‹ L'Enseignement de la médecine au moyen âgeChapitre 3 sur 4 · UU · texte numérisé non relu

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fondées par les moines dès le vi e siècle. Il est probable qu'il existait aussi de petites écoles laïques, mais celles-ci ne prirent de Fimportance que quand les traductions des livres arabes eurent pénétré jusqu'à elles.

L'enseignement de la médecine, en Occident, parait avoir été réduit à des notions grossières et superficielles. Les auteurs grecs n'ayant pas encore été traduits en latin, et la langue grecque n'étant pas étudiée, les médecins n'avaient dans les mains que des auteurs de peu de valeur. Pour apprécier cette époque, les documents précis font défaut: on est obligé de s'appuyer sur les livres que les médecins pouvaient avoir dans les mains pour juger de l'état de la médecine. Ces livres eux-mêmes sont rares et peu connus; ils ont été recherchés par Daremberg et de Renzi.

Au début du moyen âge, ceux qui ont écrit sur la médecine 'Daremberg, ont été les intermédiaires entre les Grecs et les néo-Latins; leurs ouvrages contiennent surtout des recettes médicales et des formules superstitieuses, qui ont donné naissance à la plupart des Rêceptaires chrétiens du moyen âge.

Cependant Daremberg croit que des livres latins de médecine ont été rédigés, compilés ou traduits entre le i er et le vn e siècle, d'après des livres grecs; que, dès le vi e siècle et sans doute avant, certains ouvrages d'Hippocrate, de Galien,de Soranus ont été traduits en latin. A Paris, on a des manuscrits du vn e siècle qui renferment des traductions d'Oribase; des manuscrits du ix e , des traductions assez libres dllippocrate, de Calien, d'Alexandre de Tralles. « Un manuscrit de Milan prouve qu'à Ravenne, à la fin du vm e siècle, on faisait des leçons publiques sur Hippocrate et Galien (1). » A la même époque, on traduisait le Traité de botanique médicale d'Apuleius en anglo-saxon ; au

(I) Daremberg, Hist. des sciences méd., t. I er , p. 257, 1870.

vm e siècle encore, à Saint-Gall, on traduisait également des manuscrits de médecine; l'abbaye du mont Cassin, celle d'Einsiedeln, la bibliothèque de Berne en renferment qui remontent aux vm e (peut-être au vn e ), ix e , x e ou xi e siècles.

Au ix e siècle, les ouvrages d'Alexandre (de Tralles), médecin grec du vi e siècle, étaient déjà traduits en latin, selon Daremberg; mais, d'après d'autres auteurs, cette traduction n'aurait été faite qu'après l'époque de Guy de Chauliac, qui aurait cité Alexandre probablement d'après Paul d'Épine.

D'après Ozanam, de Renzi et Daremberg, on trouve donc beaucoup de manuscrits qui tendraient à prouver que, pendant la première partie du moyen âge, la médecine n'était pas si absolument délaissée qu'on le croit généralement. Mais la plupart de ces écrits se rapportent à des travaux d'écrivains méthodistes et sont des extraits de la Somme médicale, « d'abord anonyme, et que Gariopuntus (de Salerne) a ensuite baptisée de son nom après l'avoir remaniée ». Parmi les ouvrages de cette période, nous citerons encore les Êtymologies d'Isidore, de Séville, mort en 636 (1).

Ce qui frappa, dans les ouvrages qui servaient alors à Pinstruction médicale de l'Occident, c'est que la doctrine méthodiste y domine contre celle de Galien. En effet, les premières traductions latines de livres complets de Galien sont seulement du xi e et du xii ft siècle ; il en résulte que, depuis la fin du v e siècle jusqu'au xn e , pendant sept siècles, la médecine de Galien ne fut pas connue en Occident, dans son ensemble du moins.

D'après cela, nous pouvons juger dans quel triste état se trouvait la médecine. Elle disposait de peu de livres, et ceux-ci étaient pour la plupart des formulaires; les meilleurs relevaient de la doctrine métho-

(I) Introd. de la Chirurgie de Guy de Chauliac, p. xxxii.

diste, qui ne recherche ni les causes des maladies, ni leur siège, et ne s'inquiète que de ce qu'elles ont de commun; il n'est pas question des localisations pathologiques précises. Elle divise les maladies en trois groupes, celles par relâchement, par resserrement (laxum et strictum), et un troisième groupe, mixte.

Cette doctrine était bien inférieure à celle d'Hippocrate et de Galien, du premier surtout. On la retrouve à l'École de Salerne, qui seule attire l'attention en Occident jusqu'à la pré-Renaissance, et joue un rôle dans l'enseignement de la médecine à cette époque (1). Salerne règne pendant plusieurs siècles, du ix e au xm e , et les ouvrages salernitains entrent à peu près pour moitié, avec les anciennes traductions et compilations, dans l'enseignement médical de l'Italie, de la France, de l'Angleterre, de l'Allemagne et même de l'Espagne. Jusqu'à Constantin, la médecine salernitaine, comme celle du reste de l'Occident, est méthodiste; Gariopuntus, dans son Passianarium, nous la fait connaître (de Renzi).

Dans la seconde moitié du xi e siècle, l'humorisme apparaît à Salerne avec Trotula, Cophon, les Platearius, etc. Il semble cependant qu'il y ait fait son apparition avant les traductions de Constantin l'Africain. En effet, d'après Daremberg, Salerne possède déjà des ouvrages de Galien, d'Hippocrate, d'Alexandre de Tralles, de Paul.

Comment ces livres y étaient-ils venus? Peut-être par des Juifs, lesquels ont commencé à se répandre en Occident avant les croisades, et, par leurs connaissances plus étendues que celles des moines et des médecins laïques, ont préparé la réputation de la médecine arabe, en faisant quelques traductions ou extraits de ses livres.

(1) Introd. de la Chirurgie de Guy de Chauliac, p. xl.

L'École de Salerne aurait possédé seize livres de Galien : ce sont peut-être les seize livres de PÉcole d'Alexandrie, qui ont joué un rôle si important dans l'enseignement de cette école et que L. Leclerc nous fait connaître. (Après la conquête, les Arabes réorganisèrent l'enseignement de la médecine à Alexandrie, avec ces mêmes livres, traduits en arabe par Honein.)

En résumé, nous voyons que, pendant cette première période du moyen âge, les livres médicaux sont de peu d'importance; le méthodisme domine; Galien n'apparait que dans la seconde moitié du xi e siècle. Il n'y a qu'une seule école importante, c'est Salerne. On doit établir une distinction entre elle et les écoles ecclésiastiques et laïques de la même époque, qui lui étaient bien inférieures.

L'Église, dont la puissance temporelle s'était accrue considérablement, était en possession de presque tous les manuscrits, mais elle n'a pas cherché à vulgariser ni à développer les connaissances acquises. Cependant elle n'a pas négligé l'influence que pouvait lui donner la pratique de la médecine. J'ai montré ailleurs le rôle des couvents, des écoles d'abbaye, des clercs; plusieurs de ses membres, et des plus considérables, étudièrent et pratiquèrent la médecine.

Isidore de Séville (p. xxxn), qui écrivit au vn e siècle des ouvrages de médecine, était évêque. Au xm e siècle, Pierre d'Espagne, qui étudia la médecine à Paris et à Montpellier et composa un Thésaurus pauperum, devint pape sous le nom de Jean XXI, en 1276, etc.

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