II. Contre l'existence même du Christianisme
Dans sa campagne contre les idées chrétiennes, Satan s'est incarné dans les hérétiques de tous les pays et a essayé de corrompre et d'altérer le corps de doctrine qui forme l'enseignement de la divine Révélation.
Dans sa campagne contre l'existence même du christianisme, Satan, qui avait persécuté ouvertement les chrétiens et propagé ostensiblement les hérésies, s'incarna dans une collectivité d'hommes, dans une Compagnie de Satan dont il entoura les agissements du secret le plus absolu.
Pour mieux donner le change sur les secrets desseins de cette « Compagnie de Satan » (dans cette troisième et dernière campagne contre Dieu incarné qu'il veut rendre décisive) Satan attribua à cette ligue le nom de Franc-Maçonnerie et dissimula ses aspirations sous les emblèmes de la construction, en usage chez les ouvriers maçons.
Pour vaincre l'armée du Grand Crucifié (l'Église où le Christ s'est incarné) les hordes sauvages du Grand Révolté (la Franc-Maçonnerie, immense et puissante association de tous les hérétiques et de tous les persécuteurs de la religion chrétienne qui existent actuellement dans le monde entier, la Franc-Maçonnerie, incarnation de Satan et la dernière des hérésies parce qu'elle reproduit, résume et complète toutes les autres) luttent de toute leur puissance dans un suprême effort.
En France, où la Franc-Maçonnerie, planta pour la première fois son drapeau le i3 octobre 172 1 par la fondation à Dunkerque de la Loge « Amitié et Fraternité », les campagnes Franc-Maçonniques prirent un rapide essor.
Depuis i865 jusqu'à 1878, le Frère yl. Jotiaust, membre du Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France, ami intime du Frère Thévenot, Grand Secrétaire du Grand Orient de France, et un des Francs-Maçons les plus érudits de France, car il a eu à son entière disposition les documents les plus intimes et les archives les plus secrètes de l'Ordre, a publié trois ouvrages, qui ont pris rang parmi les plus sérieux et qui font foi parmi les plus officiels, sur la Franc-Maçonnerie en France.
Ce sont :
Histoire du Grand Orient de France. — Rennes,
Histoire de la Franc-Maçonnerie. — Paris, 1877.
Tableau historique de la Franc- Maçonnerie en France. — Paris, 1878.
Nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que d'opérer de larges emprunts à ces trois ouvrages pour bien mettre en lumière les causes Francs-Maçonniques qui ont produit, dans l'histoire de France, les effets que nous aurons à étudier pour bien exposer les « campagnes » de la Franc-Maçonnerie en France.
a La première Loge maçonnique en France fut constituée, le 1 3 octobre 1 721, à Dunkerque, par lord Mo;2taigu, Grand-Maître de la Grande Loge d'Angleterre, sous le titre : Amitié et Fraternité. »
« La seconde fut fondée à Paris, en 1725, par lord Derwent-Water, sluartiste écossais, condamné^ à mort en Angleterre et exilé à la suite de Jacques-Edouard Stuart(le Chevalier de Saint-Georges), le Chevalier Maskeline, le Squire Heguerty et quelques autres Anglais réfugiés en France. Suivant l'usage des Loges anglaises, elle tenait ses travaux chez un traiteur, nommé Hure, sujet anglais, rue des Boucheries, faubourg Saint- Germain. Elle n'avait aucun lien avec la Grande-Loge
d'Angleterre; lord Montaigu n'aurait pas accordé de lettres de constitution à des conspirateurs stuartistes. »
« Une troisième Loge, dont le nom est demeuré inconnu, fut créé en 1726 à Paris, par un lapidaire anglais du nom de Goustaud ou Goustan. »
« En 1729, la Grande Loge d'Angleterre constitua de nouvelles Loges à Paris, sous les titres des Arts Sainte- Marguerite, A Saint-Martin, A Saint-Pierre et Saint- Paul, A Saint-Thomas du louis d'argent. Les constitutions de cette dernière sont au nom du Frère Lebreton, traiteur. )>
« Lord Derwentwater, qui est toujours présenté comme le premier Grand-Maître de la Maçonnerie française, n'en porta jamais le titre et n'en exerça jamais les fonctions effectives. On le regardait comme Grand- Maître, dit le Mémoire historique du Frère de Lalande, publié dans l'État du Grand Orient pour 1776. Il retourna en Angleterre en 1735 ou 1736, et il y paya de sa tête son dévouement à la cause des Stuarts ; il fut décapité à Londres, le 19 décembre 1746. »
« Suivant le même Mémoire historique, les quatre Loges qui existaient à Paris en 1736, lui donnèrent pour successeur régulièrement élu lord d'Harnouester » (i).
« Lord d'Harnouester quitta la France en 1738 ; avant son départ, il assembla les Loges, qui choisirent pour Grand-Maître le duc d'Antin » (2).
« Cette même année (4 des calendes de mai 1738), fut lancée contre la Maçonnerie la première bulle d'excommunication, par Clément XII. Malgré cette sentence, un auteur qui écrivait en 1748, cite une lettre d'un ecclésiastique de Paris à un curé du diocèse de Langres, où on lit que : « la Maçonnerie ne laisse pas de faire des progrès, de se répandre dans les provinces, et d'attirer à elle des personnes de tout état, des prêtres et même des religieux. »
fi) Tableau historique de la Franc-Maçonnerie en France, page 3o.
(2) Histoire du Grand'Orient, page 66.
VI C'est ainsi que, plus tard, en 1790, le cardinal Chiaramonti (devenu pape sous le nom de Fie VII) écrivait à Pie VI que l'on soupçonnait plusieurs cardinaux d'être initiés à la secte des Francs-Maçons. »
« Le duc d'Antin mourut en 1743; il eut pour successeur Louis de Bourbon, comte de Clermont, prince du sang. Cette élection fut faite, le 11 décembre 1743, par seize maîtres de Loges de Paris. Quelques voix s'étaient portées sur le prince de Conti et sur le maréchal de Saxe. Cette élection fut notifiée aux Loges des provinces et acceptée par elles. D'après le Secret des maçons (1742), il y aurait eu alors 22 Loges. Il faut croire qu'elles n'étaient pas toutes regardées comme régulières, sans quoi elles eussent toutes pris part à l'élection du Grand-Maître. »
« Cette même année (1743), il est parlé pour la première fois d'une Grande Loge qui obtient de la Grande Loge d'Angleterre, dit-on, le litre de Grande Loge anglaise de France. »
« Malgré la nomination du comte de Clermont, la Maçonnerie était poursuivie par les rigueurs de la police. En 1744, le Chatelet de Paris faisait défense aux Maçons de se réunir, et à tout propriétaire de les recevoir, sous peine d'une amende de 3ooo livres. En 1745, un Commissaire de police dispersa une Loge assemblée à l'hôtel de Soissons, et en saisit le mobilier; le traiteur Leroy fut condamné à l'amende indiquée. »
« Mais en même temps, en 1745, une Loge s'établit à Paris sous le titre de Loge de la chambre du roi. Elle était composée des officiers attachés au personnel de S. M. comme Valets de Chambre, Pages, Gardes du Corps, Officiers aux Gardes, etc. On remarquait parmi les membres un Aumônier du roi, plusieurs Capucins (i). »
« En 1756, la Grande Loge déclara qu'elle s'appellerait Grande Loge de France et cesserait de prendre le titre d'Anglaise. »
(1) Précis historique, tomt I, page 34.
