‹ L'énigme allemandeChapitre 94 sur 106 · è 4 (5 CR · texte numérisé non relu

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fois pour ruiner le commerce en supprimant l’acheteur ?

Ce n’est pas à dire que l’industrie française ne doive s’observer. Elle est, certes, en état de croissance, en état, constate M. Alfred Picard à la fin du dernier rapport qu’il ait écrit, « d'activité commerciale ». En 1911, la France a acheté pour 53 millions de plus de houille qu’en 14910 —et sa production avaitaugmenté,— preuve qu’elle atravaillédavantage. En 1903, elle a acheté à l'étranger pour 107 millions de machines et, en 1912, pour plus de 301 millions et demi; mais alors qu’en 1913 elle en avait vendu pour près de 57 millions, le montant de son exportation était, en 1912, de plus de 113 millions et demi. En 1903, l'étranger lui a acheté pour 2 milliards 450 millions d'objets fabriqués; en 1919, il lui en achète pour 3 milliards 352 millions ; et ses colis postaux passent de 263 millions à 501 millions et demi.

Ce sont d’heureux indices, mais qui ne peuvent nous détourner de constater que le commerce français se hâte d’un pas moins vif que ses rivaux. M. Alfred Picard nous fournit à ce sujet des chiffres dont la sèche éloquence exprime un état regrettable. Il y a peu d'années encore, nous venions les seconds, derrière l'Angleterre, dans la liste des nations, pour l’ensemble du commerce extérieur; aujourd’hui, nous sommes les quatrièmes, distancés par l'Allemagne et les États- Unis. De 1902 à 19114, tandis que les Allemands augmentaient leurs importations totales de 4 milliards 833 millions, ils accroissaient leurs exportations de 4 milliards 228 millions; en d’autres termes, ils ne laissaient à l’étranger que 605 millions; mais, dans le

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même temps, la France, qui augmentait son importation de 3 milliards 671 millions et son exportation de 4 milliard 824 millions seulement, portait au dehors 1 milliard 847 mallions.

Dans ces dix années, l’importation allemande en France augmentait de 561 millions, mais l’exportation française en Allemagne ne s’accroissait que de 307 millions.

Dans ces mêmes dix années enfin, le commerce extérieur total (importations et exportations) de l’Allemagne s’accroissait de plus de 9 milliards, et le commerce de la France, de 5 milliards 496 millions.

Ce n’est donc pas seulement à l’égard de lAllemagne, C’est à l’égard de toutes les nations, que s’accusent chez nous ces déplorables fléchissements. Combien de fois n’en a-t-on pas signalé les causes! Parmi celles-ci, « la plus efficiente, la plus angoissante, écrit M. Alfred Picard, est l’arrêt du développement de la population ». L’ancien vice-président du Conseil d'Etat y revient, avec tristesse et abondance, dans ses rapports de 1911 et de 1912. Il montre le défaut de natalité restreignant à la fois notre puissance productive et notre expansion, et il en trouve les raisons dans la diffusion de la richesse, l'essor du travail industriel, le développement de la civilisation. « Un jour viendra, ajoute-t il, Où nos voisins passeront à leur tour la dure épreuve que nous traversons. Mais ce jour est lointain, surtout pour les Allemands, et, au cours des longues années

-qui nous en séparent, des millions d'habitants se seront

encore accumulés. La France a le triste privilège d’avoir subi la première le joug d’une loi naturelle, inéluctable, d’avoir été engagée avant les autres nations sur la pente où glissent forcément les peuples qui s’enri-

chissent. » Faisant écho à ces paroles mélancoliques, le maréchal von der Goltz déclarait naguère devant la Chambre des Seigneurs de Prusse : « Dans un avenir trèsrapproché,nous serons au même niveau, et peut-être plus bas, que la France au point de vue de la natalité. » Cependant, allons-nous désespérer? On signale en France, depuis deux ou trois ans, une reprise d’activité. Elle s’exprime par des chiffres irrésistibles. En dix ans, de 1903 à 19192, les droits perçus à l’importation ont passé : pour les fontes, fers et aciers, de 3 846 000 francs à 12174000; pour les machines et mécaniques, de 13176 000 francs à 33272000; pour les outils et ouvrages en métaux, de 5 436 000 francs à 44 429 000. Ces chiffres sont le témoignage d’un développement industriel important. D'autre part, les résultats des trois premiers mois de l’année 1913 montrent un travail d'exportation très intense et promettent, s’ils se poursuivent, une année industrielle exceptionnellement heureuse. Réjouissons-nous-en. C’est sur nous-mêmes que nous devons porter l'effort, non contre des industriels qui, produisant beaucoup, cherchent sans cesse pour leurs produits de nouveaux marchés. Il n’est pas trop tard pour accomplir cet effort, et nous venons de voir qu’il est commencé.

Je borne là cette étude. Cependant aux additions que nous avons faites, aux 814 millions d’or allemand qui, en 4942, sont venus en France, il faudrait ajouter une somme encore; mais qui jamais la déterminera? Ce sont les millions que les Allemands en voyage apportent eux-mêmes dans notre pays et qui s’y mêlent à la circulation générale. Il y a là, en importation, une matière vivante qu’il n’est pas possible d'apprécier, mais

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