LISTE APPROXIMATIVE DES RELIGIEUX EUROPÉENS
M9f Favier
M9r JaRLIN . .
M. DUCOULOM- BIER
M. Chavanne,
M. Giron .
M. Gartner
M. Tison . .
M. Bartenie Frère Maes .
Frère Denis. .
Frère Jules- André. . . .
Frère Joseph- Félicité. . .
Lazariste , évêque de Pékin, ayant rang de vice -roi en Chine.
Lazariste, coadjuteur.
Lazariste , procureur général du Yicariat apostolique.
Lazariste, docteur en théologie et en philosophie,proiesseur, arrivé depuis peu en Chine.
Lazariste , directeur des séminaires.
Chargé, pendant le siège , des travaux de défense du côté Est.
Autrichien, ancien élève de lécole polytechnique devienne, étudiant au grand séminaire.
Lazariste.
Lazariste.
Lazariste, directeur de l'imprimerie de l'évéché.
Lazariste, infirmier.
Visiteur des frères maristes , cliargé des travaux de défense du Jen-tsé-T'ang.
Marisle , directeur do l'orphelinat du Chala . surveillant des Chinois employés aux contre -raines; 25 ans.
Blessé d'une balle tête, le U juillet.
Blessé d'une balle au ventre. Mort de la variole le 26 juillet.
Blessé par un éclat de brique.
Mort d'une balle en pleine poitrine, après l'éclatement de la mine du 12 août, en secourant les blessés.
Mort dans l'explosion du 18 juillet.
Fr. Cléophas.
Frère Joseph- Julien . . .
Frère Marie- NlZIER. . . .
Frère ^Iarie- Floribert .
Frère Marie- Basilius . .
Mariste.
Mariste , de la défense active du Pé-T'ang, pendant le siège.
Mariste, de la défense active; 21 ans.
Mariste.
Mariste, chargé de la surveillance des Chinois chrétiens , à l'ouest.
Blessé d'une balle à main.
Légèrement blessé à main.
Grièvement blessé, éclat d'obus au bras gauche .
le 22 juin '.
Les lazai'isLes chinois étaient JMM. Ho, Ouang, Tso et Tong.
Mgr Favier voulut, quelques jours après son arrivée en Europe, venir consoler le père et la mère du jeune officier qui avait sauvé le Pé-T'ang, et leur apporter le drapeau que Paul souhaitait posséder après l'avoir défendu. Il passa, en effet, la soirée du 19, la journée du 20 et la matinée du 21 janvier 1901, au milieu de la famille Henry, à Angers. Sachant à quels chrétiens il parlait, il leur défendit presque de pleurer ; il leur répéta les mots qui ont été adressés, à travers les âges, aux parents des saints : « Ne pleurez pas, votre fils est sauvé, d Ce fut le résumé des longs entretiens qu'il eut avec eux, et la conclusion des récits et des confidences qu'il leur fit.
Il s'exprima de même, quand il raconta, le 20 janvier au soir, devant un auditoire nombreux, réuni dans la grande salle de l'université catholique d'Angers, le siège de la mission de Pékin et
la mort de l'enseigne Henry. Après avoir dit la journée de deuil du 30 juillet 1900, et comment, le lendemain, le corps du jeune officier avait été descendu dans une tombe creusée dans le jardin du Pé-T'ang, au pied d'une statue de Notre-Dame de Lourdes, il ajouta : a Moi, je n'ai pas dit les prières de la sainte Église. Je ne sais pas si ce sont des visions, mais, pour moi, Paul est allé en paradis... Pour moi, je suis sûr que c'est un saint. J'invoquais souvent saint Georges, saint Maurice, et j'ajoutais Paul... Je ne comprends pas qu'on chante autre chose qu'un Te Deum. Je l'ai dit au pape, et il m'a dit : « Vous avez bien fait, d
Trois jours après cette conférence, qui fit sur les auditeurs une impression extrêmement vive et durable, Mgr Favier se rendait à Sainte-Anne d'Auray, pour y accomplir, à la place de Paul Henry, le vœu fait par les défenseurs du Pé-T'ang. Il apportait et confiait au trésor de la basilique un calice d'or orné d'émaux. La cérémonie avait attiré un grand concours de fidèles. Beaucoup de journaux de France en donnèrent le compte rendu ou la signalèrent, et, parmi eux, le journal l'Univers, auquel j'emprunte les pages que voici ^
Mercredi 23 janvier. - - « Ce vœu a été fait dans
* Univers, numéro du lundi 4 février 1901. La lettre du correspondant n'est pas signée.