« Le Comte de Clermont s'occupa fort peu de ses fonctions de Grand Maître. Il délégua ses pouvoirs à un « Député » (Deputy, le Grand Maître adjoint, en anglais), le banquier Baur, qui manifesta la même négligence. »
« Ce qui est vrai, c'est que des choix malheureux paraissent avoir été le fruit de la négligence des chefs de la Grande Loge. Des constitutions furent accordées avec peu de discernement ; l'élément aristocratique des Loges se vit menacé d'être débordé par une invasion de gens d'une position sociale inférieure. Cependant il était encore le plus fort, car, en 1 761, il réussit, à la majorité de 3o voix contre 1 3, à faire expulserde la Grande Loge ceux qu'il considérait comme des intrus. »
« Le parti vainqueur ne jugea pas l'épuration assez complète, et aux élections de 1765, il ressaisit tous les offices de la Grande Loge, malgré les protestations des évincés et de leurs partisans. Ceux-ci publièrent un libelle contre les officiers nouvellement élus. Invités à se rétracter s'ils ne voulaient être exclus de la Grande Loge, la plupart se soumirent; une douzaine résistèrent et furent bannis par décrets des 1 1 juillet et 21 décembre 1765, 5 avril et 14 mai 1766. »
<( Le bruit de ces dissensions intestines parvint aux oreilles de M. de Sartines, et en l'absence de la protection du Grand Maître, qui eût même peut-être été inefficace, l'autorité ordonna à la GrandeLoge de cesser ses travaux (i) ».
« En 1770, d'anciens membres de la Grande Loge essayèrent de se réunir ; une partie des officiers s'était même accordée pour participer à ce réveil. Le duc de Luxembourg, maçon zélé, et l'un des plus puissants seigneurs de la cour de Louis XV, avait formé le dessein de relever la Grande Loge et de lui donner pour chef le Duc de Chartres, fils du duc d'Orléans. Sur les derniers temps de la vie du comte de Clermont, il s'était fait nommer administrateur général^ avec mission d'initier,
(1) Histoire du Grand Orient, page
— Sale Duc de Chartres, et ce prince avait promis d'accepter la Grande Maîtrise de l'Ordre (i). »
A la mort du Comte de Clermont, le terrain était donc admirablement préparé pour une reprise de travaux. La Grande Loge se réunit sous la présidence du doyen de ses maîtres, le Frère de Puisseux, architecte du roi, Vénérable de la Loge des A?'ts Sai?îte- Marguerite, assistés des Frères Léveillé et Lelorrain, les plus anciens maîtres après lui. »
« Les membres bannis se présentèrent pour se plaindre des décrets et en demander la révocation. Ils apportèrent une Justification de leur conduite ; la Grande Loge accepta leurs explications, révoqua et annula les décrets de bannissement, et tous échangèrent le baiser de paix (2).
« Alors, au nom des frères qui venaient de rentrer en grâce, le Frère Duret, l'un d'eux, annonça à la Grande Loge l'acceptation de la Grande-Maîtrise par le duc de Chartres, et le proposa pour cette dignité à l'élection de la Grande Loge. L'assemblée se sépara, en ajournant l'élection au 24 juin, jour où elle eut lieu à l'unanimité, pour le Duc de Chartres comme pour le Duc de Luxembourg, en qualité de Substitut général. Une députation fut chargée d'aller porter au Duc de Chartres le résultat du vote et de le prier d'accepter le titre de Grand Maître et Protecteur de toutes les Loges de France (3). »
« Au début même de la Grande Maîtrise du Duc de Chartres, se place un acte destiné à changer les rapports de la Grande Loge avec toute la Maçonnerie, si confuse alors, répandue en France, si cet acte avait pu s'accomplir jusqu'au bout suivant les prévisions de ceux qui en furent les promoteurs. »
« Il s'agissait d'unir la Grande Loge avec un corps maçonnique à hauts grades, dont un grand nombre de
(1) Histoire de la Franc-Maçonnerie, page 36.
(2) Tableaux historique de la Franc- Maçonnerie en France, page 37.
(3) Histoire du Grand Orient, page 107.
Vénérables de Paris (membres nés de la Grande Loge) faisaient partie, le Souverain Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident, et de régir la Maçonnerie française à tous les degrés possibles, par un centre unique, réunissant tous les grades connus, et sous une seule Grande Maîtrise. »
« Lorsque le Duc de Chartres eut accepté la Grande Maîtrise de la Grande Loge, le Duc de Luxembourg, partisan de la fusion des deux corps, lui fit accepter aussi la Grande Maîtrise du Souverain Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident, le 5 avril 1772, et lui fit signer cette acceptation, qu'il notifia à toutes les Loges de France par une circulaire du i^'' mai 1772. »
« Ce premier pas accompli, il était facile d'arriver à vaincre toutes les résistances et d'opérer la fusion si longtemps poursuivie. Elle fut décidée par une délibération séparée des deux corps, celle du Souverain Conseil à la date du 26 juillet, celle de la Grande Loge à la date du 9 août 1772. »
« Cette réunion fut portée à la connaissance des Loges de la correspondance par une circulaire du 17 septembre f772 (i). »
« Dans cette circulaire, la Grande Loge annonce une mesure dont la nécessité était imposée par la fusion qui venait de s'opérer : « Elle se propose, apt^ès quelle aura » réglé la forme de son administration, d'examiner tous » les grades, de rétablir ceux qui auront souffert quelques » changements, et de placer chacun dans le rang qu'il » doit avoir. » C'était annoncer une réforme complète dans l'administration et les rituels. »
« L'installation du Duc de Chartres, comme Grand Maître, devait avoir lieu dans le mois de mars 1773 et l'on avait invité à cet effet les Loges de province à envoyer leurs Vénérables à Paris, ou à s'y faire représenter par des mandataires. Le Duc de Luxembourg, profita de la présence d'un si grand nombre de maçons
(1) Tableau historique de la Franc-Maçonnerie en France, page 37.
des Provinces pour leur faire adopter son plan de réforme, qui était alors tout préparé. »
« Le 9 mars, les maîtres des Provinces se réunissent aux maçons de Paris, sous la présidence du duc de Luxembourg et proclament « le seul et unique tribunal de l'Ordre », sous le titre définitif de Grande Loge Nationale de France, à laquelle se réunit à ce moment la plénitude des pouvoirs maçonniques. »
(( Une scission s'opéra bientôt cependant, causée par la suppression du privilège de l'inamovibilité accordée jusque-là à certains Vénérables. Le sacrifice ne fut pas accepté par tous ceux qu'on voulait atteindre et les mécontents s'en furent fonder le Grand Orient. »
« Le Franc-Maçon le plus actif de cette époque, fut le Duc de Luxernbourg, que l'on retrouve encore en 1788, de nouveau nommé Administrateur Général. Le Duc de Chartres, comme nous l'avons déjà dit, eut beaucoup de peine à se laisser persuader d'accepter le poste de Grand Maître, ayant été à ce sujet l'objet de railleries de la part de jeunes Seigneurs de la Cour ; son installation comme Grand Maître n'eut lieu que le 22 octobre 1773 et il ne présida les travaux du Grand Orient, pour la première fois, que le 2 juillet 1776. »
« Il se laissa fêter comme Grand Maître dans diverses circonstances, mais il délégua ses fonctions à un secrétaire de ses commandements pour les arfaires maçonniques, et resta indifférent à toutes les réunions du couvent des Philalèthes, qui ont eu lieu à Paris en 1783. Ce couvent a été, bien à tort, considéré comme un grand conciliabule de la démagogie européenne, préparé en vue de la Révolution de 1789 (i). »
« A l'approche de la Révolution, une sorte de langueur pèse sur les travaux maçonniques. Plus les événements marchent, plus les travaux maçonniques sont en souffrance. Beaucoup de Francs-Maçons étaient des hommes de théorie plutôt que de pratique ; peu d'entre eux avaient non pas prévu, mais même pressenti les entraîne-
(1) Histoire de la Franc-Maçonnerie, page 71.
