CHAPITRE PREMIER
L'étude des causes de Tennui que nous entreprenons est pour nous arrêter longtemps, parce qu'il s'y ajoutera une exposition des formies de l'ennui. Dans un cas d'ennui donné il est plusiiâyars causes qui convergent, mais l'analyse est tenue de dissocier ce qui est uni dans les phénomènes de la Yie.
Ces causes peuvent se ramener à six, et chacune d'elles fera l'objet d'un chapitre.
L'épuisement, physique ou mental, est une cause de l'ennui à qui nous donnons le premier rang; son importance est extrême, et il domine l'histoire de notre sujet. L'épuisement commande la grande majorité des cas d'ennui, et les cas irrémédiables ; on doit soupçonner son action, alors même que l'ennui semble relever de l'imagination seule, ou qu'il s'en prend aux objets extérieurs. Insister sur le fait de l'épuisement, qui est peu avoué, point relui-
sant, c'est enlever àTennui les raisons hautaines dont il se paie parfois, et son vêtement poétique.
Qu'un homme épuisé physiquement et moralement, chez qui les sens, l'imagination, le cœur sont taris, corps en ruine, esprit en poussière, appartienne désormais aux humeurs sombres, au marasme de l'ennui, cette proposition peut être donnée comme évidente ; il reste à entreprendre l'examen détaillé dç ses pai'ties.
L'épuisement physique, à l'état simple, peut à lui seul créer l'ennui. On le rencontre, isolé à souhait pour l'étude, dans le surmenage des gens de sport. Le D"" Tissié, dans son livre, La Fatigue et V Entrainement physique ', rapporte des observations de courses et de records vélocipédiques, où nous relevons l'ennui cojhme conséquence directe de la fatigue : « Le coureur éprouve d'abord un grand ennui, puis il peut être atteint d'amnésie. . . L'ennui domine toute la scène; il est la caractéristique de la fatigue poussée à l'excès copnue sous le nom de vannage. Il atteint tous les coureurs, quel que soit leur caractère, gai ou triste » (p. 43). Et collationnant des rapports de coureurs : « Ennui profond réparti sur les six dernières heures de la course » (p. 45). « Huret. . . se plaignit seulement, en descendant de machine^ d'avoir souflfert d'un violent ennui, accompagné d'un grand besoin de