‹ L'ennui, ou Le Comte Derfort, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 20 sur 23 · ARTHUR, MARIE · texte numérisé non relu

ARTHUR, MARIE

MARIE

11 est donc vrai, vous nous quittez?

ARTHUR

Oui, Marie, et cVst moi qui serai le plus à plaindre; car loi, tu resteras ici , tu l'éiabliras dans ce village.

MARIE, vwement.

Moi, jamais, Milord; ne vous Fai-je pas dit ce matin?

ARTHUR , la regardant a^ec iniérét.

En cftf t. {Après un silène e.)^^'AnQ^]ii suis ton ami, ton meilleur ami... par'e-moi franchement , n'auraistu pas de Tamour pour quelqu'un?..,

MARIE, hésitant.

Je crois qu'oui.

ARTHUR, ému^ et douloureusement.

Comment, j'aur;)is deviné juste?

Air : Je Vaùnerai* [ de Blaiigini. )

Quoi ! vous aimez sans espérance ?

MARIE

Aucune.

ARTHUR

Son rang peut-être empêche un nœud si doux?

MARIE

Non, glace au ciel, sa naissance est commune.

ARTHUR

Et croyez-vous qu'il ait de la fortune.^ MARIE.

Pas plus que vous. {bis.)

2*". Couplet.

ARTHUR

Vous aime-t-il ?

MARIE

Hélas ! il me délaisse; Jamais pourtant je n^aurai d'autre époux.

ARTUUR.

Quoi ! lui garder une telle tendresse I... Et croyez-vous au moins qu'il la connaisse ?

MARIE, ai^ec expression,

I*as plus que vous. {lis.)

ARTHUR, à part.

Quelle 'm\qq\ {Changeant d'intention.) Hc Lion! Marie, j'ai aussi un conseil à te demander; je t'avais parie ce malin d'un

MARIE , vivement.

Oui, maïs vous m'aviez dit aussi , je crois, que vous n'airaiee pas la personne?

ARTHUR , Vohservant.

C'est vrai, Marie ^d'ailleurs un mariage de convenance, c'était bon lorsque j'avais de la fortune.

MARIE

Sans doute, vous aviez l'habitude de vous passer de bonheur; maiiitenant que vous n'avez plus rien, il faut songer à être heureux.

ARTHUR

Oui; mais ce bonheur, je ne pourrais le trouver qu'auprès d'une personne qui m'aimerait^ cl aujourd'hui que je suis privé de mes richesses...

MARIE

J'entends bien , vous scii(z obliç;é dVpouscr quelqu'un qui vous aimât pour vous-mêaie... Dam', en cherchant bien... ça peut se trouver.

ARTHUR, lui prenant la main.

A la bonne heure 5 mais, suppose que cette personne-là existât, ne serais-je pas moi-même bien peu généreux de lui avouer mon amour quand je n'ai plus rien à lui offrir.

MARIE, ^t'ec tendresse.

Qu'importe, offrez toujours.

ARTHUR, avec feu.

Marie, je te dois les plus doux instants que j'aie encore goûtés; oui, je t'aime , je t'aimerai toujours , nous ne nous quitterons plus, tu seras ma femme, mon amie!... Marie, le veux-tu?

MARIE , avec joie.

Si je le veux! Ah ! que c'est heureux pourtant que vous ayez tout perdu !

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