ments logiques et fatals de la Révolution ; un grand nombre s'arrêtèrent en chemin et payèrent de leur tête ce temps d'arrêt. »
« Le Grand Orient lui-même faillit sombrer dans la tempête révolutionnaire. Ses archives furent dispersées; son Grand Maître l'avait renié par une lettre, aussi vile que lâche, adressée au Journal de Paris; le parjure avait été dégradé dans une dernière séance (3 mai 1793) où l'épée de la Grande Maîtrise fut brisée. Philippetgalité fut exécuté, le 6 novembre de la même année ; le Duc de Luxembourg était mort; la plupart des anciens dignitaires du Grand Orient avaient péri, étaient en prison ou en fuite. »
« Cependant, au plus fort de la Terreur, trois Loges de Paris n'avaient pas cessé de se réunir : C'étaient Les Amis de la Liberté (devenus depuis Le Point Parjait, La Martinique des Jrères réunies et Le Centre des Amis (i). »
« En i7q3, elles cherchèrent à rassembler les débris du Grand Orient, et, après une première tentative inutile, elles songeaient à reconstituer une autorité centrale, lorsqu'elles apprirent que les Frères Roéttiers de Monlaleau, ancien président d'une des chambres du Grand Orient, Mercadier et Dubois de Saint-Léonard, aidés de quelques autres maçons zélés, renouaient la correspondance de l'ancien Sénat maçonnique. »
« Le réveil fut lent, car, en 1796, le Grand Orient ne possédait encore dans toute la France, que 18 Loges en activité; 3 à Paris, 7 à Rouen, 4 au Havre, 2 à Perpignan, I à Melun, i à La Rochelle. Ce ne fut qu'en 1798 que le Grand Orient se trouva reconstitué. *>
« Presque au même moment, la Grande Loge reprit ses travaux ; mais elle se trouva encore une fois plus oubliée que le Grand Orient, et elle consentit enfin à un traité qui l'absorbait dans le sein de son ancien rival. Après quelques pourparlers, où la question capitale de l'inamovibilité des Maîtres de Loge fut la seule objec-
(1) Histoire du Grand Orient, page 25.
tion sérieuse, la réunion fut opérée, le 22 juin 1799, dans le local où siégeait le Grand Orient ; les maîtres inamovibles disparurent à jamais ; le titre de Grande Loge s'éteignit pour toujours (i). »
« Mais les débris des anciennes puissances écossaises tentaient de leur côté une reprise de travaux que le Grand Orient ne voyait pas sans inquiétude. Elles étaient parvenues à s'entendre sur l'adoption d'un rite uniforme, qu'elles appelaient Rite écossais ancien et accepté en 33 degrés et qui venait d'arriver d'Amérique, elles avaient constitué une Grande Loge centrale écossaise, opposant leur unité à l'unité qui avait toujours fait la force du Grand Orient. »
« Le Frère Roëttiers de Montaleau, qui dirigeait à cette époque le Grand Orient, sous le titre de Grand Vénérable (n'ayant pas voulu par modestie accepter le titre de Grand Maître), fut alarmé de cette résurrection de l'Écossisme. Il s'aboucha avec le comte de Grasse- Tilly, le frère Pyron, secrétaire de la Grande Loge, le frère Abraham, homme de lettres très intrigant, qui étaient l'âme de ce pouvoir rival. »
« La situation pécuniaire de la Grande Loge centrale n'était pas à la hauteur de ses prétentions ; elle était déjà endettée ; le frère de Grasse avait des dettes personnelles ; le fière Abraham était un homme vénal. Le Grand Orient paya les dettes de la Grande Loge écossaise et du frère de Grasse; il fit une pension viagère de 800 francs au frère Abraham ; et il proposa, en retour, l'annexion de la Grande Loge centrale au Grand Orient, qui mettrait le Rite écossais ancien et accepté au nombre des rites par lui reconnus et pratiqués (2). »
« On intéressa à ce projet le Maréchal Kellermann, l'un des protecteurs de la Grande Loge centrale, et après divers pourparlers, la réunion des deux pouvoirs fut solennellement proclamée en séance du Grand Orient par les chefs des deux rites, le 5 décembre 1804; la
(1) Tableau historique, page 70.
(2) Histoire du Grand Orient, page 3o5.
Grande Loge centrale n'avait duré que quarante-trois jours (du 22 octobre au 5 décembre 1804). Le Souverain ou Suprême Conseil du 33*^ degré devenait le plus haut atelier du Grand Orient et en faisait partie intégrante. »
« Mais, pour parvenir à ce résultat, le Grand Orient avait fait une concession malheureuse au système des hauts grades, il avait reconnu et accepté sans aucun examen la légitimité d'un rite frauduleusement composé, en Amérique et en France, avec les rituels de l'ancienne Maçonnerie des Empereurs d'Orient et d'Occident fi). »
« Du reste, il ne faut pas s'attendre à trouver dans le Grand Orient, sous l'Empire, aucune intelligence du rôle de la Maçonnerie. On v célèbre par des louanges les plus hyperboliques, le héros, le grand vainqueur, le demi-dieu qui fait le bonheur et la gloire de la France. Ce ne sont que festins, cantates, couplets à boire et à aimer, dans ce style fade et faux qui caractérise la littérature française impériale. Les officiers, les magistrats, les fonctionnaires de toutes les administrations envahissent les loges, qui Jamais ne furent si nombreuses, ni si brillamment composées. On a soif d'aristocratie dans les Loges et le Rite écossais ancien et accepté est accueilli avec faveur, parce qu'il prodigue les titres pompeux, les cordons de toutes les couleurs, les bijoux qui ressemblent à des décorations. »
(( Sous la volonté puissante du maître, les rites les plus disparates vivent en paix à côté les uns des autres ; Cambacérès les préside tous avec le même sérieux, le même amour de l'ostentation et au fond avec la même ignorance de ce qu'ils sont (2). »
« Dès i8o5, le Rite écossais ancien et accepté rompit le concordat qu'il avait fait avec le Grand Orient. Alors un compromis singulier assura la paix entre les deux rivaux, grâce à la pression exercée par Cambacérès, qui les présidait l'un et l'autre; il n'y eut plus de grande Loge centrale écossaise, puisque le Grand Orient fut
(1) Histoire de la Franc-Maçonnerie, -p^ge 180.
(2) Tableau historique, page 82.
reconnu légalement investi du droit de conférer les dixhuitpremiers degrés de l'Écossisme. En effet il fut convenu que le Grand Orient qui, en 1786, s'était arrêté au grade de Rose Croix, coté le 18" sur l'échelle des degrés du Rite écossais, exercerait seul la puissance dogmatique et administrative sur les Loges et sur les Chapitres de la Rose Croix et que le Rite écossais lui apppartiendrait jusqu'à ce 18' degré. Au delà, les grades écossais seraient conférés par le Suprême Conseil du 33^ degré. Le suprême Conseil avait aussi dans ses attributions la constitution des Ateliers de degré supérieur à celui de Rose-Croix. »
« Par suite de cette transaction, l'élan maçonnique de l'Empire ne fut pas ralenti. En 1806, le Grand Orient compte 520 Loges, dont 57 à Paris. De ces Loges dépendent 154 chapitres de Rose-Croix, En 1810, les Loges sont au nombre de 878, dont 86 à Paris; il y a 283 chapitres. En 1814, on compte goS Loges, dont 94 à Paris et 814 chapitres, total 1229 ateliers (i). »
« On sent, en lisant l'histoire maçonnique de cette époque trop vantée, que le Grand Orient gouverne les Loges sous la pression du pouvoir. Le gouvernement de la Maçonnerie est toujours, en apparence, entre les mains des députés des Loges et des Chapitres; il est, en réalité, entre les mains des 169 officiers du Grand Orient, qui, par leur nombre même, assurent leur réélection. La généralité des députés s'assemble, il est vrai, deux fois par an, mais c'est pour la célébration des fêtes de l'Ordre, séances d'apparat où il n'est rien fait de sérieux. »
« Aussi, quand les revers accablent l'idole tant de fois encensée, le Grand Orient donne le spectacle de la plus triste palinodie. Le i^^ juillet 18 14, il s'empresse de déclarer déchu delà Grande Maitrise le Prince Joseph Napoléon, qu'il s'était laissé imposer en 1806, et qui, dit-on, n'était même pas maçon; il s'écrie qu'il ne peut rester muet au milieu de l'allégresse générale, des acclamations d'amour et de piété filiale qui ont signalé le
(1) Histoire du Grand Orient, page 33o.
