‹ L'ennui, ou Le Comte Derfort, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 18 sur 23 · ARTHUR, MACARTY · texte numérisé non relu

ARTHUR, MACARTY

ARTHUR

Eh bien! mon cher Macariy, qu'y a t il donc?

MACARTY

Pardon, Milord, si je vous ai laisse' brusquement... nos affaires sont en bon train.

ARTHUR

Vous croyez?.. Mais on vient de me parler de conslable...

MACARTY

Que cela ne vous inquiète pas; c'est moi qui Tai fait venir.

Vous ?..

MACARTY

Pour cette leltre-de-change de trois cents guinées.

ARTHUR

Ah !.. votre débiteur est donc ?..

MACARTYt

Ici, je le suivais à la pisle.

ARTHUR

Il est au château?

MACARTY

précisément.

ARTHUR

Et vous alltz le faire arrêter ?

MACARTY

Sans dif&cullé.... Je ne df mande pas de grâce pour mes cnga^ gcmenîs ; mais, ventrebleLi! je veux qu'on soit de même, et sir Aiundel va alitr passer quelques mois a la Tour. ARTHUR, troublé.

ArunddL. mon meilleur ami!.. Quoi! c^'est lui!.. En effet, il me parlait ce matin de quelques leltres-de-change... Mais je ne souffrirai pas... M. Macarty , je me rends sa caution,

MACARTY

Vous, milord j j'accepte.

Etourdi !., J'oublie que je n'ai plus rien , que je n« suis plusj

rien, que je ne puis clisposcr d'un sclielling... Je n'ai plus de fortune, il est vrai , mais suis je donc incapable d'en a(qi)ciir, de Iravaiilcr?... M. Macarty, je ne vous demande que du temps, ou plutôt... Oh ! quelle idée !.. Vous êtes à la lête de plusieurs manufactures ?

MACARTY

Oui.

ARTHUR

Que donnez-vous à vos ouvriers ?

MACARTY

Cest suivant : je paie bien les bons travailleurs , peu les me'dio» cres , et je renvoie les paresseux.

ARTHUR

Donnez-moi une place d'inspecteur, de chef d'atelier , de teneur de livres , ça m'est égal.

MACARTY

Sérieusement?

Pourquoi non?

ARTHUR

Air : De Julie.

Cher Aruntlel , en ce péril extrêniç , De le servir mon cœur me fait la loi ; Pour ne devoir Ion salnl qu à moi-même ^ Je serai fiertlu plus modeste emploi ; Oui, sans rougir, au travail je me livre, Je n'existais pas jusqu'ici ^ Mais je vais sauver un ami, D'aujourd'hui je commence à vivre.

MACARTY

Parbleu! vous m'enchantez.... J'ai justement une place de premier commis 3 cent guinées par an et le logement , ça vous convient il ?

ARTHUR

A merveille !

MACARTY

Je ne vous en paierai que la raoltic pendant six ans, ot votre ami sera quitte à !a sixième année. Ah ! ça , voyons ; un petit bout d'écrit, je ne connais que cela , moi.

ARTHUR

Tout ce que vous voudrez. ( Pendant que Macartyr écrit à la

hdte , Arthur se promène vwement en se frottant les mains. ) Ce bon AnuKJcl!... Jam.jisct^journe sVffaccra de m-\ memoirr!... J'epronvc une joie , un bon Leur que je ne me croyais plus capable de ressentir.

MACARTY, lui présentant deux papiers.

Tenez, je ci ois qur* cc!a suffit.

ARïfiuR , prenant la plume.

Très bien , très bien I

MACARTY

Ah ! ça , vous n'avez aucun regret ?

ARTUUR.

Des regrets, quand vous me sauvez plus que la vie I... Je signe aveuglément. ( Ils prennent chacun un des doubles de l'écrit, )

MACARTY, lui prenant la main.

Bien , M. Ârdjur, ic vous estime , je vous honore : voyez-vous, je respecte beaucoup les titres , les distinctions, mais cela avant tout, ça ne vous abandonne jamais, et ça vaut mieux que le reste... Sans adieu* dans une heure je trîe remets en route , nous partons^nsemble, je vous installe à la fabrique, et corbleu I vous verrez qu'on peut vivre heureux dans tous les états, quand on est honnête et qu'on fait son devoir. Serviteur.

Il sort y Marie reparaît et s^ approche lentement d'Arthur.

Page 1