‹ L'enjoleuseChapitre 20 sur 111 · JACQUES, ARMAND · texte numérisé non relu

JACQUES, ARMAND

JACQUES (à la cantonade.)

À tout à l'heure, mademoiselle. . . (allant à Armand) Eh bien, monsieur Grandier, de quoi s'agit-il ?

ARMAND (bas, mais avec violence).

Docteur Reynaud, je n'ai que quelques minutes pour vous dire tout un monde de choses. . .Car vous avez deviné, n'est-ce pas, que ma malade n'était qu'un prétexte, et mon désir de vous consulter qu’une plaisanterie. . . Je voulais

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tout simplement éloigner Aline, et puisque J'y ai réussi, allons au fait tout de suite... Je sais que vous aimez Aline et qu'elle vous aime...C'est stupide, évidemment, mais

c'est ainsi...

JACQUES (décontenancé.)

Monsieur !

ARMAND

Attendez. . . C'est stupide, je le répète, et je vous défends—vous entendez ?...je vous défends de songer à épouser ma soeur...Oh ! je sais que mon père—gagné par vous par je ne sais quels moyens—est prêt à vous accueillir ; mais moi je ne veux pas...je ne permettrai pas pareille folie, et si vous passez outre à ma défense, sachez que je saurai vous en faire repentir. . .cruellement repentir. .

JACQUES (reprenant pied.)

Ah bah !

ARMAND

Tenez. ..j'ai pitié de vous...Je vais vous faire une confdence qui ne manquera po'nt de vous rendre à votre monde...à vos paysans. ..Savez-vous bien sur qui vous osez lever les yeux, docteur ? Sur Aline Grandier, la fille du maître fermier Grandier ? Pas du tout ! C’est sur Aline de Grandier, mons'eur, fille unique d'un des plus nobles gentilshommes de France !...Voilà une surprise, n'est-ce pas ? De plus, elle est fiancée, vous savez, ma soeur Aline .… - Elle est fiancée à Marcel d’Ebpirieu, qui l'attend en France, où elle doit retourner, un homme de son monde et de sa position. . .

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10 DEVOTION bomemmmenmnen.— ten e en eue us eu en me

JACQUES (après un moment d'émotion intense. ) Ah !...Eh b.en ? avez-vous fini ?

ARMAND (hautain.)

Peut-être.

JACQUES (avançant.)

Eh bien, en ce cas, c'est à mon tour de parler : écou-

ARMAND (5e dirigeant vers la porte de gauche.)

Moi, vous écouter ? Pour qui me prenez-vous ? Pour un de vos habitants ? Mais le voudrai-je que je ne vous comprendrais pas, sans doute...

JACQUES (avec une colère froide.)

Et cependant vous allez m'entendre et me comprendre. Armand de Grandier ou Armand Grandier ! (i Île saisit

par le bras.) ARMAND (révolté.)

Ah! ça, mais vous osez ! Lâchez-moi !. . . Lâchezmoi ou... (il fait de vains efforts pour se libérer.)

JACQUES

Je vous ai dit que c'était mon tour de parler, et je le répète. . .Oh ! ne vous agitez pas tant, monsieur le vicomte ... C'est inutile, et c'est même dangereux, croyez-en un médec'n...ÆEnfin ! Voilà longtemps, monsieur, que vous me raillez, que vous bafouez mes compatrotes, que vous vous moquez, et j'attendais avec patience le moment de vous causer un peu...de discuter avec vous de ces sujets qui vous prêtent tant à rire. ..Eh bien, le moment est venu, et

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DEVOTION +7 QG QE

puisque vous m'y invitez, je vais vous dire, une fois pour toutes, ce que je pense de vous, de vos menaces et de votre conduite. . .

ARMAND (étranglé de fureur.)

Lâchez-moi !

JACQUES

Pas tout de suite... Laissez-moi vous dire auparavant que vous parlez comme un goujat si vous êtes vicomte, et que vous me paraissez si dangereux—si dangereux, ma foi— que j'ai bonne envie de vous conduire à vos parents comme cela—colère, impuissant et hideux !...Je ne suis qu'un paysan, moi, c'est vrai, mais je n'ai pas oublié, comme vous, les leçons de politesse que j'ai reçues jadis, et de plus, j'ai ce qui vous manquera t“ujours à vous, monsieur, c'est-à-dire une mentalité saine, un bel amour au coeur et un bon bras. . n'est-ce pas ? Allons ! je vous rends votre liberté. ... (il le lâche) Oh! pas de violence !...Vous n'êtes pas de force, et je serais désolé d'avoir à vous forcer de ne pas faire d'esclandre. . . Vos parents seraient au désespoir si vous l’occasionniez, et cela je ne le veux pas... ( changeant de ton.) Et maintenant, dites, je veux savoir... Vous avez dit vrai tout à l'heure ?...Aline...

ARMAND (arrogant.) S'appelle Aline de Grandier, oui certes...

JACQUES

Et elle est fiancée ?

ARMAND

Oui.

JACQUES (après un silence pénible et gros de souffrance. )

Bien...Je vous demanderais de ne rien dire à vos parents de ce qui s’est passé entre nous ce soir... Voulezvous me promettre cela ?

ARMAND

Je n'ai ren à cacher à ‘mes parents’ comme vous

dites, de ce que je viens de vous dire à vous-même. . .Ma

mère, pas plus que moi, ne consentira jamais à une alliance entre ma soeur et vous...

JACQUES (ferme et digne.)

Il ne s’agit pas de cela. . . Je demande simplement que cette discussion ne s’ébruite point—demeure entre nous... Je ne voudrais pour rien au monde, causer le plus léger souci à votre mère, à votre père. . . Quant à ce qui nous touche particulièrement, nous y reviendrons, monsieur, un jour ou l'autre, et je saurai vous satifaire—me satissaire aussi. . Chut ! Voici quelqu'un !... (affectant de causer avec cordialité.) Ce qui fait, monsieur, que le théâtre moderne, à mon gré, est factice, très alambiqué et fort peu consolant, en somme... (Aline entre.)

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