retour du monarque que le Grand Architecte de l'Univers a conservé et rendu à la France (i). »
« Le 24 juin, des orateurs célèbrent à la fête solsticiale la joie qu'éprouve le peuple maçonnique en voyant enfin son Roi légitime entouré de son auguste famille. Il est vrai qu'en 181 5, après le retour de l'île d'Elbe, le Grand Orient réinstalle son ex Grand Maître, et manifeste un grand zèle impérialiste, pour destituer de nouveau le prince Joseph, aussitôt après les cent jours, et donner de nouvelles preuves de son attachement au Roi légitime. »
« Sous la Restauration, la Maçonnerie fut obligée de se montrer humble et petite pour faire oublier qu'elle s'était traînée à deux genoux devant Napoléon. Cependant elle ne fut ni persécutée, ni supprimée, ni même inquiétée. Louis XVIII comme ses deux frères Louis XVI et Charles X, était maçon ; tous les trois avaient fait partie de la Loge des Trois frères, qui siégeait au château même, et dont étaient membres un certain nombre d'officiers de la maison du Roi. Louis XVI II aimait fort peu les prêtres, principaux ennemis de la Franc-Maçonnerie ; et parmi l'entourage, composé mi-partie des anciens serviteurs de la légitimité et des gloires du règne impérial, les Maçons étaient en majorité. Les émigrés n'étaient pas hostiles à la Franc-Maçonnerie, car, le 2 5 septembre 1814, une Loge était créée, du consentement même du Roi, dans la io« compagnie des Gardes du Corps, sous l'obédience du Grand Orient. Louis XVIII, qui était un esprit très voltairien, ne se préocupa du Grand Orient qu'au point de vue de la police et de la surveillance de l'esprit public (2). »
« Le Grand Orient put donc vivre à peu près toléré, en ayant soin de proclamer son attachement pour le nouveau gouvernement, et de prêcher la bienfaisance comme l'unique but de la Maçonnerie, »
« Malgré les difficultés de sa position, le Grand Orient ne perdit pas de vue le but de centralisation et d'unité
(1) Circulaire du 11 mai 1814.
(a) Histoire de la Franc-Maçonnerie, page 91.
qu'il poursuivait constamment depuis sa fondation. Le Suprême Conseil ayant été dispersé par les événements politiques, ceux des membres du Grand Orient qui en faisaient partie, apportèrent à ce dernier leurs titres, leurs dignités, leurs hauts grades, et permirent ainsi au Grand Orient d'installer, en 1 8 14 et 181 5, une chambre du Suprême Conseil des Rites. »
« Dès lors, le Grand Orient se regarda comme légitime possesseur et dispensateur du Rite écossais ancien et accepté; et c'est en vertu de cette réunion, qui date de 181 3, qu'il a continué à conférer à ses maçons la hauts grades de l'Écossisme, malgré tous les efforts des autres membres de l'ancien Suprême Conseil (i). »
« La lutte du Suprême Conseil et du Grand Orient de France n'offre aucun intérêt. »
« Un reproche encouru par la Maçonnerie française sous la Restauration c'est d'avoir conspiré contre les Bourbons et d'avoir servi de lien entre les ennemis du gouvernement. Cette accusation est injuste ; elle repose sur des faits mal appréciés et sur cette tendance des partis vaincus à chercher partout ailleurs que dans leurs fautes les causes de leur chute. La Maçonnerie ne conspira pas ; mais elle fut hostile (et elle ne pouvait manquer de l'être) aux principes qui prévalurent surtout dans les dernières années de la Restauration. A l'exception de quelques Loges dépendant du Suprême Conseil, dirigé alors par le duc Decazes et le duc de Choiseul, le personnel de la Maçonnerie se recruta dans l'opposition libérale; et il est certain qu'une partie de ce personnel était également dans le carbonarisme et dans les autres sociétés secrètes de l'époque. De plus, des conspirateurs surent se servir de la Maçonnerie comme d'un voile; il y avait des Loges où l'on s'exerçait au maniement des armes sous prétexte de travaux maçonniques, et nous connaissons encore des fonctionnaires qui nous ont avoué avoir fait nominalement partie de certaines Loges parisiennes, sans avoir
(1) Tableau historique, page 93.
jamais su, en fait de Maçonnerie, que la charge en douze temps (i). »
« L'élan de la Maçonnerie, dans les premiers Jours qui suivirent la Révolution de r83o, fut remarquable par son enthousiasme. Le Grand Orient et le Suprême Conseil, fraternellement réunis par la joie du triomphe, donnèrent une fête patriotique dans les salons de l'Hôtel de Ville de Paris au général Lafayette. Cette fête était présidée par le duc de Choiseul et le comte de Laborde ; les orateurs en titre étaient Berville et Dupin aîné; on y maria les drapeaux tricolores aux bannières maçonniques ; on y acclama le défilé des maçons blessés en combattant le despotisme ; ce fut, comme le dit le compte rendu officiel, une fête maçonnique et patriotique. Cette manifestation ne fut pas isolée ; dans presque toutes les Loges eurent lieu des fêtes présentant ce double caractère. LeGrandOrient en témoigna sa satisfaction par une circulaire où il déclare que « les événements qui viennent de s'accomplir, » et « qui assurent nos libertés, sont dans l'esprit de nos institutions ». Cette déclaration jette une ombre assez peu favorable sur les protestations de dévouement à la Restauration qu'il répétait sous le règne précédent (2). »
« Bientôt la Maçonnerie fut désertée par les adversaires les plus ardents du nouveau gouvernement, qui cherchèrent dans d'autres associations un centre plus énergique de résistance et d'attaque, de façon que cette institution, privée de tout le prestige dont la lutte contre la Restauration l'avait entourée, vécut d'une vie plus ignorée qu'avant son prétendu triomphe. Elle se replia sur elle-même et se concentra dans le travail intérieur de ses Ateliers, ce qui rend fort peu intéressante cette période de son histoire.
« En i833, le Grand Orient fut obligé de publier une circulaire dirigée contre les tendances politiques de certaines Loges, dont les chefs avaient été poursuivis et
(1) Tableau historique, page gj.
(3) Histoire du Grand Orient, page 428.
emprisonnés. En 1834, lorsque fut promulguée la loi sur les sociétés secrètes, il trembla de voir cesser la tolérance précaire qui était la seule garantie de la vie de ses Loges, et il songea à assurer son existence en demandant au gouvernement la reconnaissance de l'association maçonnique. Mais Bouilly, qui remplissait les fonctions de Grand Orateur, fit repousser cette proposition, qui tendait à mettre la Maçonnerie dans la main du pouvoir (i). »
« Le Grand Orient, malgré les assurances de sécurité qu'il donnait à ses Loges par ses circulaires, était obligé de courber la tête devant la pression d'une police ombrageuse. »
« Le gouvernement augmenta encore ses embarras en faisant à plusieurs Loges de Toulouse et de Paris, l'application de la loi de 1834 sur les sociétés secrètes (2). »
« En 1840, la querelle, périodiquement renouvelée entre le Grand Orient et le Suprême Conseil, éclata de nouveau par suite de l'intolérance du Grand Orient a souffrir que les Maçons de l'obédience du Suprême Conseil fussent reçus dans les Ateliers delà correspondance. »
« Elle aboutit à un traité de paix, en vertu duquel les maçons des deux obédiences purent librement se visiter dans leurs Loges (18 novembre 1841). »
« En 1845, malgré sa prudence excessive, le Grand Orient eut le malheur d'encourir l'inimitié du Ministre de la Guerre, qui invita les chefs de corps à interdire aux militaires la fréquentation des Loges. Le maréchal Soult avait oublié, paraît-il, qu'il avait été, sous l'Empire, l'un des dignitaires du Grand Orient. Celui-ci le lui rappela, en discutant la défense ministérielle et il ne tarda pas à la faire lever (3). ;>
« Le Grand Orient, après avoir rendu quelque vigueur au corps maçonnique, retomba de nouveau dans son apathie et dans sa pusillanimité. »
(i) Histoire de la Franc- Maçonnerie, page 106.
