DE LA CRÉATURE PRIMITIVE
comme des créations successives réalisées par la collaboration de Dieu et de la créature, comme des réponses du Dieu Sauveur aux faibles prières de sa créature déchue.
Ai-je besoin de faire remarquer que non seulement le panthéisme et le pessimisme, mais aussi la doctrine de l'évolution peuvent subsister et se déployer à l'aise dans une conception du monde beaucoup plus vaste et plus riche, qui ne songe pas à les contredire, et qui les surmonte en les absorbant? Elle enricliit même l'évolutionisme proprement dit, car l'évolution y trouve une raison d'être, un point de départ et un but.
Gomment s'accomplit l'œuvre de la Restauration ? G'est^ l'évolution entière de l'univers. Le champ qui s'ouvre devant nous est immense et nous ne pouvons pas le parcourir tout entier. « La philosophie de la nature, dit Secrétan, celle de l'histoire, trouvent ici leur place. » Il faudrait passer en revue toutes les sciences qui forment le domaine de la philosophie naturelle. L'astronomie nous dirait dans de vastes hypo-
L IMVEKSKLLK EVOLUTION
thèses, comme celles de Newton et de Laplace, quelle fut la l'ormatioii des astres, et quelle est encore aujourd'hui leur universelle gravitation, les uns autour des autres. La géologie nous dirait quelle tut la formation de la Terre ; la minéralogie, la paléontologie, l'embryogénie, toute la biologie végétale et animale, nous raconteraient l'apparition des premiers minéraux, des premiers êtres vivants, la lente formation des tissus, des organes, de toutes les manifestations de la vie, jusqu'à cette merveille, si patiemment étudiée et si mal connue, qui est le cerveau de l'homme.
Au début de la Restauration, la Créature n'est presque plus rien : elle est si peu de chose qu'on ne sait plus quel nom lui donner. C'est pourtant de là que vont sortir d'abord la matière inorganique, puis la matière vivante, enfin l'esprit de l'homme.
Dieu ne veut pas transformer la Créature, la rendre bonne et heureuse malgré elle : une telle façon de procéder n'aurait rien de moral. Dans la création primitive, la grâce divine se manifestait surtout par le don de la liberté ; de même à chaque phase de la Restauration
LA CHKATUIIE SOUIMKË "jl
elle est le don d'ime iiherlé nouvelle ou pour mieux dire d'une nouvelle possibilité, d'un nouveau germe de liberté. La Créature, depuis la nébuleuse jusqu'à l'humanité, aspire toujours plus à un état où elle pourra retrouver sa liberté, au moins d'une manière partielle et fragmentaire, avant de la retrouver tout entière. La puissance restauratrice, ne pouvant rendre d'emblée à la Créature sa liberté, lui rend un minimum d'être et de conscience qui suffit sinon pour agir, du moins pour désirer, pour soupirer. La Créature soupire. Après quoi soupire-t-elle? Elle soupire parce qu'elle souffre ; elle soupire et elle est impuissante, parce (ju'elle souffre de la chute. Elle désire être délivrée de la souffrance, elle désire retrouver ce qu'elle sent obscurément qu'elle a perdu, elle désire... mais quand on ne fait que désirer, et qu'on est dans une condition misérable, cela ne sert pas k grand'chose. A ces désirs impuissants, à ces prières muettes, Dieu va répondre.
La ('réature ne peut pas être restaurée d'un coup, subitement : ce serait une Restauration