des circonstances extraordinaires : il fallait qu'il fût solennellement accompli. Depuis mon arrivée en Europe, je me suis rendu à Rome, où j'ai eu le bonheur d'entretenir longuement le souverain pontife; j'ai été en Bourgogne, mon pays natal, où m'attendait ma chère et vénérable mère. Avant de retourner en Chine, je visiterai bien des villes et bien des localités. Si j'avais été mis dans la cruelle nécessité de choisir, il n'est pas un seul de ces voyages que je n'eusse volontiers sacritié au pèlerinage de Sainte-Anne d'Auray. Au besoin, je les aurais sacrifiés tous. Et pourtant je ne suis pas ici en mon propre nom ; je ne suis que le délégué de celui qui ne peut venir. »
« Tel a été le début du récit empoignant que Mgî" Favier a fait, le mercredi 23 janvier, dans la basilique de Sainte-Anne, aux nombreux pèlerins attirés par le désir de le voir et surtout de l'entendre.
« L'évêque de Pékin a dû être content ! L'accomplissement du vœu a été aussi solennel qu'il pouvait le souhaiter; la cérémonie d'action de grâces a été aussi belle, aussi triomphante que semblaient le demander les circonstances.
« On était accouru de toutes les paroisses du littoral breton. Il y avait des pèlerins d'Arzon, de la Trinité-sur-Mer, de Quiberon, de Moëlan, de Saint- Renan, de Brest, de Guipavas, de Lesneven, de Perros-Guirec , de Lannion; tous, ou presque tous.
les parents ou les amis des marins et des soldats qui ont pris part à l'expédition de Chine, et principalement de ceux qui ont combattu à Pékin. Ce n'était pas la population mêlée et quelque peu bruyante de nos grands jours de fête, mais des fidèles déjà recueillis et presque émus. L'âme de cette foule semblait se mettre d'avance en harmonie avec les impressions qu'elle devait bientôt éprouver. Çà et là, dans les rues du village, dans la basilique ou sur l'esplanade, des femmes, des jeunes filles, de jeunes garçons en deuil : ce sont les épouses, les sœurs ou les enfants des marins qui ne sont pas revenus de l'horrible pays jaune, où ils sont morts en défendant les légations ou le Pé-T'ang. On se montrait le père, l'oncle, et les deux jeunes frères, l'un séminariste, l'autre élève de marine, du héros Paul Henry, dont le nom était dans toutes les bouches. Dans différents groupes, on apercevait les survivants de la terrible lutte. Un congé bien mérité leur avait permis d'accepter le rendez -vous qui leur avait été donné aux pieds de sainte Anne. Tous ils ont, à la boutonnière, un ruban spécial, en attendant la médaille. Quelques-uns portent les marques, plus glorieuses encore, de blessures à peine fermées.
« Ces tout jeunes gens, quelques-uns presque des enfants, n'ont pas l'air de se douter qu'ils ont fait de grandes choses. Ils sont tout étonnés et cepen-
dant ravis des chaleureuses ovations dont ils sont à chaque moment l'objet. L'héroïsme vrai s'ignore lui-même. Leur démarche n'a même rien de martial, et leur attitude est aussi simple que celle des pèlerins qui les admirent. Leur chef surtout, Elias, ce simple quartier- maître de mousqueterie , aujourd'hui second -maître, qui, à la mort de l'enseigne Henry, a eu l'honneur de commander devant l'ennemi pendant plus de quinze jours, Elias a une physionomie très calme et plutôt mélancolique, le parler doux et presque féminin. Mais sous toutes ces vareuses noires et sous le collet bleu, on devine des corps agiles et des membres souples, tout prêts à bondir. Dans le visage tranquille, on trouverait, à le bien chercher, le signe des résolutions énergiques et des entêtements tenaces. Ces humbles ont désormais leur place dans l'histoire, et longtemps on parlera d'eux, parce qu'ils étaient à ce grand siège qui a eu lieu dans les murs de Pékin.
a A leur tête , on verra se placer tout à l'heure un autre glorieux mutilé : le drapeau français qui, pendant plus de deux mois , n'a cessé de se dresser sur les fortifications du Pé-T'ang, déchiré par près de cent balles chinoises, noirci par la mitraille, ayant perdu plus de la moitié de son étoffe, et dont une main pieuse a essayé de cicatriser les innombrables blessures. Il a été à la peine : il était juste qu'il fût à l'honnewr!