(2) Tableau historique, page 107.
C3) Histoire du Grand Orient, page 484
« Il voulait relever la Maçonnerie « en lui restituant le caractère religieux qui lui est propre. » La commission à\\.Q permanente, discuta un rapport du frère Blanchet sur les moyens de rendre à la Maçonnerie ce caractère. Suivant le rapporteur, il consiste dans la bienfaisance ; et, pour donner aux maçons la facilité de l'exercer, il convient de n'admettre dans l'Ordre que des adeptes favorisés de la fortune, en élevant le prix des initiations (i), »
« C'est au milieu de ces graves préoccupations que la Révolution de 1848 surprit le Grand Orient, ce qui n'empêcha pas ses chefs de saluer avec enthousiasme l'avènement de la République, et de déclarer, comme en i83o, qu'ils reconnaissaient le triomphe des idées maçonniques dans les événements qui venaient de s'accomplir. »
« Les Francs-Maçons, disait le Grand-Maître adjoint le Frère Bertrand, dans son allocution aux Membres du Gouvernement provisoire, » ont porté de tout ternps sur leur bannière ces mo:s : Liberté, Fraternité, Égalité. En les retrouvant sous les drapeaux de la France, ils saluent le triomphe de leurs principes et s'applaudissent de pouvoir dire que la patrie tout entière a reçu par vous la consécration maçonnique!... Quarante mille Maçons répartis dans plus de cinq cents Ateliers, ne formant entre eux qu'un même cœur et un même esprit, vous promettent ici leur concours pour achever heureusement l'œuvre de régénération que vous avez si glorieusement commencée. »
« Le Frère Crémieux, membre du gouvernement provisoire, assisté de ses collègues, les Frères Garnier Pagès-Marrat et Pagnerre, revêtus de leurs insignes maçonniques (2), répondit par quelques paroles inspirées du véritable esprit maçonnique, et en se servant du style pittoresque et imaginé de la langue que l'on parle dans les Loges. On se serait cru au sein d'un temple
(i) Histoire de la Franc-Maçonnerie, page 1 ig. (2) Flocon, Ledru-Rollin et Jules Favre membres du gouvernement provisoire de 1848, appartenaient à la Franc-Maçonnerie.
maçonnique plutôt qu'à l'Hôtel de Ville. Mais, pour le lecteur qui a pu voir plus haut la répétition de la même cérémonie à chaque changement de gouvernement, il est facile de comprendre que l'enthousiasme du Grand- Orient était moins profond que bruyant. »
« Après l'élection présidentielle, la position de la Maçonnerie vis-à-vis du pouvoir civil devient de plus en plus précaire. Les Loges sout suspectées d'avoir recueilli la succession des clubs politiques. Une lettre de M. Baroche, ministre de l'Intérieur, les signale à l'attention du Préfet de police (3o octobre i85o)et déclare qu'il faut assimiler aux sociétés secrètes toutes celles qui ne se rattachent pas au Grand-Orient ou au Suprême Conseil (i). »
« Le Grand-Orient est continuellement hésitant entre le désir de protéger ses Loges et la crainte de se compromettre lui-même par cette protection. En même temps, il constate que son administration intérieure est dans le plus complet désarroi. Avant qu'il pût remédier à cette situation, les événements se précipitèrent. Le lo décembre, il lui fut enjoint par le Préfet de police de suspendre les travaux de tous ses ateliers, jusqu'au 1" janvier i852, et après le coup d'État, il fut grandement question de supprimer la Maçonnerie en France. »
« Que cette crainte fût réelle ou chimérique, elle fut exploitée au Grand-Orient par les partisans d'un pouvoir fort et d'une protection eflficace. Le Conseil s'assura du consentement du Prince Lucien Murât, qui avait été reçu maçon en Amérique, et il le lit nommer Grand- Maître, à l'unanimité de i32 votants, le g janvier i852(2). »
« Le nouveau Grand-Maître s'empara aussitôt du pouvoir de la manière la plus absolue, ne comprenant rien à la Maçonnerie, et voulant la réduire aux proportions d'une institution de bienfaisance. »
« Il acheta un hôtel rue Cadet, il y fit faire des dépenses sans proportions avec les ressources du Grand-Orient;
(i) Histoire du Grand-Orient, page Ssg.
(2) Histoire du Grand-Orient, page 52o.
il s'endetta, frappa les Loges de contributions extraordinaires, mécontenta tous les maçons par les préoccupations exclusivement financières qui étaient devenues la conséquence nécessaire à son administration. »
« En 1860, le Grand-Maître, nommé pour sept années en 1854, était soumis à la réélection A ce moment, il venait de se prononcer au Sénat en faveur du pouvoir temporel du Pape ; et la majorité des Maçons du G-and- Orient pensait que de pareilles idées étaient peu compatibles avec la direction d'une société comme la Maçonnerie. On opposa donc à la réélection du Prince Murât la candidature du Prince Jérôme Napoléon, qui s'était prononcé contre le pouvoir temporel. A ce moment, l'assemblée du Grand-Orient était convoquée pour le 20 mai, et tout annonçait que la reélection souhaitée par le Prince Murât n'aurait pas lieu. 11 essaya de lutter par des mesures de rigueur, et commença par suspendre provisoirement, par un décret du 14 mai, les Maçons que leur altitude d'opposition à ses mesures fiscales, l'année précédente, lui signalait comme pouvant entraîner la future assemblée à voter contre lui. Cette suspension leur interdisait de prendre part aux travaux. En même temps, il publiait un avis, sans signature ni date, dans lequel il signalait une intrigue ourdie pour faire élire son cousin, et annonçait que celui-ci avait opposé le refus le plus formel à toute offre de candidature. »
« La cause de l'absence de date à cet avis, c'est qu'au moment où il était publié, le Prince Napoléon, sollicité par une nouvelle lettre collective des Vénérables de Paris, était revenu sur son premier refus, et que l'on répandait une lettre de lui, contenant une acceptation formelle. »
« Lorsque l'assemblée se réunit le 20 mai, l'animation était grande Les pouvoirs n'étaient point équilibrés dans la Constitution de 1854 ; l'assemblée n'avait aucune garantie de son indépendance ; le Conseil du Grand- Maître n'était que le Grand-Maître en son Conseil, car il ne pouvait ni délibérer ni agir seul, et c'était lui à qui la Constitution attribuait la prérogative de vérifier les pouvoirs des membres de l'assemblée. »
« Celle-ci sentit le danger dont cette vérification illusoire la menaçait ; sur la proposition du Vénérable de la Loge de Paris, Isis Montliyon, le frère Rousselle, elle décida qu'elle vérifierait elle-même les pouvoirs de ses membres en nommant à cet effet une commission, et elle se retira dans ses bureaux pour la nommer. »
(( Les bureaux décidèrent que l'élection aurait lieu dès la prochaine séance, parce qu'il importait de discuter avec la nouvelle Grande-Maîtrise les questions sur lesquelles on ne pouvait espérer de s'entendre avec l'ancienne. Mais, à ce moment, on apprit que les séances venaient d'être suspendues par un décret qui ne permettait plus à l'assemblée que des réunions dans ses bureaux, et qui protestait contre le droit de vérification de pouvoirs, usurpé sur le Grand-Maître en son Conseil. »
« L'élection du Y^vmct Jérôme Napoléon eut alors lieu immédiatement dans les bureaux, et procès-verbal en fut rédigé avec la signature de tous les votants, pour être déposée chez un notaire en cas de besoin ; et il fut convenu que l'on tâcherait de faire revenir le Prince Miirat sur le décret de suspension des séances. »
« Voyant tous les calculs déjoués, le Prince Lucien Murât dénonça l'agitation maçonnique qui venait d'avoir lieu, comme pouvant troubler la tranquillité publique, et il obtint du Préfet de police Boitelle, un arrêté portant interdiction des réunions maçonniques, à l'effet d'élire un Grand-Maître, jusqu'au mois d'octobre. C'est en voyant cet arrêté affiché sur la porte de l'hôrel du Grand-Orient que les membres de l'Assemblée en prirent connaissance le lendemain. Ils se retirèrent pour rédiger une protestion où ils affirment de nouveau l'élection du Prince Napoléon (i). »
« Les délégués de l'Assemblée du Grand Orient avaient été porter au Prince Napoléon une copie certifiée du procès- verbal de son élection, et celui-ci était dès lors considéré comme le seul véritable Grand-Maître, tandis que, de son côté, le Prince Murât prétendait conserver
(i) Tableau historique, page 129.
