ROLE DE CHAQUE ARMÉE
mère à se rabattre par Lille, Arras, Amiens, sur la Seine, peut-être même à l'ouest de Paris qui se trouverait ainsi coupé de Calais, de Dunkerque de Rouen et du Havre. On attaquera l'ennemi si on le rencontre Mais le but principal est de l'enveloppe; complètement et, pour cela, d'atteindre la mer.
Rappelons toute l'importance du mouvement tournant dans la doctrine allemande et surtout dans le système de Schlieffen : un adversaire tourné est ;.n adversaire battu, parce qu'il est attiqué de deux côtés à la fois et que la convergence des ^rux l'aswmme au moment même où il craint pour siis communications. Le mouvement tournant est donc la condition indispensable de la victoire. Il ne s'agit pas d'un mouvement d'aile plus ou moins adroitement exécuté e': caressant, pour ainsi dire, l'armée ennemie : il s'agit du round brutal dans les côtes qui lui fait perdre à la fois l'équilibre et le souffle ; l'armée battue ne doit plus respirer après ce coup.
La doctrine de Schlieffen multiplie la puissance des mouvements d'aile en les assénant de deux côtés à la fois et en les faisant converger l'un vers l'autre. Uni raison de plus pour que la manœuvre soit achevée, complète, sans repentir et sans bavure. L'enveloppement de l'armée ennemie est la condition de r « étreinte » et de 1' « écrasement t>. Les armées allemandes de droite sont parties pour accomplir cette besogne audacieuse et brutale.
Et c'est pourquoi on a donné à ces armées à la fois le ])oids et la souplesse par la masse des effectifs et leur incomparable organisation : tout ce qu'une savante préparation et une longue sélection peuvent obtenir comme entraînement et comme choix, elles
l'ont : le meilleur personnel, le meilleur matériel, les soldats, les cheis.
Ce sont ces troupes incomparables dont l'apparition en Belgique causa, à la fois, l'éblouissement et la stupeur : ordre, discipline, éclat, splendeur. Cuivres astiqués, buffleteries fraîches, uniformes neufs, troupes de couverture s' abattant sur le pays comme des nuées de sauterelles ; gros se mouvant en rangs serrés avec le maximum d'accélération ; automobiles, bicyclettes, canons, obusiers, mitrailleuses, cuisines roulantes, hommes et machines, foules militaires roulant leurs flots pressés toujours, toujours. Musiques, tambours et fifres, sonnant, tapant et sifflant, voix rauque du commandement, pas de parade martelant le pavé des villes : peuple casqué, tribus en armes se précipitant à la mort, — machine prodigieuse comme le monde n'en avait jamais vu et n'en reverra jamais !