L'abbé P. Lagacé
CG l'enseignement primaire
lèges et à nos Couvents que nous avons conservé notre belle langue et notre religion depuis 1760. Lien aveugle et injuste serait celui qui n'admettrait pas cette grande vérité. Mais il est un fait constant que nos hautes maisons d'éducation ne répondent pas aux besoins les pins généraux ; d'ailleurs tous les pères de famille n'ont pas les moyens de donner à leurs infants les avantages d'une éducation classique. Un cours classique ne convient pas à tout le monde. Il est bien plus nécessaire pour le cultivateur et l'artisan de posséder une instruction pratique, en rapport à leur état, que d'avoir l'esprit orné de connaissances qui ont certainement leur charme et leur utilité, mais qui ne sont pas d'une nécessité première dans la vie, Les couvents, comme toutes les autres institutions dans le monde, ne subsistent qu'au moyen de revenus suffisants. Il n'y a, à proprement parler, que les familles aisées qui puissent y envoyer leurs enfants. (1) Malgré tonte la bonne volonté et la haute distinction de nos maisons classiques, en dépit de la compétence des communautés religieuses, une fraction très considérable de notre
(1) Cette remarque s'applique surtout aux populations due campagnes.
population n'aura toujours que l'instruction puisée dans les écoles primaires. Or, ces écoles sont généralement tenues dans nos campagnes — où se trouve la grande majorité des habitants de cette province — par des instituteurs et des institutrices laïques. Il est donc tout à fait rationnel que ceux qui ont la haute mission d'instruire la majorité de leurs concitoyens ne soient pas livrés à eux-mêmes sans aucun moyen de se perfectionner dans l'art difficile qu'ils sont appelés à exercer.
L'enseignement donné à l'école normale est un enseignement raisonné. La méthode analytieo-synthétique est employée avec succès. D'après ce procédé, l'esprit suit une double voie pour parvenir à la science : une y oie progressive au cUbut et une voie rétrograde à la fin. Au commencement, il s'avance graduellement du connu à l'inconnu, de l'effet à la cause ; puis il revient de la cause à l'effet. En un mot, il fait de l'analyse et de la synthèse. " On peut dire qu'elle (la science) commence par l'analyse et qu'elle s'achève par la synthèse. L'amour de l'étude, la facilité du travail, la rapidité des progrès voilà quels sont les fruits immédiats de la méthode expérimentale. Pour l'élève placé dans ces conditions, l'étude n'a plus rien d'aride ;
c'est une véritable gymnastique intellectuelle qu'il aime et qu'il recherche. La mémoire n'est plus seule à l'ouvrage ; l'intelligence fait aussi sa part qui n'est pas la moindre. Or, le travail intellectuel est une source de jouissances que la mémoire ne connaît pas " (1). Les jeunes maîtres sont accoutumés à amener leurs élèves, par une série de questions habillement posées, à découvrir la règle, soit de grammaire, soit d'arithmétique, qu'ils veulent leur inculquer.
Les professeurs s'efforcent de bien faire comprendre aux futurs instituteurs qu'en enseignant une matière quelconque, il faut toujours chercher à atteindre un double but : lo. enseigner aux élèves la branche qu'ils étudient : 2o. développer par tous les moyens possibles leur intelligence. A cet effet, on leur répète souvent cette maxime du Père Girard : " Les mots pour les pensées, et les pensées pour le cœur et la vie. " Ainsi, dans chaque leçon, tous les mots sont expliqués d'une manière simple, claire et facile, les expressions sont à la portée des jeunes intelligences qu'on veel loi nier. Tous les points de la leçon qui peuvent développer le sentiment mural, sont mis à profit ('2).
(l) M. l'abbé Lagacé
(•') M. J. B. (Jloutier, Programme e métbo le.