ses pouvoirs jusqu'au mois d'octobre r86i, époque fixée par lui pour la nouvelle convocation de l'assemblée. L'empereur intervint dans ce conflit en interdisant à ses deux parents toute candidature. Le Prince Napoléon se retira de la lutte par une lettre du 28 mai 1861, oij, en remerciant les Maçons des marques de sympathie qu'il a reçues d'eux, il exprime le désir que son nom ne soit plus mêlé à ces débats. Quant au Prince Murât, il annonça son intention de ne plus s'occuper personnellement des affaires du Grand-Orient. »
« L'on gagna ainsi le mois d'octobre et l'assemblée fut convoquée par un décret du Prince Murât, du 29 septembre, suivi le 3o d'une circulaire où le Prince annonce sa détermination de ne plus se porter comme candidat à la Grande-Maîtrise. De son côté, le Prince Napoléon, sollicité de nouveau de se présenter à l'élection, répondit: « Qu'ayant cru devoir donner sa démission à la suite de l'élection du mois de mai dernier » il priait les députés des Loges Maçonniques françaises de porter leurs suffrages sur un autre candidat. » (5 octobre 1861).
« Le Grand-Maîire ayant donné définitivement sa démission, il y avait lieu de pourvoir à l'intérim. Le Prince iliî/r^/ présenta au Ministre de l'Intérieur (Persigny), une commission composée des Frères Droumet, Grand-Maître adjoint; Janin, Rexès, d'Aragon et Boutée, pour administrer le Grand-Orient sous le nom de Grands Conservateurs. Le Ministre agréa ces choix le 24 octobre ; on se garda bien de lui dire qu'il existait dans l'organisation du Grand-Orient un Conseil du Grand-Maître à qui appartenait de droit en pareille circonstance l'administration. »
« Deux membres de ce Conseil, les Frères de Saint-Jean et Mouton, protestèrent les premiers, et furent bientôt suivis de la majorité de leurs collègues ; le Conseil adressa, le 16 novembre, une circulaire aux Ateliers pour exposer ses justes griefs et déclarer qu'il ne reconnaît pas la légalité de la Commission nommée par un Grand-Maître qui, ayant cessé toutes ses fonctions, ne peut plus les déléguer à personne. »
« Dès lors, il y eut deux administrations en présence, l'une, celle des Grands Conservateurs, siégeant à Thôtel de la rue Cadet, mais dont les Ateliers ne reconnaissaient pas la régularité ; l'autre, se réunissant chez l'un de ses membres, dépourvue de tout moyen matériel d'action, n'ayant pour elle que sa régularité et son droit reconnu. C'était le désordre et l'agitation qui renaissaient, malgré les nombreux expédients employés en mai et en octobre par une police ombrageuse (i). »
« L'Empereur résolut d'y mettre fin en nommant luimême un Grand-Maître. Le ii janvier 1862, parut un décret nommant le Maréchal Magnan Grand-Maître du Grand-Orient de France. »
« Le Maréchal n'était pas maçon quand on lui conféra cette dignité, à laquelle il était loin de s'attendre ; mais on savait à la Cour qu'il avait la main ferme, et l'agitation produite au sein de la Maçonnerie par la révolte des deux princes, avait fait supposer en haut lieu qu'il fallait mener les maçons militairement. »
« Le Maréchal, qui, se voyant nommé Grand-Maître du Grand-Orient de France, s'était imaginé réunir sous son pouvoir toutes les Loges de France, crut devoir s'adresser au Frère Viennet, Grand Commandeur du Suprême Conseil, pour obtenir à l'amiable la réunion des Loges de cette obédience au Grand-Orient ; et n'ayant pu obtenir (comme il était^ facile de le prévoir) l'abdication des droits du chef de l'Écossisme, il adressa aux Ateliers dissidents et à tous les maçons une circulaire datée du 3o avril 1862. Dans cet écrit, le Maréchal se présente comme nommé pour ramener l'unité au sein de la Maçonnerie, et comme décidé à l'obtenir par tous les moyens mis à sa disposition par le Gouvernement, s'il ne peut arriver à son but par la persuasion. »
« Sa circulaire demeura sans résultat, et il lança, le 22 mai suivant, un décret par lequel « les pouvoirs maçonniques connus sous les noms de Suprême Conseil, Misràim, et tous les autres, sous quelque titre que
(1) Histoire de la Franc-Maçonnerie, page i32.
- bq —
ce soir, sont dissous. » Les Ateliers relevant de ces obédiences sont également dissous, s'ils ne font leur soumission avant le lo juin et deviennent « passibles des dispositions de la loi. » S'ils se soumettent, ils garderont leur Rite et n'auront fait que changer de chef. »
«Ce décret, à l'adresse surtout du Frère F/e;2we^, motiva de la part de cet académicien une lettre fort railleuse où il démontra que le Suprême Conseil devait, après comme avant le décret de l'Empereur, conserver son indépendance, et combien l'abus de la force serait odieux en pareil cas. Le Maréchal, qui était plus militaire que maçon, se trouva embarrassé et chercha dans le Grand- Orient un appui à ses projets sur le Suprême Conseil. Il fut carrément désapprouvé par tous les maçons du Grand-Orient qui désiraient certainement une réunion si souvent tentée en vain, mais qui ne voulaient pas la devoir à la violence (i). »
« Magnan avait été nommé pour trois années, mais en voyant succéder si facilement le calme à la tempête, l'Empereur ne crut pas devoir procéder de nouveau à la nomination d'un Grand-Maître par voie de décret, et rendit au Grand-Orient le droit d'élection dont il avait toujours joui (au moins nominalement.) »
« Magnan fut donc réélu régulièrement par l'assemblée du Grand-Orient le 20 mai 1864 ; il mourut l'année suivante et fut remplacé le 9 juin i863 par le Général Mellinet, qui appartenait depuis longtemps à la Maçonnerie. »
« La Grande-Maîtrise du Général Mellinet fut aussi paisible que celle de son prédécesseur. Il refusa, en juin 1870, de se laisser porter de nouveau à cette dignité. A ce moment, les pouvoirs du Grand-Maître n'étaient plus que ceux d'un roi constitutionnel, et le Grand-Orient était dirigé en réalité par les 33 membres du Conseil de l'Ordre. »
« Le Successeur du Général Mellinet fut le FvèveBabaud Laribière, avocat, ancien constituant de 1848. C'était une transition à une autre forme de gouvernement plus
(1) Tableau historique, page i35.
démocratique : la suppression de la Grande-Maîtrise et la réunion au sein du Conseil de l'Ordre des pouvoirs exécutif et administratif. Cette suppression fut votée par l'assemblée, le 6 juin 1871 . Le Frère Babaud Laribière, qui avait donné sa démission de Grand-Maître, fut élu Président du Conseil de l'Ordre, comme pour mieux accentuer l'évolution qui venait de s'accomplir. En 1872, le Frère de Saint-Jean, docteur en médecine, fut élu à cette Présidence, qu'il avait déjà occupée pendant plusieurs années (i). »
Ses successeurs ont été successivement :
Le Frère Cousin, Inspecteur du chemin de fer du Nord de i883 à i885.
