CHAPITRE VI SUISSE
1° Historique. — L'histoire de rorganisation fédérale de Tinstruction populaire en Suisse remonte h la création de la République helvétique, qui ne dura que cinq ans (1798-1803), et à Stapfer, qui fut chargé du ministère des arts et des sciences par le Directoire helvétique. En 1799 fut ouvert à Lucerne le premier cours normal -, en 1832, Zurich et Berne eurent des écoles normales.
De 1830 à 1848, la plupart des cantons organisèrent un système d'écoles primaires conçu dans un esprit d'égalité et de démocratie qui commençait à se généraliser en Suisse *, Scherr dirigea celles du canton de Zurich ; déjà avant lui Pestalozzi, Fellenberg et le père Girard avaient créé des méthodes qui ont exercé une salutaire influence sur l'enseignement primaire. Depuis la Constitution de 1848, la sollicitude des pouvoirs publics pour l'instruction primaire est devenue très vive.
Par la révision de la Constitution fédérale en date du 29 mai 1874, l'instruction primaire a été, en vertu de l'article 27, déclarée obligatoire (la durée de l'obligation varie suivant les cantons), placée sous l'autorité civile, et la Confédération a été autorisée « à prendre les mesures nécessaires contre les cantons qui ne satisferaient pas à ces obligations » . Cependant le pouvoir fédéral n'administre pas ; l'instruction primaire n'est pas de son ressort et l'émulation qui règne entre les cantons ne lui a laissé que de rares occasions de prendre les mesures visées par l'article 27 ; un projet qui avait été présenté pour la création d'un poste de secrétaire de l'instruction publique a même été rejeté en 1882 par le vote populaire. Toutefois, le gouvernement fédéral fait passer un examen aux recrues militaires (loi du 13 novembre 1874); il a prescrit aux patrons de réserver aux enfants employés dans les fabriques un certain temps pour leur instruction (loi du 23 mars 1877), et il est intervenu pour déterminer certains cantons à renoncer à leurs écoles confessionnelles.
2*" État légal et organisation administrative. — Chaque canton a son organisation particulière. Parmi celles qui sont les plus dignes de remarque, on peut citer le canton de Zurich, qui occupe, avec ceux de Schaffhouse, de Thurgovie et avec les villes de Belle, Genève, Saint-Gall, les premiers rangs sous le rapport de l'instruction primaire. Les villes, les cantons industriels et protestants ont en général l'avantage. Dans certains cantons, la dépense incombe entièrement à la commune, et le canton n'intervient que par de légères subventions (Fribourg, Grisons, Tessin, Valais, etc.). Dans les autres, la charge est partagée entre la commune et le canton. Beaucoup d'écoles ont des revenus qui leur sont propres.
L'autorité cantonale est exercée dans quelques cantons x^ar un conseil (Grisons, etc.) indépendant du pouvoir exécutif, dans les autres par le pouvoir exécutif ou par un corps spécial dépendant, plus ou moins complètement, de ce pouvoir. Au-dessous de l'autorité centrale il existe dans plusieurs cantons des conseils scolaires de district et dans la plupart des autres cantons des inspecteurs. L'autorité locale est exercée soit directement par le conseil communal, soit par des délégués de ce conseil, soit par des conseils ou commissions scolaires distinctes.
Tous les maîtres doivent être pourvus du brevet de capacité ou d'un diplôme considéré comme équivalent au brevet dans certains cantons ; il y a cependant encore des exceptions. Le personnel est généralement formé dans les écoles normales ou dans des établissements analogues. Les instituteurs sont nommés par l'assemblée des habitants de la commune, par la commission scolaire locale, etc. *, ils le sont, suivant les cantons, temporairement^ ou à vie. Ils ont eutre eux des conférences périodiques, qui sont, suivant les cantons, obligatoires ou facultatives.
Le traitement est en général voté par la commune avec un minimum fixé par l'autorité cantonale. En 1881, la moyenne variait de 2 228 fr. pour les instituteurs et 1 805 fr. pour les institutrices dans le canton de Zurich à 425 fr. et 342 fr. dans le Valais. L'enseignement primaire est gratuit dans tous les cantons.
L'enseignement de l'école primaire est complété par celui de l'école complémentaire {Ergànzungsschule) qui est, suivant les cantons, facultative ou obligatoire.
