‹ L'ennemi! l'ennemi! [microforme]Chapitre 1 sur 10 · L'ennemi! l'ennemi! [microforme] · texte numérisé non relu

L'ennemi! l'ennemi! [microforme]

Le huit de Novembre 1861, il se jouait un drame sério-comique, qui avait pour mise en scène, l'Océan Atlantique, et pour acteurs, une frégate américaine de quinze canons, et un faible paquebôt anglais.

Le capitaine Wilkes, de la marine militaire des Etats du Nord, abordant le Trent, navire appartenant à une compagnie de la Havane, et portant les malles anglaises, violait le respect dû à la neutralité, en arrachant du bord de ce steamer, les ambassadeurs d’une puissance ennemie, qui étaient venus se placer sons la protection de la Grande Bretagne.

Cet acte demeurant sans réparation, le drapéau anglo-saxon restait à jamais flétri.

L’Angleterre ne pouvait done pas laisser passer cet affront fait au droit des gens, sans forfaire à son honneur. Le vieux courage britannique se réveilla, et toute émue de cet outrage fait À son pavillon, la Cour de Saint-James dépècha à Lord Lyons un envoyé, qui nouveau Fabius, portait dans les plis de son manteau, la paix ou la guerre. Mais Washington n’était pas Carthage ; et loin de laisser au diplomate anglais le

us VE

choix des alternatives, le Cabinet américain eut le triste courage"”de répudier un acte, qui avait été sanctionné par la nation tonte entière, dans la personne de son Congrès, ct Le se rendre à la demande de l’insulté, qui exigceait la restitution immédiate des ambassadeurs volés.

Le pan du manteau s'ouvrit donc; la paix s’en échappa ; mais la paix...... enveloppée du ridicule ! L’aigle américain, naguère si altier, avait honteusement courbé la tête, sous l’étreinte puissante du lion britannique.

La paix!...... oui, nous avions la paix! Que de rèves d’or, que d'illusions détruites dans ce seul mot ! La jeunesse canadienne, avait senti se réveiller en elle l'enthousiasme et l’élan qui avaient caractérisé ses pères, à l'instant suprème. Comme eux, elle brüûlait du désir de voler au combat: comme eux, elle avait l'amour de la gloire, cette lave ardente qui coule dans les veines du jeune homme: comme eux, elle serait morte pour défendre l’honneur national outragé : comme eux enfin, elle aurait voulu garder la lutte, ct léguer la paix à ses neveux: elle en avait le droit, elle en aurait eu le courage.

Mais la Providence en avait décreté autrement pour le présent ; il fallut se résoudre.

Quand on envisage froidement la question suivante : ‘ La guerre se déclarant avant l’arrivée des transports

‘ expédiés d'Angleterre, aurions-nous eu l'avantage ? ” on 8e trouve tout surpris de se répondre : “ Non. ”

Ce non, n’est-il pas assez fort pour jeter de l’eau froide sur l’enthousiaste le plus exalté ? Je le vois déjà me poser un ‘ pourquoi ? ” énergique.

Je me suis appliqué à démontrer dans les pages suivantes, la vérité de la solution donnée à cette demande. Mais en combattant le mal, j'ai voulu aussi en donner le remède. Je ne réclame pas pour lui l’'infaillibilité ; non, loin de moi cette pensée. J’ai cru que c'était le seul cautère applicable à la plaie sociale qui aurait pu devenir fatale, lors de la crise que nous venons de traverser. Si quelqu'un de mes compatriotes connaît quelque chose de plus efficace, aw’il se présente hardiment. Au jour du danger, la timidité doit disparaître devant la nécessité.

Mais avant d’entrer en matière, je réclame franchement l’indulgence de mes lecteurs. Je ne suis qu’un soldat : j’ai traité la question comme tel, et le soldat, on le sait, manie plus souvent son sabre que sa plume.

Pour présenter un résumé court et précis des opinions que j’émets dans cette brochure ; je m’en vais les récapituler brièvement, suivant l’ordre qu’elles seront traitées :

1°. La milice sédentaire et la force active, telles qu'organisées par la loi de milice, sont fautives dans

leur ensemble. Par conséquent, elles feront défaut à l'heure du danger.

29. Moyens de remédier promptement à ce grand vice de notre constitution militaire.

.… Oe 18 janvier 1862.

Sentinelle! Prenez garde à vous !

cet M4 o—

La milice sédentaire et la force active, telles qu’organisés par la loi de milice, sont fautives dans .leur ensemble. Par conséquent, elles feront défaut à l’heure du danger.

C'est un fait incontestable, que lorsqu'une colonie doit à sa position géographique, la menace continuelle d’une invasion étrangère, elle doit avoir une force armée, composée des enfants du sol, capable de la défendre à l’instant suprème. (Cette vérité acquiert encore plus de consistance, lorsque la puissance voisine de cette colonie, laisse en toute occasion, percer le désir irrésistible, qu’elle a de s’en rendre maitre.

Ce principe n’est il pas applicable aux Canadas ?

Depuis cent ans, il est vrai, nous avons entièrement dépendu de l'Angleterre. Mais alors nous n’étions encore qu’au berçeau. Tant que l'enfant a été faible, il a fallu le soutenir: aujourd'hui qu’il est grand et

mac LOF es

fort, ne peut il pas marcher sans appui ? D'ailleurs, demain nous serons assez nombreux, pour pouvoir nous asseoir avec honneur, au banquet des nations ; mais pour cela, il nous faut du courage, de l'énergie, de la patience, et pardessus tout, la certitude que Dicu ne nous a pas semé sur la terre, comme un grain de sable au milieu du désert, mais que nous avors été destinés par lui, à quelque chose de grand ct de digne ; par conséquent, foi en l'avenir.

Mais comment aurons-nous la foi en l’avenir, lorsque tous les jours, nous voyons planer au-dessus de nos têtes, l’aigle audacieux de Washington î

Nous avons, il est vrai, des institutions magnifiques, des lois renomméces par leur justesse et leur équité, des canaux immenses, des villes considérables, des monuments devant lesquels, les sept merveilles du monde viennent s’incliner en silence ; mais comment défendre ces institutions, ces lois, ces villes sans armée ? Dirons-nous au Président des Etats du Nc d: “ Attendez l’arrivée des transports anglais?” ou t en remettrons-nou: la défense de nos fovers, à la mi ‘ce canadienne, telle qu’organisée par la loi 4

Non: car cc serait courir à une perte certaine.

Page 1