Le Frère Colfavrii, ùé^uxé, de i885 à 1887.
Le Frère Desmons, député, de 1887 à i88g.
Et enfin le Frère Thiilié, ex-président du Conseil municipal de Paris, qui est actuellement en exercice (1889).
Le Grand-Orient de France compte sous son obédience :
33o Loges.
38 Chapitres.
14 Conseils.
Soit 382 Ateliers maçonniques en activité.
Le Suprême Conseil du Rite écossais ancien et accepté, après avoir vu le Frère Crémieux, Sénateur, succéder comme Souverain Grand Commandeur au banquier Allegri qui avait été le remplaçant de l'Académicien Viennet, lui donna comme successeur le Frère Proal, professeur de dessin à l'École Centrale, qui est actuellement (1889) en exercice.
Le Suprême Conseil de France compte sous son obédience :
92 Loges.
23 Chapitres.
5 Aréopages,
Soit 120 Ateliers Maçonniques en activité.
(j) Histoire de la Franc-Maçonnerie, page iSy.
Le 3 janvier 1878, une proposition de revision de lu Constitution du Rite écossais ancien et accepté fut faite par la Loge La Justice, nP i33, de l'obédience du Suprême Conseil.
Le i5 mai 187g, lors de la réunion delà première section du Suprême Conseil dénommée Grande Loge Centrale, le Vénérable de la dite Loge, le Frère Ballue fit le dépôt officiel de la dite proposition révisionniste.
Le i5 avril 1879, le Vice-Président, le Frère Goumain Cornille, chef du contentieux au Comptoir d'escompte ; le premier surveillant, le Frère Z)e/7Z^5,- l'orateur, le Frère Mesureur, député ; le Secrétaire, le Frère Dubois, de cette Grande Loge Centrale, et le Frère Ballue, député et Vénérable de la Loge La Justice, faisant leur cette proposition, la formulèrent dans un manifeste-circulaire adressé à toutes les Loges de l'obédience du Suprême Conseil et demandèrent leur appui pour obtenir la revision constitutionnelle.
Le but de cette revision était d'obtenir l'autonomie des Loges symboliques, qui ne seraient dorénavant gouvernées que par leurs délégués réunis en assemblée dans le sein de la Grande Loge Centrale, qui à son tour serait maîtresse absolue de son ordre du jour et des dates de ses réunions et la renonciation faite par le Suprême Conseil de toute autorité sur les grades symboliques.
Le 20 mai 1879, le Suprême Conseil excommunia les cinq signataires sus-nommés, en les suspendant pendant deux ans de tous leurs droits maçonniques.
Le 14 juillet 1879, sei:{Q Loges de l'obédience du Suprême Conseil protestèrent contre cette mesure d'excommunication et, le 12 août, io3 Francs-Maçons publièrent un manifeste à ce sujet et nommèrent un Comité de cinq membres pour constituer une GRANDE Loge Symbolique soit dans le sein de la Grande Loge Centrale du Suprême Conseil, soit hors de son sein.
Le Souverain Grand Commandeur CremzeMJC amnistia eus ces protestataires, mais le Suprême Conseil exclut
de cette amnistie les six principaux meneurs dont nous avons donné les noms.
La conséquence ne se fît pas attendre et, le 20 novembre 1879. neuf Loges de l'obédience du Suprême Conseil s'en séparèrent définitivement pour former \di Grande Loge Symbolique Ecossaise, qui professe, dans les trois premiers degrés d'Apprenti, Compagnon et Maître, le même Rite Écossais ancien et accepté que le Suprême Conseil, mais dont la devise est: « Indépendance du Symbolisme de toute ingérence du Suprême Conseil, dont l'autorité ne doit atteindre que les Hauts Grades, supérieurs au Symbolisme. I)
La Grande Loge Symbolique Écossaise se constitua solennellement le 20 décembre 1879. Les autorités civiles reconnurent son existence le 12 avril 1880 et, le 8 mai 1880, elle notifia sa constitution à toutes les grandes Loges du monde.
Telle fut la genèse de la 3™'^ Puissance Maçonnique française, dont le président actuel est le Frère Friquet, chef de bureau au ministère des Finances et dont le protecteur dévoué est le Frère Floquet, Président de la Chambre des Députés.
La Grande Loge Symbolique Écossaise de France compte 26 Loges en activité.
La 4™e Puissance Maçonnique française est celle du Rite de Misraïm qui se compose de 90 degrés mais qui ne compte sous son obédience que 12 Ateliers maçonniques en activité.
Son président est actuellement le Frère Osselin, inspecteur du Chemin de fer du Nord.
La Franc-Maçonnerie française comporte donc en 1889 un nombre total de 540 Ateliers maçonniques en pleine activité de travail pour une œuvre dissolvante que nous allons étudier en détail.
Le Décalogue sacré.
Les enseignements sataniques de cette Franc-Maçonnerie dont nous venons d'étudier le développement en France, enseignement dont le TEXTE VRAI n'avait jamais
été livré tout entier au grand jour de la publicité, sont renfermés dans le DÉCALOGUE SACRÉ suivant, rendu public pour la première fois et où par le mot Dieu, il faut entendre le mot « Satan » .
« Dieu a créé les hommes avec une liberté pleine, commune et égale à tous.
» Il suit de là qu'on ne pourra resserrer, limiter ou restreindre cette liberté sans faire une injure intolérable à Dieu et non moins grande et intolérable aux hommes.
» Par cette liberté absolue, qui nous est accordée, Dieu, comme témoignage de notre reconnaissance, se contente des actes intérieurs et ne se soucie d'aucun acte extérieur.
» Mais Dieu est très jaloux de sa domination absolue sur cette terre, sur laquelle il a placé l'homme par un acte si privilégié de sa création et il considère comme voulant s'égaler à lui, quiconque prétend participer à cette domination.
» Ce serait faire à Dieu une injure très grave que de reconnaître aucune juridiction ni autorité particulière; ce serait offense très grave et contre sa Majesté Suprême et contre la liberté naturelle de l'homme qui est son oeuvre.
» La liberté naturelle a été presque détruite par la méchanceté et surtout par certains Assyriens ambitieux qui, les premiers, ont inventé les noms de Principauté et de Sacerdoce.
» Mais il y eut heureusement des hommes qui virent que le principe de cette violence de quelques usurpateurs était dans l'ignorance dans laquelle se trouvait la plus grande partie des hommes.
» C'EST cette ignorance qui a rendu possibles de telles usurpations sur les droits de ce Dieu à qui les hommes doivent tant.
» La grande entreprise des hommes qui ont le cœur bien placé et l'honneur en recommandation, est donc de rebâtir le temple entièrement abattu et de sortir enfin des ténèbres de l'ignorance.
» C'est de s'armer et de s'élever contre les indignes usurpateurs, jusqu'à les tuer, si cela est nécessaire, comme des vrais tyrans sur terre et en punition d'avoir usurpé les droits de Dieu et une puissance qui est égale pour chaque homme et commune à tous.
» Tous sont invités à une si noble entreprise et puisque c'est pour l'intérêt de tous, le Païen, le Juif, le Turc, le Protestant, le Catholique, l'Athée et le Déiste doivent y prendre part.
» Car les diverses religions introduites dans le monde n'étant autre chose que des inventions superstitieuses de tous ceux qui ont voulu ôter la liberté à l'homme et à Dieu son empire, il en résulte que si la diversité des religions a engendré tant de troubles, elle resserrera pour nous Francs-Maçons, les liens d'une paix er d'une ligue et une union parfaites.
