CHAPITRE VIII PORTUGAL
1° Historique. — En Portugal, le marquis de Pombal a été le premier ministre qui se soit occupé des écoles, mais ses créations ne lui ont pas survécu. Il paraît même que le nombre des écoles diminua après l'expédition des Français et qu'en 1830 il n'y avait pas plus de 8000 élèves recevant l'enseignement primaire. Après la chute de dom Miguel et l'établissement d'un gouvernement libéral, une loi de 1835 régla cette matière. Elle fut modifiée par le décret du 20 septembre 1844 qui établit l'obligation et par d'autres en 1850, 1851 et 1868 qui ont rendu l'instruction gi'atuite en même temps qu'elle était obligatoire. Depuis 1844 on a fixé les matières du programme, exigé des instituteurs un diplôme, chargé le gouvernement de créer les écoles, etc. Malgré les menaces de la loi qui inflige une amende aux parents réfractaires et prive les illettrés des droits politiques, l'instruction est peu répandue. Le recensement de 1878 a constaté que 82 p. 100 de la population étaient illettrés.
2" État légal et organisation administrative. — L'enseignement public est placé sous l'autorité du ministre de l'intérieur assisté d'un conseil supérieur de l'instruction.
Les trois lois du 2 mai 1878, du 11 juin 1880 et du 18 juillet 1885 ont organisé l'enseiguement primaire officiel en Portugal. Les pouvoirs locaux furent alors chargés de l'exécution de ces lois sous l'inspection de l'État. Par le décret du 6 mai 1892, les écoles d'enseignement primaire ont été placées sous l'administration directe de l'État.
Sous le régime antérieur les trois degrés de la hiérarchie administrative : a) le districto (département) ; b) le concelho (commune, municipalité) -, c) la parochia (paroisse), devaient maintenir des' écoles : a) normales; b) primaires, élémentaires et complémentaires ; c) primaires élémentaires.
Ce système a été maintenu sous le régime du décret de 1892 qui
a seulement transféré à l'État l'administration des écoles. Les lois donnaient aux institutions locales la faculté de créer des impôts pour couvrir les frais du service ; les excès de dépenses qui s'étaient produits de ce chef ont été le motif du décret de 1892. La centralisation du service de l'enseignement primaire officiel avait déjà été autorisée par la loi du 7 août 1890, mais elle n'a été effectuée que par le décret du 6 mai 1892.
Le rapport qui justifie ce décret présente les chiffres suivants relatifs aux écoles de Lisbonne en 1881, époque à laquelle l'enseignement primaire fut mis à la charge de la municipalité, et en 1892 :
Écoles
Professeurs
Aides et autres employés
Fréquentation des élèves
Dépense Milreis*
Id. par élève —
* Le milreis =: 5 fr. 55.
Si l'accroissement des dépenses n'avait pas été à beaucoup près aussi considérable dans les autres municipalités du royaume, il avait été néanmoins très fort et aux dépenses annuelles s'ajoutait le service de nombreux emprunts contractés à peu près partout pour la construction d'écoles normales, municipales et paroissiales.
A Lisbonne et à Porto des essais plus ou moins heureux d'enseignement professionnel scolaire, ainsi que des méthodes d'enseignement Frœbel, Pestalozzi, etc., ont été faits dans des écoles spéciales. Ces innovations, ainsi que la création des bataillons scolaires et autres institutions pour l'éducation primaire de l'enfance, expliquent jusqu'à un certain point l'excès de la dépense à Lisbonne, où les écoles centrales ou complémentaires sont devenues presque des lycées.
La méthode de lecture composée par Joâo de Deus, le grand poêle portugais, donne de très bons résultats et tend à devenir le système national d'enseignement.
L'enseignement libre ou particulier fonctionne à côté des écoles d'enseignement officiel.
L'enseignement primaire n'est pas obligatoire en Portugal.
On comptait seulement 991 écoles publiques en 1838 et 2 359 en
PORTUGAL
1870. En 1870, il iry avait guère que 70000 élèves dans les écoles publiques et 30000 dans les écoles privées (au nombre 951 en 1864) ; soit 2.5 élèves par 100 habitants. Les filles surtout étaient en très petit nombre. Les instituteurs étaient très peu payés.
En 1878, le nombre des écoles officielles était de 2 798, soit 2190 écoles de garçons avec 106 362 élèves et 608 écoles de filles avec 35 104 élèves; celui des écoles privées était de 1712, soit 705 écoles de garçons avec 30 604 élèves et de 1 007 écoles de filles avec 26 061 élèves.
A l'occasion de la mise de l'enseignement à la charge des institutions locales (loi de 1880), le rapport du directeur général de l'instruction publique du 28 février 1884 fournit les données qui sont le point de départ de la situation actuelle de l'enseignement officiel :
Écoles normales (2 : Lisbonne et Porto).
Élèves approuvés :
Sexe masculin . .
Sexe féminiu . . .
Professeurs :
Sexe masculin Sexe féminin
Ecoles primaires élémentaires et
complémentaires au 30 juin