AVANT-PROPOS
En remontant du XVI® siècle au IV®, de la licnaissance à l'époque d'Ausone, on constate que les études classiques n'ont jamais complètement disparu. Elles ont traversé des crises, dont la plus ancienne ct la plus grave est celle qui s'étend du IV*® au VIII siècle. C'est l'histoire de cette crise et de son issue qui est l'objet de ce lravail, |
Pour qu'il fût complet, il aurait fallu étudier la destinée des écoles d'arts libéraux non seulement en Gaule, mais en Italie, en Espagne, en Afrique, partout où la culture latine avait été répandue. Dans l'impossibilité de traiter un sujet aussi vaste, il nous à semblé que nous pouvions détacher la Gaule de l'Occident, ou, tout au moins, que nous pouvions en faire le centre de celte étude. Aussi bien, aux deux termes de nos recherches, au IV* siècle et au VIIE, la Gaule a-t-elle joué dans les lettres un rôle prépondérant. Mais ce n’est pas en Gaule que s'est opérée l'adaptation des lettres classiques à l'éducation religieuse, que s'est élaboré le programme d'études rapporté par Alcuin; ce n'est pas en Gaule que Chartlemagne a trouvé les maîtres capables de seconder ses projets; et, sans retracer l'histoire des lettres classiques en Italie el en Espagne, nous avons dû étudier Cassiodore et Isidore de Séville. De même, lnous à fallu consacrer plusieurs chapitres aur écoles de Bretagne el d'Irlande et à celles des Anglo-Saxons. ('élail le seul moyen de saisir comment et sous quel aspect la culture classique s'est transmise de l’école romaine au monde occidental issu des invasions.
Encore que le sujet ait élé ainsi limité, on découvrira sans doute dans cet essai bien des lacunes; et, par contre, on nous reprocher
vil A VANT-PROPOS
d'avoir insisté sur des documents qui n'en valaient pas la peine. Dans cet äge ingrat, les connaissances ont été si miserables, les l{alents si rares, qu'on s excuserail d'avoir cité certains noms plutôt que de les avoir omis. Nous avons été souvent entraîné par nos deranciers : l'attention que nous avons accordée à un homme comme le qrammairien Virgile, à des tertes comme les Hisperica Famina, ne vient pas d'un choix personnel ; il nous à fallu répondre en détail à certains ouvrages où leur est attribuée une importance qu'ils n'ont jamais eue en réalité. Que de discussions nous aurions épargnées au lecteur si, malgré les faits. el en dépit de toute vraisemblance, une interprétation traditionnelle ne pesait sur les documents de cette époque. À ceux qui nous reprocheraient encore de nous être souvent contenté de conjectures ou de conclusions négatives, nous avoucrons préférer l'hypothèse aux affirmations rassérénantes mais arbitraires. |
Nous tenons à remercier M. Em. Chatelain, membre de l'Instiut, conservateur de la Bibliothèque de l'Université, et ses collaboraleurs, de leur complaisance inlassable; le R. P. Ehrle, qui, en nous autorisant à devancer l'ouverture de la Bibliothèque Vaticane, qu iladministre avec tant d'autorité, nous a permis de connaître autrement que par des ectraits le De octo partibus orationis de Tatwin. Il est un nom encore que nous inscrirons dans cel avant-propos, c'est celui d'un ami cher, enlevé trop tôt à la science, celui de Louis Duvau, directeur adjoint à l'École des Hautes-Études. Il s'était intéressé à ce travail et nous avait fourni plus d'une utile indicalion. Nous nous reprocherions de ne pas rendre ict à sa memoire ce Lémotgnage de notre gratitude et de notre affection.