» L'EXPÉRIENCE a démontré que qui s'associe à notre société ne peut craindre d'être inquiété dans sa conscience pour cause de ses croyances, car il s'attache au contraire insensiblement à notre foi, et cela tellement, qu'en très peu de temps, devenu indifférent à la sienne, il l'oublie et l'abandonne.
» C'EST donc par pure sottise que notre société a été appelée une magie du démon, car elle n'est qu'un effet naturel de l'examen des choses qui, une fois mises hors de l'atteinte de la violence, rentrent dans leur sens naturel et se reposent tranquillement.
» Cette entreprise est la plus difficile qui fut et qui sera jamais ; car elle consiste à combattre la Principauté et le Sacerdoce qui sont en possession de la tyrannie sur la liberté de l'homme.
» Il s'ensuit que, dans notre société, il faut exiger le choix des hommes appelés à en faire partie,car ils doivent être, non seulement au dessus du vulgaire, mais aussi de l'esprit le plus fort et le plus érudit.
)) Il s'ensuit également et surtout, qu'il nous faut la protection assurée des gens les plus puissants et les plus respectables dans toutes les classes.
» Mais surtout et avant tout, un secret sacré et inviolable doit être la fondation de celte difficile entreprise.
» Si les sectes ont été formées en déliant savamment la langue, la société des Francs-Maçons doit se propager et s'accroître en la réprimant vigoureusement.
» Pour obtenir celte fin, dès la première admission, on exige des serments, on menace de châtiments et on donne à chacun le pouvoir de la vengeance, même avec le fer, contre le parjure.
)) Le secret est si inviolable qu'aucune puissance publique, soit de la Principauté, soit du Sacerdoce, ne peut jamais y avoir aucun droit.
» La Principauté et le Sacerdoce devant être tous
détruits et anéantis en sapant leurs fondations, en enlevant leurs appuis et en les renversant définitivement, ne peuvent avoir de raison qui les défende et qui les garantisse.
» Aussi pour assurer l'exécution de cette révolution mettra-t-on toujours en avant dans les actes, procédés et entretiens de la société et de ses membres :
Rien contre les lois, — Rien contre la religion, — Rien contre les bonnes mœurs. »
» Et parce que ce secret est de si haute importance, il doit résider chez les seuls architectes qui doivent diriger l'édification du Temple entièrement ruiné.
» Dans les loges, on fait savoir- seulement que l'objet de la société est une charité sûre et réciproque et un secours certain pour ceux de ses membres qui pourraient être dans le besoin sous un rapport quelconque.
» Ceci sera le seul et unique objet qu'on proposera à ceux qui voudront être agrégés à notre société jusqu'à ce qu'ils se soient prouvés dignes de savoir davantage.
Une digression qui complète et explique ce Décalogue.
Les Chefs dirigeants de la Franc-Maçonnerie se proposent d'enrôler parmi les enfants de la veuve deux catégories d'hommes: les Francs-Maçons pour la propagande maçonnique, el les Francs-Maçons ^o\xv l'action maçonnique et ont bien soin de les classer (dans chacune de ces deux catégories) en simples membres et en chefs, au moment de leur élévation aux hauts grades.
I. — Pour opérer ce classement, les 33"^^, les Inspecteurs Généraux, qui le mènent à bonne fin dans leurs visites d'inspection, ont ce qu'ils appellent dans leur jargon : les quatre triangles, symbole dont voici l'exacte signification, qui constitue un des plus intimes secrets du 33me degré, et le plus jalousement gardé peut-être par les Souverains Grands Inspecteurs Généraux.
Lorsqu'il s'agit des Frères bons pour la propagande,
mais simples membres d'Ateliers, Chapitres ou Aréopages maçonniques, le Triangle, c'est-à-dire, les trois questions dont le Souverain Grand Inspecteur Général doit rapporter les réponses au Directoire Suprême est le suivant :
— Avez-vous mûrement pesé que vous hasardez une démarche importante en prenant des engagements (nouveaux engagements) dont vous ignorez la portée ?
— Quel espoir, quelles causes vous portent à entrer dans cet Atelier de (le nom du grade) ?
— Auriez- vous ce désir quand même nous n'aurions pour unique objet que la plus grande perfection de nos frères, et que feriez-vous s'il en était autrement ?
Quand il s'agit de trier les chefs bons pour la propagande, le Triangle est le suivant :
— Voulez-vous et pouvez-vous regarder le bien de l'Ordre comme votre bien même ?
— Si vous veniez à découvrir dans l'Ordre quelque chose d'immoral ou d'injuste, quel parti prendriez-vous ?
— Voulez-vous consacrer pour toujours toutes vos forces, tous vos biens et tous vos moyens à la propagande de l'Ordre ?
Les deux autres Triangles dont les Souverains Grands Inspecteurs ont à faire usage sont réservés aux Maçons affectés à rAction maçonnique.
Le Triangle pour les simples membres est le suivant :
— Savez-vous bien qu'en Maçonnerie, il faut savoir perdre pour gagner et que ce n'est pas seulement pour vous permettre de réaliser éventuellement de la puissance, de la grandeur ou de la considération que vous êtes parmi nous ?
— Pouvez-vous aimer fraternellement tous les membres de l'Ordre, même ceux parmi vos ennemis personnels qui pourraient en faire partie ?
— S'il vous était ordonné de faire du bien à ces ennemis que vous pourrez avoir dans l'Ordre, de les exalter, de les protéger de toutes vos forces, obéiriez-vous aveuglément ?
Enfin, le Triangle pour les Chefs d'action est comme il suit :
— Etes-vous résolu à suivre exactement en tout nos Lois et à donner en toute occasion aux Membres de l'Ordre la préférence sur tous les autres hommes ?
— N'y a-t-il point de raison qui puisse jamais vous éloigner de l'Ordre ?
— Comment vous comporterez-vous si par impossible vous veniez à vouloir vous séparer de nous ?
II. — Les Membres (pratiquement inconnus) du Directoire Suprême ont, eux, deux Triangles ; un pour les membres et un autre pour les Chefs d'Action, triangles qu'ils appliquent au classement de tous les Francs- Maçons, d'une haute utilité pour l'action maçonnique, quel que soit leur grade.
Nous les publions pour la première fois depuis que la Franc-Maçonnerie existe sous la forme actuelle. Le premier (pour les simples membres) est le suivant :
— Etes-vous membre de quelque autre société que la nôtre ? De laquelle ? Pourquoi ?
— Renoncez-vous à tout Jamais à faire servir votre naissance, vos emplois, votre position sociale ou votre influence au préjudice ou au détriment de vos Frères en Maçonnerie ?
— Comment voudriez- vous vous venger d'une injustice, grande ou petite, que vous auriez reçue d'un étranger à l'Ordre ? Comment si c'était un membre de l'Ordre?
Enfin, lorsque le membre du Directoire Suprême est chargé de trouver un véritable Chef, sa pierre de touche de contrôle est le Triangle suivant :
— Vous engagez-vous à une obéissance absolue et sans réserves aucunes aux Chefs de l'Ordre, et comprenezvous bien toute la portée de votre engagement ?
— Donnez-vous à l'Ordre le droit absolu de vie et de mort ? Pourquoi ? Comment ?
— Quelle assurance donnez-vous à l'Ordre de l'accomplissement intégral de vos promesses, appelé que vous êtes désormais à partager avec l'Ordre le bonheur et le malheur ?
Ce DÉGALOGUE sacré dont, nous le répétons, le texte intégral est rendu public par nous pour la première fois, résume et condense tout ce que la Franc-Maçonnerie enseigne, veut et fait.
Un aperçu, même très rapide de ses agissements en France, nous montrera combien l'armée sociale, dans laquelle s'est incarné Satan pour renverser le règne du Christ dans la société moderne, est restée fidèle et obéissante à ces ordres.
De 1721 à 1890 pendant les 169 années que la « Compagnie de Satan » compte comme années de campagne contre l'ordre social chrétien en France, les engagements de cette guerre se classent en trois périodes, en trois campagnes distinctes, ayant pour objectif: