CHAPITRE IX ESPAGNE
V Historique. — Au moyen âge l'Espagne a eu, comme tous les pays catholiques, de petites écoles établies près des églises et des monastères où des enfants apprenaient les « premières lettres ». En 1642, les maîtres de Madrid, érigés en confrérie de Saint-Gassien, obtenaient de Philippe IV le privilège d'examiner les maîtres enseignant dans le royaume, qui leur fut confirmé en 1743. En 1780, la confrérie fut remplacée parle Collège académique du noble art des premières lettres, qui fut lui-même remplacé en 1791 par l'Académie de première éducation ; l'Académie partagea avec la Junte générale de charité le privilège d'examiner et de placer les maîtres. Ce privilège étant défavorable au développement de l'instruction primaire, le prince de la Paix fit rendre en 1804 deux ordonnances qui établissaient un mode plus large d'examen et améliorait la condition des instituteurs ; il fonda en 1805 l'école des sourds-muets, en 1806 l'Institut ou École modèle sur les idées de Pestalozzi, et il publia un plan général d'études. Pendant la guerre contre les armées de Napoléon, presque toutes les écoles furent fermées. Après la guerre, malgré les bonnes intentions qu'attestent l'ordonnance de 1816 prescrivant l'ouverture d'une école gratuite par quartier à Madrid, la fondation en 1819 d'une école normale d'après le mode d'enseignement mutuel, la loi sur l'obligation scolaire, votée en 1821 par le gouvernement libéral des Certes, le règlement de 1825 et le zèle de la commission instituée en 1834 dont les travaux aboutirent en partie à la loi de 1838, l'instruction était peu répandue ; on constatait à cette époque qu'il n'y avait en Espagne que 16 000 écoles et que 3 500 maîtres ou maîtresses pourvus d'un diplôme. La loi de 1838 a été le point de départ de plusieurs améliorations : des écoles normales primaires ont été créées en 1839 ; des inspecteurs des écoles primaires ont été institués en 1849 ; des écoles enfantines et des écoles d'adultes ont été fondées en 1850 \ des asiles d'orphelins en 1856. La loi du 9 septembre
ESPAGNE. 175
1857 a remplacé celle de 1838 et a donné à l'instruction à tous les degrés sa principale impulsion : c'est elle qui régit aujourd'hui la matière.
L'instruction publique est sous l'autorité du ministre du Fomenio ; elle est administrée par un directeur général et un conseil d'instruction publique. Des inspecteurs généraux et des inspecteurs provinciaux exercent la surveillance sur les écoles primaires. Il y a dix districts universitaires, à la tête desquels est un recteur. Dans chaque province est une Junte de l'instruction primaire ; dans chaque municipalité, une Junte de l'enseignement primaire qui aune part dans l'administration des écoles. Le clergé a une place dans tous les conseils de l'instruction publique.
2° État légal et organisation administrative. — L'enseignement primaire est divisé, d'après la loi du 9 septembre 1857, en élémentaire et supérieur :
A) Enseignement primaire élémentaire, comprenant : 1** doctrine chrétienne et notions d'histoire sacrée adaptées aux enfants ; 2^" lecture ; 3° écriture ; 4° principes de la grammaire castillane, avec des exercices d'orthographe ; 5" principes de l'arithmétique, avec le système légal des poids, mesures et monnaies ; 6° notions sur l'agriculture, l'industrie ou le commerce selon les localités.
B) Enseignement primaire supérieur, qui comprend, outre le développement, dans une sage mesure, des matières énumérées plus haut : 1° principes de géométrie, du dessin linéaire et d'arpentage ; 2" rudiments de l'histoire et de la géographie, spécialement celles d'Espagne ; 3"" notions générales de physique et d'histoire naturelle, adaptées aux besoins les plus ordinaires de la vie.
Toute commune de 500 habitants et plus doit avoir une école élémentaire pour les garçons et une école, complète ou incomplète, pour les filles ; le nombre des écoles doit augmenter en proportion du nombre des habitants.
Dans les villes chefs-lieux de département ou de plus de 10000 habitants, une des écoles publiques doit être supérieure ; les communes, dont la population est au-dessous de 10 000 habitants, peuvent aussi établir une ou plusieures écoles supérieures dès qu'elles le jugent convenable.