1. Dans le canton des Grisons, les instituteurs sont, à quelques exceptions près, soumis tous les ans à la réûleclion. Les traitements des instituteurs présentent de grandes dillérciices suivîinl les cantons.
Au-dessus sont les écoles primaires supérieures, les écoles industrielles et les écoles de métier (Gewerbeschule).
Le nombre des écoles primaires semblerait, d'après la statistique, avoir doublé depuis dix ans ; mais évidemment la statistique de 1882, qui ne donne que 4 386 écoles, est incomplète. On en a enregistré, en 1893, 8 390, renfermant 469820 élèves. Ce dernier nombre ne représenterait qu'une faible augmentation sur 1871- 1872, où la statistique en accusait 411760. L'état de l'instruction varie en Suisse suivant les cantons, mais il est certain que plusieurs sont au nombre des pays d'Europe les plus avancés sous ce rapport.
3° Ressources financières. — En 1871, les dépenses pour l'instruction primaire publique se sont élevées à 8 708174 fr., dont 6 351 984 fr. pour les traitements ; en 1881, à 14 781 616 fr. et en 1887 à 18 049 250 fr., dont 12 697 450 fr. fournis par les communes et 5351800 fr. par les cantons. L'organisation financière varie suivant les cantons. Dans celui de Zurich, l'État paie une partie du traitement des instituteurs (600 fr. par instituteur, plus une prime de 100 fr. à 400 fr., suivant le nombre d'années de service) et verse dans les caisses scolaires des communes des subventions, soit pour compléter le reste du traitement, soit pour couvrir les déficits.
La rétribution scolaire que paient les parents pour l'enseignement primaire supérieur ne figure pas dans les 18 millions.
Le gouvernement fédéral intervient par quelques subventions dans le budget des écoles techniques.
Depuis une quinzaine d'années, les cantons suisses ont fait de grandes dépenses pour la construction de leurs écoles.
4° Mode d'établissement de la statistique. — La Suisse étant une confédération, la diversité est l'essence de ses institutions et cette diversité rend parfois très difficile l'établissement d'une statistique générale ; M. Grob, le consciencieux pédagogue qui s'est dévoué à cette tâche, l'a éprouvée Nous nous contentons, comme
1. A propos du nombre des élèves, M. Grob dil {Statistique sur l'instruction publique en Suisse pour l'année 1881, première partie, p. m) : « Nous avons souvent trouvé de sérieuses différences dans certains cantons, où les matériaux avaient été mis à notre disposition, entre les données indiquées dans les questionnaires et celles que les autorités cantonales concernant l'instruction publique ont publiées dans leurs rapports annuels. Ces différences nous ont poussé à de nouvelles rechercbos qui ne nous ont pas toujours conduit à des résultats certains. L'idée même de l'obligation scolaire n'est pas fixée partout et est interprétée différemment par les personnes compétentes. » Dans un
spécimen des formulaires adoptés en Suisse pour la statistique des écoles, d'indiquer sommairement ceux qui sont en usage dans le canton de Zurich.
Pour Tadministration de l'instruction le canton est divisé en onze districts scolaires (Schulbezirke) correspondant aux onze districts politiques ; le Schulbezirk se divise en Schulkreise et le Schulkreis en Schxilgenossenschafleny qui comprennent toutes les écoles d'une localité et correspondent en général à l'expression de commune scolaire, ce qui n'est pas toujours synonyme de commune politique ^ .
Les instituteurs des écoles primaires ordinaires (AUtagsschule) et des écoles complémentaires {Ergànzungsschule) tiennent une feuille d'absence (Absenzenliste), sur laquelle ils marquent pour chaque jour de l'année les absences punissables ou excusables de leurs élèves. Ces états sont remis au bureau scolaire {Schulpflege) de la commune, composé de membres élus, qui les vérifie et qui dresse tous les ans un tableau relatant pour chaque école le nom des instituteurs, le nombre des élèves des six classes ordinaires et des trois classes complémentaires groupés par sexe, par âge et par classe, le nombre des absences, excusables ou non, le nombre des enfants que leurs infirmités empêchent de suivre l'école % le nombre des visites faites à l'école par les membres du Schulpflege. Le tableau doit être envoyé au département de l'instruction publique à Zurich, le 1" mai au plus tard.
Les écoles privées doivent aussi remplir pour la même date une feuille qui contient les éléments d'une statistique.
Le département de l'éducation dépouille et contrôle ces données; il en tire la partie statistique du rapport annuel qu'il présente au grand Conseil cantonal. Ce rapport fait connaître par district le
autre passage de la même statistique (sixième partie, p. xti) il s'exprime ainsi : « Si l'auteur, après avoir terminé son travail, se pose la question suivante : Cette statistique des écoles nous permet-ello vraiment un coup d'oeil sur sur l'organisation scolaire en Suisse? il croit pouvoir l'atlirmer en général, sauf les réserves suivantes : L'intelligence de l'importance des travaux statistiques dans le domaine de l'école n'est pas encore assez réveillée et répandue pour que les matériaux obtenus à l'aide de nos questionnaires, malgré toutes les peines que nous nous sommes données pour les vérifier et les compléter, puissent être regardés comme positifs. »
1. Les Schulgenossenschaften et les Schulgemeinden n'existent pas dans tous les cantons ; il y en a dans lesquels les écoles sont directement administrées par le Gemeinderat.
2. Dans plusieurs cantons, on a commencé à ouvrir des classes pour les enfanis affectés de certaines infirmités.
nombre des élèves, garçons et filles, inscrits dans les six classes des écoles primaires, le nombre des absences, excusables ou non (ces absences en 1889-1890 ont été de 13.7 pour 100 demi-jours de classe par élève; elles n'avaient été que de 10 à 11 les deux années précédentes), le nombre des élèves, etc. ; pour les écoles complémentaires, les écoles de chant, les écoles de travail des filles ; il fournit aussi des renseignements sur les écoles enfantines, sur les
Tous les trois ans, conformément au règlement pour l'instruction publiqu^e, le directeur de l'éducation envoie aux commissions de cercles d'écoles {Schulpflege) les feuilles nécessaires pour rédiger un rapport détaillé sur l'état de l'instruction et de l'éducation qui porte sur les écoles, les maîtres, les élèves, les enseignements complémentaires, les constructions, les dépenses et les recettes, etc. Le directeur de l'éducation rassemble dans un rapport général les données fournies par les commissions {Allgemeiner Trienmum-Bericht iïber das Volksschulwen).
Le grand Conseil cantonal examine en détail le rapport du directeur de l'éducation et prend, s'il y a lieu, les mesures qu'il lui . suggère.
S** Publications. — La première statistique générale de l'instruction primaire en Suisse a été dressée en 1798 par le docteur Stapfer. M. Ficker ayant demandé aux gouvernements de fournir, à propos de l'Expositioti universelle de Vienne en 1873, les éléments d'une statistique comparée de l'enseignement primaire, le docteur Hermann Kinkelin, de Baie, dressa la seconde statistique générale ; elle porte sur l'année 1871, et elle a été publiée de 1873 à 1875 ; elle est intitulée : Statistique de Vinstruction publique en Suisse en 1871, élaborée par ordre du département fédéral de l'intérieur y par Hermann Kinkelin. Une Statistique sur Vinstruction publique en Suisse pour Vannée 1881 a été dressée à propos de l'exposition suisse à Zurich en 1883, par M. Grob, secrétaire de l'instruction publique du canton de Zurich ; les trois premiers volumes sont consacrés à l'enseignement primaire, le quatrième l'est aux écoles enfantines, aux écoles d'adultes et aux écoles professionnelles; le cinquième à l'enseignement supérieur ; le sixième contient les récapitulations et le septième, rédigé par M . le professeur Hunyiker, traite des lois, règlements, etc., qui sont actuellement en vigueur dans les différents cantons de la Suisse.
La statistique dressée en 1883 par M. Grob a été continuée par
la publication d'un Annuaire de l'instruction (Jahrbuch des Unterrichtswesens in der Schweiz) rédigé par M. Grob, dont le dernier volume, se rapportant à l'année 1890, a paru en 1892 ^ Un résumé de cette statistique est inséré dans V Annuaire statistique de la Suisse, dont la première année date de 1891.
Tous les cantons publient, chaque année, un rapport sur l'état de l'instruction qui contient des documents statistiques.
6** Principaux résultats de la statistique. — Les tableaux suivants contiennent les principaux résultats de la statistique scolaire pour la Suisse.
Écoles primaires.
de garçons.
ECOLES
de filles.
Total.