‹ L'enjoleuseChapitre 27 sur 111 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

GRANDIER, HENIER, 5 ARMAND (à la

fenêtre.

GRANDIER (indiquant un siège, et s'asseyant lui-même.)

Et maintenant, causons, monsieur, si vous le voulez

bien.

HENIER.

Oui, causons d'affaires. (riant) Car je suis un brasseur d'affaires, moi, vous savez. . .style américain. . Il faut que je passe, achète, expèd'e et paye en moins de temps qu'il faut à une femme pour s'acheter un bijou. ..

GRANDIER

Et vous êtes français pourtant, monsieur ?

HENIER.

Canad'en-français, oui, monsieur. Seulement, il n'y a pas loin des Normands aux Américains, et comme je suis de descendance normande, vous comprenez ? Sur ce continent on a beau tenir mordicus à sa nationalité, ses coutu-

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ie ae eue <ens-em-eun nn eu eu au cn en nn nn ie name ns com M en EE mes, ses usages, on se laisse toujours américaniser un peu— surtout dans les affaires—et vous êtes tout surpris de vous découvrir au front, un jour, cette devise atroce mais bien américaine : “Time is money”. (ci Armand se montre à la porte, mais apercevant Hénier, se dissimule et écoute.)

GRANDIER

Et vous achetez beaucoup HENIER.

Tout ce que je peux. J'arcarte blanche de ma compagnie, et j'ai toujours avec mai, là, dans cette valise, tout l'argent qu'il faut pour cela.

GRANDIER

On m'a dit...Des notes, des bons, des chèques sans

doute ?

Pas du tout ! Nos paysans n'aiment guère les chèques, les billets, les bons. 11 leur faut de bons billets de banque, des écus, des pièces trébuchantes et sonnantes..."d'la belle argent” comme ils disent, et de cet argent (riant) j'en suis bien pourvu...

GRANDIER

Et vous voyagez ainsi à travers le pays, seul, une grosse somme en votre possession ? Ce n'est guère prudent pour...

HENIER.

Pour un brasseur d’affaires, n'est-ce pas ? Bah ! Voilà dix ans que je fais voyages sur voyages à travers le

DEVOTION 61 à

pays, et jamais je n'ai été inquiété... Nous n'avons pas

‘apaches au Canada—au mo.ns dans nos vieilles campagnes—et d'ailleurs, j'ai tout ce qu'il me faut pour me défendre avec efficacité. . . Au fait ! Que pouvez-vous me vendre ? (Armand disparut.)

GRANDIER

Cent tonnes de four:age, mille minots d'avoine, autant de blé et d'orge

HEMIER.

Le foin coupé, séché, rentré ?

Oui, à part une partie que je me réserve. Mil ou trèfle ?

GRANDIER

Mil pur.

HENIER.

Bien. Et l’avoine, le blé et l'orge ? Encore sur pied naturellement ?

GRANDIER

Puisque nous ne sommes encore qu'en juillet. Mais on m'a d't que vous achetiez les moissons sur pied aussi bien

que coupées.

HENIER.

Et l’on vous a dit vrai. Et les apparences de ces moissons ?

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GRANDIER. ; Très bonnes. Revenez demain et je vous ferai voir. HENIER.

J'ai foi en votre parole. Mais comme il faut être pratique, je reviendrai, en effet, demain... (il regarde à sa monire) Neuf heures ! I] faut que je retuurne à l'hôtel

où ‘un autre client m’attend.. . Allons ! bonsoir M. Grandier. .. A demain.

GRANDIER (le suivant. )

Vous avez beau dire, monsieur, il me semble que vous vous exposez à de graves dangers en traversant, comme vous allez le faire ce soir, deux milles de forêts avec de pareilles valeurs avec vous. . . Voulez-vous que j'aille...

HENIER.

Je vous remercie, monsieur Grandier. J'ai fait ce voyage plus de cinquante fois sans qu'il me soit rien arrivé de malheureux, et je n’ai aucune inqu'étude. Le pays est sûr, comme je vous le disais tout à l'heure et d'ailleurs je suis bien armé. ..Encore une fois, bonsoir, monsieur, (il

sort.) GRANDIER (le reconduisant. ) À demain, monsieur. ( appelant) Allons ! tu peux venir, Aline !

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