« Toute la foule avait pris place dans la basilique longtemps avant l'heure marquée pour la cérémonie.
« Qu'on se rappelle ou qu'on se représente la scène que nous avons eue sous les yeux : le vaste chœur de l'église tout entier occupé par les prêtres; les trois nefs absolument remplies par les fidèles, les marins et quelques soldats de l'expédition groupés au pied de la chaire : tout autour d'eux, les parents en deuil, et plus loin, sur l'autel de sainte Anne, le drapeau qui représentait si bien les deuils et les grandeurs de la patrie ; et tout à coup , après la messe solennelle chantée en présence des deux évêques de Vannes et de Pékin, surgissant dans la chaire, se dressant dans sa haute taille, Mgr Favier, dont on avait hâte de contempler les traits vénérables et de recueillir les paroles.
« Avant qu'il eût ouvert la bouche, un silence religieux régnait d'un bout à l'autre de l'édifice , où les orateurs les plus éloquents ne parviennent presque jamais à dominer entièrement le bruit. On l'écoutait déjà.
« Rarement orateur eut un thème aussi émouvant à développer devant un auditoire. Avec une opportunité parfaite, peut-être même avec un parti pris évident s'alliant à une habileté consommée, Mgr Favier a laissé les faits parler. Les faits, du reste, parlaient assez d'eux-mêmes; et on ne peut l'ac-
cuser d'avoir voulu y ajouter les prestiges de l'éloquence ou de l'action oratoire. Nulle recherche de l'effet : l'émotion, qui naturellement accompagne un récit tragique, refoulée au fond du cœur; un verbe qui, comme celui de saint Paul, dédaigne les procédés de l'art, et néglige au besoin la grammaire; les événements exposés avec une rhétorique nue, rapide, presque froide; l'homme faisant effort pour s'effacer et ne laisser voir que les choses. Mais ces choses étaient en elles-mêmes si belles et si émouvantes, que tous les auditeurs en étaient attendris...
« Aussitôt le magnifique récit terminé, une procession émouvante s'organise à l'intérieur de la basilique. Les pèlerins restent tous à leur place. Au milieu de la foule, et tout le long des nefs latérales, on réussit à frayer une voie où s'engage un défilé triomphal. En tête, le drapeau du Pé-T'ang porté par Michel Henry, en qui son frère semble revivre en ce moment; derrière, les marins qui se souviennent d'avoir été secourus par sainte Anne à l'heure du danger, et enfin l'évêque de Pékin portant l'ex-voto, qui donne un corps aux vives espérances qui animaient là-bas toute une population chrétienne, protégée par les armes et par la patronne des marins bretons. Avec eux semble marcher le cortège des glorieux souvenirs que l'évêque a évo-
qués tout à l'heure. C'est tout le Pé-T'ang, qui se rend, drapeau en tête, à l'action de grâces.
« Au passage de l'héroïque phalange et du drapeau martyr, la foule frémit d'un frisson religieux et patriotique. Pendant que le défilé s'avance lentement, à travers les rangs serrés, de tous les points de la basilique s'élève le chant d'un cantique inspiré par la circonstance, dont les paroles émues et l'air entraînant rendent si bien les sentiments qui débordent de tous les cœurs...
« L'évêque arrive enfin devant l'autel de sainte Anne.
« C'est pour la seconde fois qu'il s'y arrête. Au moment de son arrivée, il s'y était déjà fait conduire. On l'avait vu, le matin, à genoux devant la statue miraculeuse, le front dans les mains, dans une attitude de profond recueillement. Dans cette première rencontre avec sainte Anne, il lui avait exprimé sa joie et sa reconnaissance ; il lui avait parlé en son nom, au nom de ses défenseurs et de ses chrétiens, et il était heureux de déposer à ses pieds les hommages de tous ceux qu'elle avait bien voulu secourir, et dont il n'était que l'interprète et le porte -parole. Il y avait ensuite célébré la sainte messe, avec quels sentiments, on pouvait le deviner à voir les larmes dont son visage était inondé. Quel spectacle et quel souvenir !