Les maîtres des écoles supérieures doivent être munis du diplôme supérieur ; ils dirigent seuls leur école et ils sont chargés de l'enseignement de toutes les matières du programme. Ils reçoivent un traitement supplémentaire de 250 pesetas (francs).
Le nombre des écoles normales primaires correspond à celui des départements.
D'après la loi de 1857, l'instruction primaire relève du ministre du Fomento, assisté d'un directeur général et d'un conseil de l'ins- Iruction publique ; il y a au moins un inspecteur par province ; elle est obligatoire pour tous, de 6 à 9 ans ; elle est gratuite pour ceux qui ne peuvent la payer. Elle est donnée non seulement dans les écoles publiques, mais aussi dans les écoles privées que peut ouvrir tout Espagnol ayant vingt ans accomplis et muni d'un titre. Les écoles sont inspectées par les Juntes locales composées de l'alcade (maire), d'un regidor, d'un ecclésiastique désigné par l'évêque et de trois pères de famille ; au-dessus sont les Juntes provinciales qui ont aussi un droit d'inspection et un inspecteur nommé par le gouvernement. La loi a stipulé qu'aucun empêchement ne serait mis, dans les écoles publiques ou privées, à l'exercice du droit qu'ont les évêques de veiller à la pureté de la doctrine, de la foi et des mœurs et à l'éducation religieuse. Sous l'empire de cette loi, qui n'est pas encore complètement appliquée partout, des progrès ont été accomplis.
En 1872, on comptait en Espagne, dans l'enseignement primaire, 24144 écoles publiques, 4188 privées et 1425 000 élèves, dont deux tiers de garçons et un tiers de filles. Quelques années auparavant, en 1867, la statistique constatait que la moitié de ces élèves ne savait pas écrire.
En 1880, le nombre des écoles publiques était de 23 132 et celui des écoles privées de 6 696, total: 29828. Le nombre des écoles publiques avait doublé depuis l'année 1845 : 700 maisons d'école avaient été construites ou achetées de 1870 à 1880. Depuis 1881, le gouvernement a fait d'utiles efforts en vue d'améliorer les maisons d'école et le matériel. Le nombre des élèves inscrits dans les écoles primaires était en 1880 de 1769456 (1442577 dans les écoles Ijubliques et 326 879 dans les écoles privées), soit (pop. de 16 631 000) 10 élèves pour 100 habitants. Cinq ans après, le nombre des élèves inscrits était de 1843183, soit 10.5 élèves pour 100 habitants (17 566000 hab. en 1887).
La fréquentation était cotée par la statistique officielle à raison de 70 élèves présents sur 100 inscrits en 1885. Si l'état des écoles n'est pas partout conforme à la loi et si la fréquentation est insuffisante, la faute en est en grande partie à la population qui n'attache pas assez de prix à l'instruction. Sur 100 habitants, il y en avait 20
ESPAGNE
sachant lire et écrire en 1860, et 25 en 1877. Sur les élèves inscrits en 1885 dans les écoles publiques 748 185 étaient d'âge scolaire (6 à 9 ans); 288 211 étaient au-dessous et 516 038 au-dessus.
Les traitements des Instituteurs sont en général peu élevés ; en 1885, il n'y en avait que 180 qui reçussent 2 000 fr. ; 1 450 avaient de 1 100 à 1 600 fr. ; 14 926, c'est-à-dire la majorité, avaient moins de 1000 et 8 715 avaient de 125 à 400 fr., quoique le minimum légal fût de 625 fr. Ces traitements ne sont pas toujours payés régulièrement par les communes.
Le taux de la rétribution scolaire est fixé par la Junte locale, sous réserve de l'approbation de la Junte provinciale.
Lés écoles normales étaient au nombre de 48 pour les instituteurs et de 33 pour les institutrices en 1885 ; 6008 instituteurs et 7 151 institutrices eut obtenu leur brevet cette année.
3"* Ressources financières. — Les dépenses de l'instruction publique incombent aux communes qui, en 1886-1887, ont fourni 26 224 661 pesetas ; elles sont aidées par les provinces qui ont fourni 1 855 763 pesetas et par l'État qui a fourni 1068 650 pesetas.
Résumé général des dépenses de l'enseignement primaire, 1886-1887.
PROVENANCES