.

Il remargue d’abord que les philosophes paiens, qui ne croyaient pas à la résurrection de la chair, et qui cependant admettaient, avec la tradition entière du genre humain, un feu vengeur dans lautre vie, devaient enseigner et enseignaient en effet que ve feu était spirituel, de même nature que les âmes. Le rationaiisme moderne, qui tend à envahir toutes Îles intelligences et qui diminue les données de la foi tant qu'il peut, a fait incliner vers ce sentiment un grand nombre d'’esprits, peu instruits des enseignements Catholiques.

Mais le grand Docteur, après avoir exposé ce premier sentiment, déclare carrément, ‘‘ le feu de l'enfer sera corporel.” Et la raison qu’il en donne est péremptoire : “ Puisque, après la résurrection, les réprouvés doivent y être précipités, et puisque le corps ne peut subir qu’une peine corporelle, le feu de l'enfer sera corporel. Une peine ne saurait être appliquée au corps qu'autant qu'elle est corporelle. ” Et saint Thomas appuie son enseignement de celui de saint Grégoire

le Grand et de saint Augustin, qui disent

ia même chose et dans les mêmes termes.

Néanmoins on peut dire, ajoute le grand Docteur, que ce feu corporel a quelque chose de spirituel, non point quant à sa substance, mais quant à ses effets ; car, tout en punissant les corps, il ne les consume pas, il ne les détruit pas, il ne les réduit pas en cendres ; et en outre, il exerce son action vengeresse jusque sur les âmes. En ce sens, le feu de l’enfer se distingue du feu matériel, qui brûle et consume les corps.

Tout corporel qu'il est, le feu de l'enfer atteint les dmes.

L'on se demandera peut-être comment le feu de l’enfer peut atteindre des âmes qui, jusqu’au jour de la résurrection et du jugement dernier restent séparées de leur corps, Il faut répondre avant tout que, dans ce mystère redoutable des peines de l’enfer, autre chose est de connaitre clairement la vérité de ce qui est, et autre chose est Ge la comprendre. Nous savons d’une manière positive et absolue, par l’enseignement infaillible de l'Eglise, qu'immédiatement après leur mort, les damnés tombent dans l’enfer et dans le feu de l'enfer. Or, cela ne peut s'entendre que de leurs âmes, puisque jusqu à la ré-

isent ‘mes.

e Je ‘el a point À ses ps, il L pas, n ouisque enfer ùle et

surrection léurs corps restent confiés à la terre dans le tombeau. | |

Une fois séparée de son corps, l'âme du réprouvé se trouve, relativement à l’action mystériéuse du feu de l'enfer, dans la condition des démons. Les démons, en effet, bien qu'ils n'aient point de corps subissent les atteintes du feu dans lequel seront jetés un jour les corps des damnés, ainsi que l'indique expressément la sentence du Fils de Dreu aux réprouvés:

‘ Retirez-vous de moi, maudits! Allez dans le feu éternel, qui a été préparé pour le démon et pour ses anges. ” Or, ce feu est corporel ; car autrement il n’agirait point sur les corps des réprouvés.

Donc l’âme séparée du corps, l’âme du réprouyé, subit les atteintes d’un feu corpoteL Voilà ce que nous savons et ce qui est certain.

Ce que nous ne savons pas, c’est le comment. Et, pour le croire, nous n’avons pas besoin de le savoir, les vérités révélées de Dieu ayant toutes pour but d'éclairer notre esprit et tout ensemble de le maïntenir dans le dépendance et la soumission. Par la foi, nous sommes certains de la réalité du fait, et il nous suffit de voir que la chose n’est pas impossible. Or le raisonnement et l’analogie nous le font voir clairément : ne sommes-nous pas nous-mêmes et à chaque

instant les témoins irrévocables de l’action, non-seulement réelle, mais intime, mais incessante qu’exerce notre corps sur notre âme ? notre corps, qui est une substance matérielle, sur notre âme, qui est une substance spirituelle ? Donc il est parfaitement possible qu’une substance matérielle, comme est le feu de l'enfer, agisse sur une substance spirituelle comme est l’âme du réprouvé.

Le capitaine adjudant-major de Saint-Cyr.

À ce sujet, laissez-moi, cher lecteur, vous raconter un fait assez curieux, qui s’est passé à l'École militaire de Saint-Cyr, dans les dernières années de la Restauration.

L'École avait alors pour anmônier un ecclésiastique plein d'esprit et de talent.

qui portait le nom bizarre de Rigolot. Il préchait une belle retraite aux jeunes gens de l’École, qui. chaque soir, se réunissaient à la chapelle, avant de monter au dortoir. “1; |

Un certain soir que le digne aumônier avait parlé, et admirablement parlé de l'enfer, la cérémonie étant achevée, il se retirait, un bougeoir à la main, dans son appartement, lequel était situé dans une aile réservée aux officiers. Au moment où il onvrait sa norte, il s’entendit appe-

ler par quelqu'un qui le suivait dans l'es.

calier. C'était un vieux capitaine, à la moustache grise, et à l’air peu fin.

«Pardon, M. l'aumônier, dit-il d’une voix quelque peu ironique; vous venez de nous faire un bien beau sermon sur l'enfer. Sculement vous avez oublié de.

nous dire si, dans le feu de l’enfer on serait rôti, ou grillé, ou bouilli. .Pourriezvous me le dire ?» L’aumônier, voyant à qui il avait affaire, le regarde dans le blanc des yeux, et lui mettant son bougeoir sous le nez, lui répond tranquillement : « Vous verrez cela, capitaine !» Et il referme sa porte, ne pouvant s’empécher de rire un peu de la figure à la fois niaise et attrapée du pauvre capitaine.

Il n’y pensa plus; mais à partir de ce moment, 1l crut s’apercevoir que le capitaine lui tournait les talons, du plus loin qu’il le voyait.

-Survint la révolution de Juillet. L'aumôrierie militaire fut suprimée : celle de Saint-Cyr comme les autres. M, l'abbé Rigolot fut nommé par lArchevêque de Paris à un autre poste non moins honorable.

Une vingtaine d'années après, le vénérablc prêtre se trouvait un soir dans un salon où il y avait nombreuse société, quand il vit venir à lui une vieille moustache blanche qui le salua, lui deman-

dant s’il n’était point l'abbé Rigolot, jadis aumônier de Saint-Cyr. Et, sur sa réponse affirmative : «Oh! monsieur l’aumônier, lui dit avec émotion le vieux militaire, permettez-moi de vous serrer les mains et de vous exprimer toute ma reconnaissance : vous m'avez sauvé !— Moi ! Et comment cela ?—Eh quoi ! vous ne me reconnaissez point ? Vous souvientil d’un soir où un capitaine instructeur de l'École vous ayant fait, au sortir dun sermon sur l'enfer, une question fort ridicule, vous lui avez répondu, en lui mettant votre bougeoir sous le nez:

« Vous verrez cela, capitaine?» Ce capitaine, c'était moi. Figurez-vous que depuis lors cette parole me poursuivait partout, ainsi que la pensée que j'irais brüler en enfer. J ai lutté dix ans ; mais enfin il a fallu me rendre. J’ai été me confesser ; je suis devenu chrétien, chrétien à la militaire, c’est-à-dire tout d’une pièce.

C'est à vous que je dois ce bonheur ; et je suis hien heureux de vous rencontrer pour pouvoir vous le dires

. Si jamais, mon cher lectenr, vous entendiez quelque mauvais plaisant faire des questions saugrenues sur l’enfer et sur le feu de l'enfer, répondez avec l’abbé Rigolot::« Vous verrez cela, mon bon ami; vous verrez Cela.» ;

Je vous garantis qu’ils n’auront pas la

tentation d'y aller voir.

La main brûlée de Foligno.

Une chose certaine, c'est que presque toutes ‘les fois que Dieu à permis qu’une pauvre âme 1éprouvée, ou, ce qui revient au même, à l'égard du feu de l'autre vie, une âme du Purgatoire, ait apparu sur la terre et y ait laissé une trace visible, cette

trace a été celle du feu. Rappelez-vous

ce que nous avons rapporté plus haut de cette terrible apparition de Londres, du bras calciné de la dame au bracelet et du tapis brûlé. Rappelez-vous l’atmosphère de feu et de flammes qui enveloppait la fille perdue de Rome et le jeune Religieux sacrtlége de saint Antonin de Florence.

Dans l’année même où je vous parle, au mois d'avril, j'ai vu ou du moins j'ai touché moi-même, à Foligno, près d'Assise, en Italie, une de ces effrayantes empreintes de feu, qui atteste une fois de plus la vérité de ce que nous disons ici, à savoir que le feu-de l’autre vie est un feu réel.

Le 4 novembre 1859, mourut d’apo:

plexie foudroyante, au couvent des Tertiaires Franciscaines de Foligno, une bonne Sœur, nommée Térèse-Marguerite Gesta, qui était depuis de: longues.années

maîtresse des novices et à la fois chargée

du pauvre vestiaire du monastère. Elle était née en Corse, à Bastia, en 1797, et

était entrée au monastère en février 1826.

Il va sans dire qu'elle était préparée dignement à la mort.

Douze jours’ après, le 17 novembre, une Sœur nommée Anna-Félicie, qui Pavait aidée dans son office et qui depuis sa mort en était démeurée chargée toute seule, montait au vestiaire et allait y entrer lorsqu'elle entendit des gémissements qui semblaient venir de l’intérieur de la chambre. Un peu effrayée, elle s’empressa d'ouvrir la porte : il n’v avait personne. fais de nouveaux gémissements se firent entendre, si bien accentués que, malgré son courage ordinaire, elle se sentit envahie par dla peur. : «Jésus Mate ? s'écria:t-elle ; qu'est-ce que cela ? » Elle n'avait pas ‘fini, qu’elle entendit une voix plaintive, accompagnée de ce douloureux. soupir : «Oh! mon Drev ! que je souffre! Oh! Dio che peno tanto!n La Sœur stupéfaite reconnut aussitôt la voix de'la pauvre Sœur Térèse. Elle se remet de son mieux et lui demande: ‘ Et pourquoi ?—AÀ cause de la pauvreté, répond Sœur Térèse—Comment ! reprend la petite Sœur ; vous qui étiez si pauvre ?— Aussi n'est-ce pas pour moi-même, mais rs les Sœurs à qui j'ai laissé trop de

iberté à cet égard. Et toi, prends garde à toi-même.” Et au mème instant, toute la salle se remplit d’une épaisse fumée,

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et l’ombre de Sœur Térèse apparut se dirigeant vers la porte en se glissant le long de la muraille. Arrivée près de la porte, elle s’écrie avec force : “Voici un témoignage de la miséricorde de Dreu ! ” Et en disant cela, elle frappe le panneau le plus élevé de la porte, y laissant creusée dans le bois calciné, l’emzxreinte la plus parfaite de sa main droite ; puis, elle

disparaît. .

La pauvre Sœur Anna-Félicie était restée à moitié morte de peur. Toute bouleversée, elle se mit à pousser des cris et à appeler au secours. Une de ses :compagnes accourt, puis une autre, puis toute la Communauté ; on s'empresse autour d'elle, et toute s’étonnent de sentir une odeur de bois brûlé. Elles cherchent, elles regardent, et aperçoivent sur la porte la terrible empreinte. Elles reconnaissent aussitôt :a forme de la main de Sœur Térèse. lacncile était remarquablement petite. Époavantées, elless’enfuient, courent au chœur. se mettent en prières et, oubliant les besoins de leur corps, elles passent toute la nuit à prier, à sangloter, et à faire des pénitences pour la

pauvre défunte, et le lendemain elles

communient toutes pour elle.

La nouvelle se répand au dehors ; les Frères-Mineurs, les bons prêtres amis du monastère et toutes les Communautés dc

LR RE

la ville joignent leurs prières et leurs supplications à celles des Franciscaines.

Cet élan de charité avait quelque chose de surnaturel et de tout à fait insolite.

Cependant, là Sœur Anna-Félicie, encore toute briséede tant d'émotions, reçut l’ordre formel d'aller prendre son répos.

Elle obéit, bien décidée à faire disparaitre à tout prix, le lendemain matin, l’empreinte cærbonisée qui avait jeté lépouvante dans tout Foligno. Mais voici que Sœur Térèse Marguerite lui apparaît de nouveau. ‘ Je sais ce que tu veux faire, lui dit-elle sévèrement: tu veux enlever le signe que j'ai laissé. Sache qu’il n’est pas en ton pouvoir de le faire, ce prodige élan ordonné de Dieu pour l'enseignement et J’amenäement de tous. Par son juste et :-doutable jugement, j'étais condamnée à subir pendant quarante années les épouvantables flammes du Purgatoire, à cause des faiblessés que j'ai eues souvent à l'égard de quelques-unes de nos Sœurs. Je te remercie, toi et tes compure de tant de prières que, dans sa onté, le Seigneur a daïgné appliquer exclusivement à ma pauvre âme; él tout spécialement des sept psaumes de la pénitence, qui m'ont été d’un si grand soulagement.” Puis, d’un visage tout souriant, elle ajouta : ‘O bienheureuse pauvreté, qui

leurs ines.

hose , . en- "eçub épos.

aitre l'empouique it de faire, lever n’est Jdige igneson connées oire, SOLIè nos comns sa Lquer , LOUE pénioula-

, elle , qui

procure une si grande joie à tous ceux qui l’observent veritablement!” Et elle disparut.

Enfin, Le lendemain 19, Sœur Anna- Félicie s'étant couchée et endormie à son heure habituelle, s’entendit. de nouveau appeler par son nom, s'éveilla er sursaut, toute effrayée,et resta clouée sur son séant sans pouvoir articuler un mot. Gette fois encore, elle avait reconnue parfaitement la voix de sœur Marie-Térèse.. Au mème

instant, un globe de lumière tout res-

plendissant apparait devantelle, au pied ce son lit, éclairant la cellule comme en ple'n jour ; etelle entend Sœur Thérèse qui, d’une voix joyeuse et triomphante, dis :.: paroles : «Jo suis morte un vendredi, le jour de la Passion; et voici qu’: vendredi je m'en vais à la gloire. Soyez fortes: à porter la croix! soyez courageuses à souffrir!» et ajoutant avec amour: « Adieu ! adieu !.. adieu !... elle

“se transfigure en une nuée légère, blanche, éblouissante, s'envole au ciel et

disparait.

Une enquête canonique fut ouverte aussitôt par l'Evèqu :! Folieno et les magistrats de La will. 1, 2 veubre,

en présence d'un grand uvinbre. de témoins, on ouvrit le tombeau de Sœur Térèse-Marguerite; et l'empreinte calcinée de la porte se trouva exactement conformc: à la main de la défunte.

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