î Maintenant ce n'est plus la prière recueillie et
silencieuse, c'est une vaste acclamation d'actions de grâce qui relcnlil, ce sont des milliers de pèlerins, c'est tout un peuple s'associant à la voix de l'évèque, pour clianler la magnifique antienne dont chaque invocation trouve ici une application si précise et si littérale :
0 mater pntriœ, Anna potentissima, Tuoruni Briloiium salus esto, Serva fidem, mores corrobora, Tribue pacem sancta intercessione.
(c Une scène plus émouvante encore peut-être devait clore celte magnifique manifestation.
î Après avoir reçu la bénédiction du saint Sacrement, les pèlerins avaient quitté la basilique et s'étaient massés sur l'esplanade : rangés en demicercle devant le portail, les trois cents élèves du petit séminaire contiennent la foule. Tout à coup, la grande porte de la basilique s'ouvre à deux battants, et l'on voit paraître sur les marches le drapeau du Pé-T'ang, précédé des marins et suivi des évêques. A cette vue, tous les fronts se découvrent; les vivats retentissent; la musique du petit séminaire fait entendre le Salut au drapeau; les élèves chantent ensuite un hymne éloquent qui achève de mettre toutes les âmes à l'unisson.
<t II n'eût pas été Breton , Breton dans son cœur, celui qui n'eût pas été ému, celui qui n'eût pas pleuré ! »
Oui ! le voilà floUant au-dessus de toutes les têtes, s'épanouissant dans la joie du triomphe, le drapeau français mutilé en Chine, la glorieuse relique, le haillon sublime, la superbe loque! Saluons en lui, pendant qu'il est sous nos yeux, tout ce qu'il rappelle et tout ce qu'il incarne : la cause de la religion et la cause de la patrie, dont il était le vivant symbole sur les hauts murs de Pékin; la foi inébranlable et la sublime résignation de ceux qui s'étaient réfugiés ou qui combattaient à son ombre; les héros morts en le défendant, dont les âmes, pour être dans le ciel, n'en sont pas moins présentes à la fête où on les glorifie; et les soldats survivants, encore tout illuminés de la gloire qui rayonne de ses plis décolorés; et l'illustre évêque, l'âme de l'inlassable résistance, qui, la lutte une fois terminée, a été le prendre de ses propres mains pour le remettre à ceux dont il est le précieux trésor; et la cathédrale catholique demeurée, comme lui, debout, malgré la pluie d'obus qui tombait sur elle, quand de toutes les autres églises de Pékin il n'est pas resté pierre sur pierre. Saluons même, nous en avons le droit, les mystérieuses visions dont il était le témoin, lorsque, pendant certaines nuits du siège, les assaillants, grâce à un privilège dont ils furent seuls à bénéficier, et qu'ils ont ensuite raconté, sans jamais avoir entendu parler de la
sainte Vierge et des anges, apercevaient, se dressant sur les créneaux de la cathédrale, une dame blanche, des guerriers vêtus de blanc et portant des ailes, qui semblaient la garde surnaturelle du Pé-T'ang... »
Lettre de My Favier à M. Henry.
« Pékin , 29 septembre 1900.
« Mon cher monsieur,
« J'avais chargé un de nos missionnaires de vous envoyer une notice sur votre cher fils; ce missionnaire est malade et n'a encore rien fait : je me décide donc à vous écrire moi-même cette lettre, que vous devez attendre depuis si longtemps. Excusezmoi, s'il vous plaît; le siège a été terrible, et, après la délivrance, nous en avons tous ressenti le' contrecoup, et de plus, pour moi surtout, les occupations ont été plus que très nombreuses. Je vous dirai bien franchement que , dans toute ma longue vie , je n'ai jamais rencontré un jeune homme aussi ac-
compli que ce cher M. Paul. Il avait tout pour lui : une science parfaite de son métier, une vaillance de héros, une piété de séminariste; avec cela, grand, bien bâti, solide, superbe et d'une aiïabililé sans pareille. Ne croyez pas que je fasse ce portrait à son père seul , je le trace pour tout le monde, et chacun y reconnaît votre enfant.
« C'est le 1er juin qu'il est arrivé ici, avec ses trente marins, pour défendre nos établissements catholiques du Pé-T'ang. Il a tout examiné en connaisseur ; il y avait quatorze cents mètres de murs , aussi a-t-il tout de suite pris ses dispositions pour assurer la défense du noyau central : la cathédrale. Ce n'est qu'après avoir constaté la lâcheté de nos ennemis, qu'il s'est décidé à tenter de tout sauver.
« Vous lirez le détail du siège dans les Missions catholiques , auxquelles je viens de l'envoyer par la dernière valise.
«: Je reviens à notre bon Paul. Il vivait avec nous de notre vie de lazaristes, partageant nos repas, nos récréations et presque nos exercices spirituels. Dans sa chambre, il faisait ses prières devant un crucifix, à genoux sur un prie -Dieu. Il se confessait très souvent, et faisait chaque fois la communion avec une grande ferveur, disant « qu'il fallait se tenir prêt ». Il l'était certes autant et plus que moi, c'était un vrai saint. Chaque matin, il venait vers sept heures dans ma chambre; nous causions du
siège, et il partait, emportant sans le savoir une bénédiction toute spéciale. Je lui disais :
« — Ne vous exposez pas, conservez -vous pour nous tous, pour les vôtres. »
u II répondait invariablement :
« — Je dois le bon exemple à mes hommes ; je serais heureux de mourir pour une si belle cause, c'est, je crois, le martyre, et j'ai l'espoir d'aller tout droit au ciel. Vous verrez que nous sauverons le Pé-T'ang; nous n'y serons peut-être pas tous, mais nous le sauverons. Si je dois disparaître, je ne disparaîtrai que lorsque vous n'aurez plus besoin de moi. »
« Nous causions aussi d'Angers et de vous tous : la joie de se revoir, l'arrivée à la gare, peut-être une fiancée, le vœu à notre bonne sainte Anne d'Auray, etc. Toujours: « si le bon Dieu le veut ». Maintenant c'est moi qui, à la place de notre bon ami, irai voir ses excellents parents, et qui ferai le pèlerinage, probablement vers la fin de décembre ou en janvier 1901.
« Le 30 juillet à six heures et demi du matin , le bon Paul n'était pas encore venu chez moi , lorsqu'un canon a tonné contre la maison des sœurs, menaçant de tout détruire. Le brave garçon, qui venait de faire sa prière, courut au danger avec quelques hommes. Grâce à lui les sœurs furent sauvées, le canon retiré et plus de cent quarante Boxeurs tués ;
il allait descendre, quand une balle, ricochant sur la main cl l'épaule de deux marins, pénétra dans le cou du pauvre Paul. Malgré cette grave blessure, il descendit et reçut une seconde balle dans le côté; il fit encore quarante ou cinquante pas sous la véranda, et tomba entre les bras d'un prêtre, qui s'empressa de lui donner les derniers sacrements; vingt minutes après il n'était plus. Nous l'avons exposé, pleuré, enseveli; il était superbe et semblait dormir; un rayon du paradis illuminait sa figure; nos braves chrétiens versaient des larmes, et la douleur des marins était navrante. Personne n'a pu manger ce jour-là ; nous nous regardions comme perdus : c'était un manque de foi. Bien au contraire, la parole qu'il nous avait dite allait se réaliser :
« — Je ne disparaîtrai que lorsque vous n'aurez plus besoin de moi. t>
<r Depuis le 30 juillet jusqu'au 16 août, jour de la délivrance , nous n'avons plus eu aucune attaque vraiment dangereuse. Je vous dirai entre nous que j'étais tellement certain du salut de notre bon Paul, que je l'invoquais en même temps que saint Georges et saint Maurice. Je suis persuadé qu'il a obtenu de Dieu notre délivrance.
a Quand on a perdu un fils comme celui-là et qu'on est bon chrétien comme vous l'êtes, au lieu de chanter un De pî'ofundis, on chante un Te
Deum. J'irai bientôt vous voir, et, après quelques larmes données à la nature, nous remercierons ensemble le bon Dieu d'avoir glorifié un nouveau saint. Priez un peu pour un vieil évêque de Chine qui vous aime , et vous envoie sa meilleure bénédiction ,
-J- Favier.